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Côte d'Ivoire : la filière cacao bloquée pour plusieurs semaines

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Florence Pradier est secrétaire générale du syndicat du chocolat. Elle analyse pour l'Usine Nouvelle les conséquences de la crise ivoirienne sur le marché du chocolat. Le secteur est une activité majeure pour le pays.

Côte d'Ivoire : la filière cacao bloquée pour plusieurs semaines © CC Quintana Roo

L'Usine Nouvelle - Quel est l'impact de la crise en Côte d'Ivoire sur la filière européenne du chocolat ?

Florence Pradier - La situation politique en Côte d'Ivoire a conduit l'Union européenne à prendre des sanctions : plus aucune exportation ivoirienne n'arrive en Europe. La filière du cacao représente 40 % du PIB ivoirien, elle est donc très importante localement.

Depuis le 22 janvier, l'exportation des fêves de cacao et des produits transformés n'est plus possible vers l'Europe. Les dernières livraisons datent du premier février, il a été décidé de livrer ce qui avait été payé avant la mise en place des sanctions.

Mais attention : il n'y a aujourd'hui aucune tension sur les produits finis. Beaucoup de fêves sont déjà arrivées en Europe, nous avons une visibilité sur plusieurs mois avant qu'il n'y ait des problèmes pour les consommateurs.

Quelles sont les autres sources d'approvisionnement possible ?

La Côte d'Ivoire ne représente que 40 % de la production mondiale, et son voisin, le Ghana, produit des fêves d'une qualité similaire. D'un point de vue macroscopique, la production mondiale est d'environ quatre millions de tonnes par an. Toute la production mondiale est consommée. Ce marché est tendu : la demande augmente alors que la production est stable. Les pays émergents notamment, consomment de plus en plus de chocolat. Le Ghana peut puiser dans ses réserves, mais ne pourra jamais remplacer les volumes produit par la Côte d'Ivoire.

Il faut savoir que la récolte 2010 a été excellente dans toute l'Afrique de l'Ouest, avec des volumes importants. Les stocks finiront bien par arriver sur les marchés américains et européens. Toutefois, si la situation perdure, les tensions sur l'approvisionnement vont s'accentuer.

Le redémarrage des livraisons et de la filière peut-il être rapide ?

Non. Les sanctions sont essentiellement financières : les banques ivoiriennes ont été touchées et ne fonctionnent plus. Le redémarrage de la filière ne sera pas immédiat : il faut d'abord relancer le système bancaire local. Beaucoup de mécanismes sont à remettre en marche. Cela devrait prendre plusieurs semaines.

On ne peut pas aujourd'hui prévoir la durée de la crise. Une fois les sanctions levées, le gagnant du conflit aura tout intérêt à reprendre rapidement les exportations. Le cacao est un élément important pour la Côte d'Ivoire, il y a plus de 800 000 familles de planteurs dans le pays.

Des analystes s'accordent pour prévoir une chute des cours du cacao dès la crise terminée. Quel impact cela pourrait-il avoir sur les planteurs ?


C'est une question très complexe. La situation politique a généré une volatilité importante sur les cours. Globalement, la tendance est à la hausse, du fait des tensions sur les stocks. On ne peux pas réellement prévoir ce qui se passera une fois la crise terminée.

La question pour l'industrie chocolatière, c'est le maintien de notre capacité à rémunérer les planteurs. Nous avons tout intérêt à ce que cette filière soit soutenue, pour que les plantations soient bien entretenues et qu'un travail qualitatif soit effectué.

Les exploitations de cacao ivoiriennes, de petites tailles, ont des rendements peu élevés. Nous travaillons à la structuration de cette filière, via des organisations de type coopératives ou des labellisations commerce équitable.

 Propos recueillis par Rémy Maucourt

Retrouvez plus d'informations concernant la situation en Côte d'Ivoire sur le site d'Indice et Cotations.

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