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L'Usine Santé

Cosmétiques : Biotechs, dites-moi qui est la plus belle...

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Enquête Issus de la pharma, les procédés de biotechnologies sont une nouvelle source d'innovation pour les acteurs de l'industrie cosmétique. Qu'ils soient fabricants d'ingrédients ou industriels du luxe.

Sans conservateurs, écologiques, issus de ressources naturelles... Vous pensez nourriture ? Il s'agit de produits de beauté. Comme pour le contenu de son assiette, le consommateur se montre désormais intraitable sur la composition des cosmétiques ! Une tendance qui profite à des fabricants d'ingrédients très spécialisés. Leur créneau ? La biotechnologie. Quoi de plus naturel que d'utiliser des organismes vivants (cellules animales et végétales entre autres) ou des parties de ceux-ci (gènes, enzymes par exemple) comme outils pour fabriquer des produits pour la peau ? Et même si elle est encore un peu plus chère que les techniques issues de la chimie classique, la biotechnologie monte en puissance depuis quinze ans. Parfois sans même que les marques ne s'en rendent compte. « Afin d'améliorer l'accès aux molécules végétales, 80% des extraits végétaux sont soumis à des étapes d'extraction enzymatiquement assistées », souligne Éric Perrier, le directeur R et D de la division parfums et cosmétiques de LVMH.

Meilleure empreinte environnementale, arguments marketing efficaces : on connaît certains avantages de la chimie verte. D'autres atouts achèvent de convaincre petits et grands industriels de la beauté. Comme dans l'industrie de la santé, la biotech peut être capable de synthétiser des molécules qui auront une activité biologique dans la peau, lorsque la chimie lourde n'y parvient pas. Ainsi, Solabia, un fabricant francilien de molécules et de principes actifs, tronçonne de grosses molécules avec des enzymes. Réduites, elles ne seront plus allergisantes et pénétreront mieux dans la peau. « Nous utilisons des enzymes dans des bioréacteurs aux températures basses, sans acide, explique Florent Yvergnaux, le directeur R et D en cosmétique et nutrition. Contrairement à l'hydrolyse chimique, qui nécessite de chauffer à 100 °C et dégrade les molécules les plus sensibles. » Une enzyme est aussi capable de produire de nouvelles molécules, en jouant le rôle de catalyseur si elle est mélangée à deux autres molécules. Prisé pour la texture qu'il apporte dans la formulation de crèmes, l'ester, par exemple, est le résultat d'une réaction entre un acide gras, issu d'une huile, et un alcool, avec l'aide d'une enzyme.

 

Procédés de luxe

Pour concevoir des produits cosmétiques encore plus efficaces, rien de tel que d'observer le corps humain. « En comprenant comment les cellules de notre peau se défendent contre les ultraviolets, nous avons conçu une molécule qui stimule préventivement ces défenses naturelles, comme le ferait un vaccin », explique Fabrice Lefèvre, le directeur du marketing scientifique d'Induchem. Ce groupe suisse a racheté en 2010 Libragen, un spécialiste toulousain de l'exploration des bactéries non-cultivables. Grâce à son savoir-faire, la molécule créée, issue d'une plante, a été optimisée pour la cosmétique par la biotechnologie.

Pour sa production, le monde de la beauté sait aussi s'inspirer de métiers dont il est peu coutumier. Pour que les préparations soient encore plus pures, les fournisseurs d'ingrédients se sont appuyés sur un processus phare dans la fabrication du vin : la fermentation. Chez Solabia, on fabrique chaque année plusieurs dizaines de tonnes de molécules à des coûts compatibles avec le marché, grâce à des micro-organismes placés dans un fermenteur. Ce process n'est pas encore abordable pour fabriquer en très grande quantité des molécules destinées à des marchés de grand volume comme les biocarburants ou la chimie. Pour l'instant. « Cela ne sera peut-être plus le cas dans les années futures, avec l'explosion du coût des matières premières, en particulier des molécules issues de la chimie classique, estime Florent Yvergnaux. Mais pour celles à haute valeur ajoutée, nos procédés offrent des rendements souvent supérieurs à 90%, avec une pureté optimale. » Solabia réalise deux tiers de son chiffre d'affaires à l'export auprès de grands industriels comme Estée Lauder ou Natura, grâce à sa filiale brésilienne.

