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Coût du travail : La leçon de compétitivité de Louis Gallois

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Publié le

Enquête Le rapport de l'ancien patron d'EADS liste 22 mesures pour redresser la compétitivité du pays. Objectif : éviter le décrochage et organiser la montée en gamme de l'industrie à moyen terme.

Rarement un rapport aura été aussi attendu, commenté et débattu avant même d'avoir été lu. Lundi 5 novembre, Louis Gallois a remis au Premier ministre ses préconisations pour doper la compétitivité française. Pour l'ancien patron d'EADS, elles tiennent en soixante pages. À l'heure où nous mettons sous presse, le Premier ministre n'a pas encore annoncé ce qu'il comptait faire des 22 mesures qu'elles contiennent, mais prendra ses décisions dans l'atmosphère de gravité créé par le rapporteur. « L'industrie française est en train de décrocher et ce décrochage s'accélère depuis une dizaine d'années », affirme Louis Gallois, qui ne se veut pourtant « ni pessimiste, ni fataliste ». Le constat est sévère. L'industrie française « a atteint un seuil critique au-delà duquel elle est menacée de déstructuration ». Car elle est prise en étau entre les pays spécialisés sur le haut de gamme, capables de fixer leurs marges, et ceux d'Europe de l'Est ou du Sud, qui produisent à coûts plus faibles des produits concurrents de l'offre moyenne gamme française. Comment mettre fin à cette glissade ? « L'ambition est la montée en gamme, seul moyen de résoudre la pression mortifère par les prix », juge le Commissaire général à l'investissement d'avenir. Pour y parvenir, sa stratégie se développe en deux temps.

 

Réduire l'instabilité fiscale et réglementaire

D'abord traiter l'urgence. Pour redonner rapidement des capacités d'investissement aux entreprises, Louis Gallois défend un « choc de compétitivité », sous la forme d'un transfert de 30 milliards de charges sociales vers d'autres assiettes. La mesure est de loin la plus polémique de tout le rapport et divise le gouvernement depuis la rentrée. « Il faut un ballon d'oxygène aux entreprises et la manière la plus rapide d'agir, ce sont les charges sociales », défend Louis Gallois, qui esquive la question du coût du travail, « pas une seule fois cité » dans le rapport. La mesure, qui devrait s'étaler sur un ou deux ans, permettrait aux entreprises de récupérer la moitié de leurs marges perdues depuis 2001. En concernant tous les niveaux de salaires jusqu'à 3,5 fois le Smic, elle ciblerait davantage le secteur industriel et les services à l'industrie, qui capteraient ainsi près de 35% des allégements consentis. Pour éviter que cette manne n'alimente hausses de dividendes ou de salaires, Louis Gallois propose de confier un rôle de contrôle aux comités d'entreprise sur l'utilisation de cette amélioration des marges et recommande des incitations fiscales pour favoriser les bénéfices réinvestis dans l'entreprise.

Le rapport Gallois ne s'arrête pas à la compétitivité prix. Ses préconisations s'attaquent aux faiblesses structurelles de l'industrie française. Mais cette reconquête industrielle « prendra du temps et nécessite de la méthode et de la persévérance », prévient l'ancien patron d'EADS. Le rapport suggère de réduire l'instabilité fiscale et réglementaire, qui pèse sur les entreprises. Afin d'orienter l'épargne longue vers l'industrie, les actionnaires pourraient obtenir des droits de vote double au-delà de deux ans, une sorte de prime pour leur patience.

Face à un marché du travail qui « fonctionne globalement mal » et à des structures de recherche ou de formation trop éloignées des besoins du secteur privé, Louis Gallois prône la collaboration étroite entre les acteurs, en systématisant par exemple la présence des entreprises aux conseils d'administration des lycées techniques et professionnels.

