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Corruption en Chine : le feuilleton estival de la pharmacie

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Analyse Depuis la mi-juillet, les accusations de corruption contre les laboratoires occidentaux se multiplient en Chine. Provoquant notamment la mutation surprise du patron du syndicat français de l’industrie pharmaceutique. Analyse de la situation.

Corruption en Chine : le feuilleton estival de la pharmacie © D. R.

Dans le secteur de la pharmacie, c’est un véritable feuilleton estival qui se déroule en Chine. Depuis la mi-juillet, la presse chinoise multiplie les accusations de corruption contre plusieurs groupes pharmaceutiques occidentaux. En ligne de mire : l’anglais GSK, le français Sanofi, le suisse Novartis, et, tout dernièrement, l’américain Lilly.

Le deuxième marché pharmaceutique en 2016

Alors que le nationalisme grimpe en Chine et que le nouveau gouvernement entend mener une croisade contre la corruption, les laboratoires étrangers - qui dominent le segment des médicaments brevetés, les entreprises locales se contentant des génériques – font une cible idéale. Les accusations sont néanmoins prises très au sérieux par les groupes concernés. Car il ne serait pas dans leur intérêt de se mettre à dos les autorités d’un pays au marché pharmaceutique de 60 milliards de dollars, qui devrait devenir le numéro deux mondial en 2016 selon IMS Health.

Le patron du Leem envoyé par GSK en Chine

De quoi expliquer sans doute les proportions spectaculaires prises par l’affaire du côté de GSK. Accusé par les autorités chinoises d’avoir versé ces dernières années près de 500 millions de dollars en pots-de-vin, le laboratoire anglais a été obligé d’appeler à la rescousse un de ses meilleurs éléments, le français Hervé Gisserot, qui était jusqu’à présent senior vice-president en charge d'une zone européenne de 15 pays.

Désormais patron de la filiale chinoise de GSK, Hervé Gisserot laisse orphelin le Leem, le syndicat de l’industrie pharmaceutique en France, dont il avait pris la tête en janvier dernier après plusieurs mois d’intense campagne. Le syndicat a déjà demandé au secrétaire du bureau, Patrick Errard, le patron France du laboratoire japonais Astellas Pharma, de prendre l’interim en attendant la tenue de nouvelles élections.

Mais du côté de GSK, la situation est bien plus complexe. Il y a un an, le laboratoire avait dû payer une amende record de 3 milliards de dollars pour mettre fin à des poursuites du gouvernement américain, suite à la promotion illégale de médicaments et de mensonges sur les prix. Soit le plus gros accord à l'amiable d'un groupe de santé dans l'histoire des Etats-Unis.

Les commissions pour booster les prescriptions

Cette nouvelle affaire tombe donc mal pour le cinquième laboratoire mondial. Même si le contexte chinois est spécifique. Au pays de la Grande Muraille, les commissions auprès de certains acheteurs peuvent être monnaie courante, confie Marc Meynardi, dirigeant de la société de conseil spécialiste de la Chine MMI. Dans le secteur pharmaceutique, des pratiques jugées déloyales en France peuvent ainsi être perçues comme nécessaires pour faciliter le business dans un pays à la culture économique très court-termiste, expliquent les experts. "Pour promouvoir un médicament auprès des hôpitaux chinois, les laboratoires locaux ont pour pratique d’impulser des prescriptions par un système de rétributions, raconte Vincent Genet, directeur de la division santé du cabinet Alcimed. Car les médecins, mal rémunérés en Chine, ont toujours vu l’industrie pharmaceutique comme un complément de rémunération."

Une situation délicate pour les big pharmas. "Les grands laboratoires occidentaux qui s’intéressent à ce marché s'efforcent à mettre aux normes leurs pratiques par rapport à leurs standards européens, observe Vincent Genet. GSK ou Sanofi se sont ainsi aperçus qu’alors que leurs directives de groupe au niveau central étaient très claires, des marges de liberté avaient été prises par leurs équipes en Chine." Pour ces groupes cotés, il est désormais indispensable que ces pratiques n’appartiennent plus qu’au passé.

Gaëlle Fleitour

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