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L'Usine Agro

Coup de froid sur les compléments alimentaires

Publié le

Cure d’amaigrissement en vue pour le marché des compléments alimentaires. Gélules, comprimés, ampoules, tisanes et autres boissons aux vertus santé vendues en grande distribution, en pharmacies ou parapharmacies sont aujourd’hui grandement menacés par la réglementation européenne. En 2006, devant l’essor plus ou moins anarchique des aliments fonctionnels et autres compléments alimentaires promettant monts et merveilles, Bruxelles a décidé de mettre de l’ordre.

Coup de froid sur les compléments alimentaires © DR

La commission européenne a imposé de valider scientifiquement les allégations santé affichées sur les produits alimentaires. Deux registres ont été constitués. Le premier est composé d’allégations génériques qui pourront être utilisées par tous les opérateurs. Le second sera alimenté par des allégations spécifiques protégées pour les industriels qui apporteront de nouvelles preuves scientifiques.

L’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa), chargée d’examiner les dossiers d’allégation, en a pour l’instant instruit 1750 sur les 4200 retenus. Résultat : 85 % de ses avis sont négatifs ! Une sacrée douche froide pour l’industrie des compléments. Plus question de vanter les bienfaits des probiotiques, des oméga 3 et autres antioxydants. Conséquence sur le marché des compléments alimentaires : plus de 95 % des produits pourraient disparaître faute de prouver scientifiquement les bénéfices avancés : minceur, digestion, sommeil, santé osseuses, troubles de la ménopause...

Pour l’instant, seuls les vitamines et les minéraux, qui représentent tout de même près de 50 % du marché européen des compléments alimentaires, trouvent grâce aux yeux des experts de l’Efsa, qui ont validé tout un lot d’allégations génériques. Les probiotiques, oméga 3 et antioxydants sont pour l’instant rayé des listes, et pour tout ce qui concerne les produits à base de plantes, la réglementation est en suspend.

Le marché des compléments alimentaires

11 milliards d’euros : le marché européen (entre 20 et 30 % du marché mondial)
1,02 milliards d’euros : le marché français
En France :
59 % des ventes en pharmacie
11 % des ventes en magasins spécialisés
10 % des ventes en grandes surfaces
7 % des ventes en parapharmacie
13 % sur les autres circuits

« Il existe des plantes qui ont une tradition d’usage établie en Europe, et dont les vertus sont constatées et résumées dans des bibliographies », explique Ronan Blanchard, directeur général de Superdiet, filiale de Juvasanté implantée à Denain (Nord). L’Efsa ne les reconnaît pas. Or le secteur du médicament utilise des extraits de plantes dont les bénéfices sont également reconnus de façon traditionnelle. Ce qui est permis d’un côté n’est pas autorisé de l’autre, s’indigne-t-on du côté des compléments alimentaires…

« Nous sommes tous d’accord avec la réglementation mais le problème, c’est sa mise en œuvre, s’insurge Jean-Loup Allain, délégué général du syndicat des compléments alimentaires (SDCA), l’un des deux organes de représentation de la profession. Dans ses mandats à l’Efsa, la Commission a oublié le sens de la proportion. Elle travaille selon des critères scientifiques élevés qui marchent sur des allégations de type « maladie ». Pour tout ce qui est du cadre de la prévention, cela ne marche pas.

Chiffre d'affaires en chute

Le secteur des compléments alimentaires risque d’encaisser une chute brutale de son chiffre d’affaires une fois que la réglementation sera entrée en vigueur (début 2012). Le segment de marché sur les produits « minceur », le plus important (un tiers des ventes en pharmacie), devrait se dégonfler sensiblement. Le marché n’avait pas franchement besoin de ça : il a encaissé deux années de baisse des ventes, qui sont passée de 1,09 milliard à 1,02 milliard entre 2007 et 2009. Un effet de la crise économique, les compléments alimentaires n’étant pas des produits de première nécessité, ils font partie des dépenses qui sont fortement contraintes en temps de crise. « La baisse de chiffre d’affaires, nous l’avons amorcée il y a déjà deux ans, reconnaît Eric Favre, Pdg de la marque Les Trois Chênes. Nous sommes passés de 23 à 18 millions d'euros de chiffre d’affaires ».

« L’obtention des allégations santé devient un facteur clé de valorisation des leaders technologiques », constate Philippe Sibour (Alliance consulting). Cependant, le niveau de preuve attendu devient de plus en plus comparable à celui d’un médicament et nécessite des études cliniques coûteuses, et donc des investissements en R&D importants. « L’industrie européenne des compléments a arrêté de faire des recherches car elle ne comprend quel est le mode d’emploi des allégations, soutient Jean-Loup Allain (SDCA). Depuis 2006, les budgets R&D se sont asséchés. Les Japonais et les Américains se frottent les mains et continuent à faire des recherches qu’ils peuvent continuer d’amortir ».

Concentration

La nouvelle réglementation européenne va réduire drastiquement les possibilités marketing et les effets bénéfiques des produits devraient être limités et relativement génériques. « On ne pourra plus dire grand-chose dans nos communications, ou alors on dira tous la même chose ! », s’inquiète Eric Favre (Trois Chênes). Du coup, la bagarre se portera demain sur le terrain commercial. Conséquence : le secteur, atomisé devrait se concentrer.

Ainsi, en France, on compte quelque 400 opérateurs ! Le marché est tout de même dominé par une dizaine d’acteurs : Arkopharma, Merck, Oenobiol, Juvasanté, Forté Pharma, Ponroy, Léa Vital, Superdiet et Solger.