 

Protéger le pacte par le dialogue social

Le rapport n'épargne pas non plus les industriels, coupables de manque de solidarité. Pour renforcer la structuration des filières, il suggère à l'État de conditionner les aides aux grandes entreprises selon leur collaboration avec les PME, comme il le fait déjà pour certains programmes financés par les investissements d'avenir et de pénaliser plus durement le non-respect des délais de paiement. « Le coeur du soutien à ce pacte de confiance sera le dialogue social », souligne ce patron estampillé de gauche. Il voit dans les négociations en cours l'occasion historique de renouveler le pacte social de 1946 et de tourner la page d'un dialogue social d'un « formalisme excessif et peu productif . Plus de flexibilité pour les entreprises mais, en contrepartie, les salariés auraient plus leurs mots à dire ».

Les propositions sur l'énergie sont en revanche moins consensuelles. Louis Gallois défend le lancement de recherches conjointes avec l'Allemagne sur les techniques d'exploitation du gaz de schiste, sans revenir à court terme sur l'interdiction d'exploration. Une option écartée dès la remise du rapport par le gouvernement. L'industriel exhorte aussi l'exécutif à ne pas renchérir les coûts de l'énergie avec la transition énergétique. « C'est à l'Agence de sûreté nucléaire de décider s'il faut arrêter une centrale », prévient-il, en visant la fermeture programmée de la centrale de Fessenheim. Avant de préciser que « personne n'a fait pression pour changer un mot de ce rapport ». On croit volontiers l'industriel, tant le gouvernement se tient depuis quelques jours à distance prudente de son contenu.

UN RAPPORT, SIX RÉACTIONS

Jean-François Dehecq,

vice-président de la Conférence nationale de l'industrie (CNI)

« Sur la compétitivité, il n'y aura du neuf que le jour où des mesures seront prises. Certaines ont été proposées par la CNI. Le plus important est l'esprit de coopération. On ne peut pas découper le rapport en rondelles en demandant une hausse des marges sans accepter les contreparties. »

Arnaud Montebourg,

ministre du Redressement productif

« Ces propositions de rassemblement des Français autour de mesures concrètes sont équilibrées. Je note que sur vingt-deux, neuf sont déjà en début d'exécution ou en phase de préparation active. »

Jérôme Frantz,

président de la Fédération des industries mécaniques (FIM)

« Nous partageons le diagnostic de Louis Gallois, on ne peut pas dissocier les mesures coûts et hors-coûts. Maintenant, le gouvernement doit prendre des décisions, même si elles sont difficiles. Si nous voulons rester vivants, il faut une impulsion. »

Patrick Pierron,

secrétaire national de la CFDT

« Le pacte de confiance doit s'appuyer sur un dialogue social de qualité et une culture de la coopération. C'est ce que rappelle le rapport Gallois. Le transfert de charges n'y suffira pas. »

Mohammed Oussedik,

secrétaire confédéral de la CGT

« Il y a 21 propositions intéressantes dans ce rapport dont nous voulons discuter. Il serait dommage que l'une d'entre elles, le transfert de charges, soit un préalable et bloque tout le débat. »

Dominique Carlac'h,

vice-présidente de l'Association des conseils en innovation (ACI)

« L'approche filière de Gallois est très intéressante, car la compétitivité aujourd'hui vient de l'innovation au sein des filières. Cette stratégie doit aussi irriguer l'action de la puissance publique qui doit identifier les ETI capables d'emmener des secteurs clés pour la France. »

 

SOUTENIR LA COMPÉTITIVITÉ HORS-COÛTS

  • Stabiliser cinq dispositifs fiscaux phares pour les PME pendant cinq ans. Le crédit impôt recherche, le statut de jeune entreprise innovante, les dispositifs « Dutreil » sur la transmission ou l'ISF PME.
  • Orienter 2% des achats courants de l'État vers les innovations et les prototypes élaborés par des PME. La mesure pourrait s'inspirer du Small business innovation and research américain.
  • Conditionner les soutiens de l'État aux grandes entreprises à leur capacité d'association de leurs fournisseurs et sous-traitants, afin de renforcer la solidarité au sein des filières industrielles.
  • Imposer au minimum quatre représentants des salariés dans les conseils d'administration des entreprises de plus de 5 000 salariés et autoriser les entreprises à faire présider le comité d'entreprise par un représentant des salariés.

 

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