 

Molécules à façon

La cosmétique de luxe n'est pas prête à accepter tous les produits issus des biotechs. Elle est très regardante sur la composition de ses produits et la provenance de ses ingrédients. Les grands de la beauté achètent donc des molécules actives, développées spécialement pour eux. « Ils nous indiquent des idées de molécules dont ils rêvent, raconte Fabrice Lefèvre, d'Induchem. À nous de les produire en observant les secrets des plantes ou en découvrant comment la peau peut les fabriquer. »

Installée dans le Puy-de-Dôme, la société Greentech voit donc croître la demande d'ingrédients à façon, fabriqués notamment à partir de cultures de microalgues en bioréacteur. Les algues peuvent fournir des polymères qui offrent de belles textures aux crèmes. « Nous avons aussi développé un procédé de cryoextraction qui préserve les molécules intéressantes contenues dans des bourgeons comme les protéines, sucres ou minéraux, raconte Jean-Yves Berthon, le PDG de Greentech. Lors de la récolte, nous congelons les plantes, avant de réaliser les extractions avec de l'azote liquide. » Derrière ces curieux procédés, de nombreuses opportunités pour les industriels de la beauté. LVMH le sait. « Nous utilisons énormément de produits issus des biotechs, car c'est une façon intelligente d'utiliser le vivant, confie Éric Perrier. Dans un produit cosmétique, vous avez d'ailleurs une chance sur deux qu'il y ait une gomme xanthane ou de l'acide hyaluronique, des polysaccharides élaborés par fermentation dans des bioréacteurs. » Prisé en médecine esthétique pour réduire les rides, l'acide hyaluronique était introduit par injection. De quoi effrayer certains clients. Induchem a donc observé comment ce polymère de sucres, présent naturellement dans le derme et l'épiderme pour hydrater la peau, était produit par nos cellules. « La chimie des sucres est si complexe qu'il nous aurait coûté 90 000 à 100 000 euros au kilo pour copier ce processus en chimie organique, se souvient Fabrice Lefèvre. Nous avons trouvé une voie de synthèse, utilisant une matière naturelle issue d'un procédé de fermentation. La molécule ainsi obtenue est très efficace, non-allergène et dix à quinze fois moins chère ! » Résultat : l'acide hyaluronique « de troisième génération » sans aiguille d'Induchem cartonne auprès des grandes marques.

Mais pour se démocratiser, la biotechnologie doit concevoir des molécules plus performantes que la chimie lourde, tout en restant dans les mêmes niveaux de prix. Éric Perrier, qui prépare déjà l'après-pétrole avec ses équipes, y croit. « Dans dix à cinquante ans, une révolution va toucher l'industrie chimique, dit-il. Et ce sont les matières premières issues de la chimie verte et des procédés biotechnologiques qui vont devoir prendre le relais. » La renaissance de la beauté au naturel ?

INGRÉDIENTS DE BASE

  • Biotechnologies Méthodes et techniques qui utilisent comme outils des organismes vivants (cellules animales et végétales...) ou des parties de ceux-ci (gènes, enzymes...).
  • Enzymes Protéines fabriquées par les cellules à l'intérieur d'un organisme vivant.
  • Fermentation Réaction biochimique anaérobie sur des matières organiques

 

« La manipulation du vivant fait peur »

ÉRIC PERRIER, directeur R et D de la division parfums et cosmétiques de LVMH

« Nous ne parlons que rarement de biotechnologies dans le domaine de la cosmétique. La manipulation du vivant fait peur. Chez LVMH, 100% des matières premières sont testées pour vérifier qu'elles ne sont pas génétiquement modifiées. Si nos fournisseurs ne le savent pas, nous fouillons et rejetons celles pour lesquelles un doute subsiste. Il est possible d'utiliser des matières premières et des actifs issus de la biotechnologie sans manipulation génétique en utilisant ce que la nature a de plus efficace ou de plus intéressant. »

 

Pierre Fabre mise sur la cosmétique stérile

Un bouchon révolutionnaire ! Fruit de treize ans de travail entre Pierre Fabre et des plasturgistes. C'était le maillon indispensable pour étendre la gamme lancée par le laboratoire il y a quelques années : des produits Avène fabriqués sur une chaîne de production de cosmétiques stérile. Un process inspiré de la fabrication des médicaments issus des biotechnologies. « Nous sommes passés d'une conservation chimique à une conservation physique, le tube jouant le rôle de barrière », explique Franck Legendre, le responsable industriel du projet chez Pierre Fabre. Ces produits destinés aux peaux sensibles n'ont ni parfum ni conservateur. Leur formulation comprend les principes actifs et les composés indispensables. Ils étaient conditionnés en monodose pour conserver leur stérilité. Grâce au bouchon intelligent - un petit piston sort et se rétracte pour laisser passer le produit -, les tubes de crème contiennent 50 et 200 ml. Et ils équiperont avant la fin du mois des produits A-Derma.

 

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