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Courants porteurs pour la petite hydro

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Enquête Un nouveau tarif d’achat et des appels d’offres redynamisent la filière industrielle de la petite hydroélectricité en France. Mais le salut du secteur passe par l’export.

Courants porteurs pour la petite hydro
La microcentrale hydraulique du Rondeau est entrée en activité en février 2015 dans l’agglomération grenobloise (Isère).

Elle est systématiquement oubliée. La petite hydroélectricité a pourtant un rôle à jouer dans la transition énergétique de la France. Avec plus de 1 800 petites centrales électriques de moins de 10 mégawatts installées au fil de l’eau, elle produit environ 10 % de l’hydroélectricité en France, soit entre 5 à 7 térawattheures (TWh) par an suivant la pluviométrie. Certes, on est loin des 20 TWh de l’éolien et des 8,5 TWh du solaire ou des bio­énergies. Et un manque de cohérence des politiques publiques, une fiscalité locale dissuasive sur les installations et un prix de l’électricité durablement bas freinent son développement.

La filière hydroélectrique avance pourtant un potentiel de développement de l’hydroélectricité en France de plus de 11,7 TWh, dont plusieurs milliers de mégawatts pour la petite hydro. « La politique de restauration de la continuité écologique [libre circulation des organismes aquatiques, notamment des poissons, ndlr] et surtout le classement des cours d’eau inexploitables sur la liste 1, parfois sur des critères non avérés, bloquent 72 % du potentiel hydro­électrique », explique Jean-Marc Lévy, le délégué général de France Hydro Électricité, l’association qui fédère quelque 600 acteurs de la filière, de la dizaine de fabricants de turbines en France aux centaines d’exploitants, en passant par EDF, Engie et CNR, qui exploitent aussi de petites centrales hydroélectriques. Installer de nouvelles centrales au fil de l’eau, un véritable exploit en France ? « Nous sommes à la merci des ”Khmers verts”, remarque Marc Leclerc, le président de MJ2 Technologies. L’eau est un bien public qu’il faut partager. On est tous d’accord. Il faut l’administrer, mais sur la base de critères scientifiques éprouvés et non sur des bases doctrinaires. » Pour autant, les industriels ne remettent pas en cause la notion de continuité écologique. Ils bataillent juste pour que le mode de classement des cours d’eau soit révisé.

Une poignée d’experts européens

La loi de transition énergétique a néanmoins libéré quelque peu les énergies. En décembre 2016 est paru un nouvel arrêté tarifaire, le H16, fixant des tarifs assez attrayants d’obligation d’achat ou de complément de rémunération (au-dessus de 110 euros le mégawattheure, pour un prix de marché inférieur à 40 euros par mégawattheure). Et trois appels d’offres sont au programme, dont le premier a déjà permis de lancer 19 projets. « Nous venons de remporter un contrat avec Quadran pour l’installation de turbines pour quatre nouvelles centrales, se félicite Pierre Pisterman, le PDG d’Hydro Power Plant (HPP). Mais la petite hydro reste un marché très erratique. Il ne faut pas miser seulement sur la France. »

Quant au marché de la rénovation, il concerne principalement la grande hydroélectricité, avec des investissements de l’ordre de 700 millions d’euros par an. Reste l’aménagement des seuils existants ou des débits réservés des grandes ­installations. « Notre potentiel en France, sur des barrages existants, est de 300 mégawatts. Enfin, si l’on nous laisse faire », avance Marc Leclerc. Lui aussi est convaincu que ­l’avenir de son entreprise, rachetée par l’italien Sorgent.e en 2012, est à l’international. En 2016, 60 % des 14 millions de son chiffre d’affaires ont été réalisés en Europe. Pour HPP, qui produit chez un partenaire vosgien et devrait réaliser un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros cette année, la proportion est du même ordre. « Mais nous réalisons toute la conception en interne, avec un bureau d’études de 15 personnes », précise Pierre Pisterman.

Car la petite hydroélectricité, c’est un peu comme la haute couture : tout est fait sur mesure par une poignée d’experts. L’Europe ne compte ainsi qu’une quinzaine d’acteurs dans les turbines de petite hydro, une vingtaine dans le domaine des alternateurs et une trentaine dans la vantellerie, pour les vannes, les grilles et les conduites. De nouveaux marchés pourraient s’ouvrir. Même si EDF n’y croit pas beaucoup, il y a les micro-step (stations de transfert d’énergie par pompage). « On sait faire, notamment pour valoriser des friches industrielles, observe Jean-Marc Lévy. Et cela a du sens. Il faut passer à un modèle décentralisé, y compris pour le stockage. » Dans une carrière de kaolins, à Berrien (Finistère), la société Unite mène un projet, financé par l’Ademe, de micro-step alimentée par des éoliennes et du photovoltaïque. Les installations de traitement des eaux, qui présentent parfois des débits importants, pourraient aussi être équipées, grâce de à de nouvelles technologies basse chute et bas débit. À l’avenir, les industriels pourraient être tentés par de l’autoconsommation. « C’est ce que l’on fait déjà en Afghanistan pour alimenter des sites industriels », explique le dirigeant de HPP. La petite hydro n’a pas fini de faire parler d’elle.

« Il faut répondre à l’engouement des collectivités territoriales »

Yves Giraud, directeur de la division production hydraulique chez EDF

  • Pourquoi ce regain d’intérêt pour la petite hydroélectricité ?

Le groupe EDF exploite déjà 320 ouvrages de petite hydraulique en France métropolitaine, pour 1,2 gigawatt de puissance installée, soit environ 10 % de notre production hydroélectrique. Et nous avons de nouvelles ambitions pour répondre à l’engouement des collectivités territoriales pour cette énergie renouvelable de proximité et à l’international.

  • Peut-on encore créer de nouvelles installations ?

En 2016, nous avons investi 50 millions d’euros dans la modernisation de nos installations de petite hydraulique. Les nouvelles technologies permettent d’équiper les débits réservés. Cette année, nous développons 13 projets. Au barrage de Chavaroche (Haute-Savoie), nous avons installé une vis d’Archimède, conçue par la société N. Schlumberger (groupe NSC), d’une puissance de 80 kilowatts. On peut aussi réaliser des installations en milieu urbain, comme la centrale du Rondeau, à Grenoble (Isère), grâce aux turbines pour très basse chute VLH (pour « very low head ») développées par MJ2 Technologies.

  • Existe-t-il un potentiel pour des micro-step ?

Les solutions de pompage turbinage sont très intéressantes car elles fournissent une capacité de stockage mobilisable quasi instantanée. Les micro-step sont une piste à suivre, en compétition néanmoins avec les batteries, qui se développent rapidement. 

Un atout français méconnu

  • 1 800 petites centrales au fil de l’eau
  • 2 400 mégawatts de puissance installée
  • 10 % de la production totale d’hydroélectricité en France
  • 45 millions d’euros d’investissements par an

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