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Crédit d'impôt compétitivité : bon pour l'emploi mais pour l'industrie ?

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Publié le , mis à jour le 18/12/2012 À 11H39

Analyse Alors que le crédit d'impôt emploi-compétitivité vient d'être rejeté par le Sénat, les industriels s'interrogent sur les objectifs de cet allègement de charges qui cible les bas salaires. Selon eux, il va plus soulager les comptes des grandes surfaces que ceux des usines.

Crédit d'impôt compétitivité : bon pour l'emploi mais pour l'industrie ? © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais j'avais compris que le premier chantier du président c'était le redressement productif de la France. Pour cela, il avait commandé un rapport à un homme de consensus, un chef d'entreprise (publique précisons-le) respecté de tous, Louis Gallois. Son rapport, attaqué de toute part avant sa sortie, fut médiatisé comme jamais et eut un écho inespéré auprès du plus grand nombre. Dès le lendemain, le premier ministre décida de l'appliquer sans attendre. "Aussitôt remis, aussitôt traduit", se plait à rappeler le président de la République en brandissant la mesure phare de ce pacte pour la compétitivité, la croissance et l'emploi : le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi.

La vérité, c'est qu'entre l'objectif initial (relever l’industrie française) et la mesure mise en œuvre (le cice), il n'y a plus grand chose en commun. Sur les 20 milliards d'euros de crédit d'impôt promis, seuls quatre profiteront réellement à l’industrie. Le reste ira gonfler les comptes des sociétés de service et des entreprises de grande distribution. Cet industriel des transports, très exposé à la concurrence internationale, a ainsi fait ses comptes. Sur une masse salariale de plus de 4 milliard d'euros, le crédit d'impôt ne représentera que 150 millions d' euros d'allégement. "Pas de quoi changer la règle du jeu", confie-t-il sous le sceau de l'anonymat. Le constat est le même chez ce spécialiste du bâtiment : "ce ne sont pas mes usines ou mes centres R&D qui en profitent mais les magasins. Je ne m'en plains pas car j'ai des intérêts dans la distribution mais je ne crois pas que c'était l'effet recherché."

En quelques semaines, l'effort de redressement productif s'est donc mué en un effort de lutte contre le chômage. L'objectif est honorable et l'on comprend bien que le gouvernement ait l'ambition de voir assez vite sa politique économique se traduire en création d'emplois. Mais il serait faux d'affirmer que cette mesure sera bonne pour la compétitivité de l'industrie. Avec ce crédit d'impôt (bon à prendre dans l'absolu tant les charges sont élevées), on ne corrige pas réellement les faiblesses structurelles de l'industrie française : un coût du travail trop élevé et des marges opérationnelles trop faibles. Le gouvernement a en fait voulu inverser les rouages de la création de richesse en tentant de créer de l'emploi pour relancer l’industrie. Alors qu'il faut relancer l'industrie pour créer plus d'emplois. Tôt ou tard, il faudra pourtant s'engager dans cette voie afin de ré-enclencher un cercle économique vertueux... créateur d'emplois sur le long terme !

Thibaut De Jaegher
 

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