Mais demain, de grands acteurs, dotés de marques fortes et de moyens commerciaux importants s’imposeront sur le marché européen. Les laboratoires pharmaceutiques sont à l’affût des opportunités sur ce secteur à fortes marges, parfois supérieures à 50 %. Plusieurs d’entre eux ont pris pied sur ce marché, comme Sanofi, qui s’est offert le leader européen Oenobiol (environ 60 millions d’euros de chiffre d’affaires) fin 2009, ou comme le géant Pfizer, qui a racheté il y a quelques jours le danois Ferrosan.

Les labos trouveront peut-être des sociétés agroalimentaires sur leur route. Comme par exemple Nestlé qui avec L’Oréal, a fondé en 2002 la joint venture Innéov. Mais il n’a pas la taille critique : sa filiale, 60 millions d’euros de chiffre d’affaires seulement, affiche des résultats négatifs, et n’est présent que sur le segment de la minceur, qui a peu de chance de passer au travers des mailles de l’Efsa. L’enjeu est simple pour Nestlé : soit il se renforce, soit il cède sa filiale.

Prudence pour les PME

Du côté des PME, il va falloir jouer la carte de l’agilité. « Nous devons vivre plus légers, et être inventifs, explique Eric Favre. Nous nous développons à l’export où la communication est plus facile, par exemple au Canada, où nous avons une filiale. Nous avons limité nos développements produits et nous avons ouvert un site de coaching et de nutrition. Nous devons aussi faire preuve d’imagination dans notre marketing de façon légale. »

La PME dispose de trois implantations : un site de production de liquides près de Lyon, une unité de gélules dans la Drôme, et un site sur les matières premières dans l’Isère. Elle a décidé de jouer de l’intégration verticale en se développant dans l’achat de matières premières et dans le façonnage pour les grands du secteur.

Chez Superdiet (20 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 3,5 à l’export), on mise sur le positionnement bio, avec un savoir-faire dans le sourcing, mais aussi sur la largeur de gamme. La société mise aussi sur la qualité des produits : « Nous ne trichons pas avec des arômes et nous utilisons le moins d’excipients alors que certains fabricants jouent sur la formulation pour baisser les prix. Et nous résistons : l’an dernier, notre chiffre d’affaires a progressé de 3 %. La demande va rester très diversifiée, donc l’offre aussi », affirme Ronan Blanchard.

A lire aussi le dossier "La bataille des alicaments" dans L'Usine Nouvelle du 10 mars

 

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8 commentaires

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18/03/2011 - 22h41 -

Quel peut être le but de tout cela: protéger les consommateurs de compléments alimentaires qui consommeraient imprudemment des plantes en poudres ou en infusions ? Pourtant lorsqu’ils choisissent d’acheter un complément alimentaire, sont-ils moins renseignés que celui qui absorbe une spécialité médicale prescrite en toute confiance par un officiel de la santé ? N’existe-t-il pas assez d’exemples de scandales sanitaires pour modérer la supériorité bienfaitrice des préparations pharmaceutiques ? Ce qui est paradoxal, c’est qu’une plante pourrait être interdite à la commercialisation par une société de compléments alimentaires mais autorisée à la vente par un laboratoire pharmaceutique : l’éventuelle toxicité de la plante aurait-elle disparue au passage ? Non, mais on retiendra que les euros n’auront plus le choix de choisir leur caisse enregistreuse.
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18/03/2011 - 19h41 -

Assez de réglementation ! Ils devraient simplement réglementer les ingrédients en provenance des pays non-européens et laisser les entrepreneurs spécialisés dans les médecines douces travailler en paix ! Encore une fois, l'Efsa s'illustre pas sa partialité au profit des gros labos ! Ils vont supprimer des emplois et fermer des entreprises. Ils feraient mieux d'interdire les additifs chimiques comme le E330, très dangereux, que l'on trouve dans beaucoup d'aliments (aïe, la moutarde Amora !)
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18/03/2011 - 16h22 -

Quand on nous rabache tous les soirs à la Télé que des produits sont bons pour combattre le cholestérol, ce n'est pas un exercice illégal de la médecine !!! il est vrai que dans ce cas il s'agit du lobby agro-alimentaire .. et personne n'a le courage de les trainer devant un Tribunal. Quel beau pays hypocrite que la France.
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18/03/2011 - 15h18 -

ok pour le tri dans les médicaments, mais les compléments n'en sont pas alors ce tri est stupide. Ca revient à trier des légumes et décider que la patate est nocive contrairement au poireau.. On tombe sur la tête. Y'a pas plus débile comme tri. Le nucléaire est autrement plus dangereux, s'y attaque-t-on?
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18/03/2011 - 10h21 -

Ce ne sont pas seulement les compléments naturels qui sont visés par la THMPD mais également l'utilisation de millier de plantes médicinales depuis des milliers d'année par l'homme. Un seul mot Agissez !!! http://www.defensemedecinenaturelle.eu/ Signez la pétition.
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18/03/2011 - 09h52 -

OK! Moi je suis pour parceque y faut qu'on sache ce qu'on mange, sinon on sait pas et c'est la porte ouverte à n'importe quoi.
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18/03/2011 - 07h00 -

La ommission de Bruxelles , la plus grande bande criminelle de l'Union Europeenne : corruption, chantage , raquette , connaissant une commissaire europeenne ! ex-ministre en 1984 aux .....
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16/03/2011 - 18h53 -

faire le tri n'est pas un luxe mais une necessité,certains etaient efficaces ou au pire neutre,mais dans tout ce choix je suis sur que certains etaient nocifs pour la santé
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