Coronavirus: La France dénonce les pressions 'inacceptables" d'Amazon sur ses salariés

par Caroline Pailliez et Mourad Guichard
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Coronavirus: La France dénonce les pressions 'inacceptables
Les pressions exercées par Amazon sur son personnel sont "inacceptables", a déclaré jeudi Bruno Le Maire, réagissant aux propos de salariés selon lesquels l'entreprise menace de ne pas les payer s'ils ne se présentent pas au travail de crainte de contracter le coronavirus. /Photo prise le 19 mars 2020/REUTERS/Pascal Rossignol

PARIS/SARAN (Reuters) - Les pressions exercées par Amazon sur son personnel sont "inacceptables", a déclaré jeudi Bruno Le Maire, réagissant aux propos de salariés selon lesquels l'entreprise menace de ne pas les payer s'ils ne se présentent pas au travail de crainte de contracter le coronavirus.

Plusieurs centaines de salariés du géant américain ont fait grève mercredi pour que leur employeur leur reconnaisse officiellement un "droit de retrait", un dispositif qui leur garantirait un salaire s'ils se mettaient en confinement.

Ils dénoncent des conditions de travail qui ne leur permettent pas de respecter les consignes de sécurité d'usage, et estiment se mettre en danger pour une activité qui n'est pas essentielle à la vie de la nation.

Entre 300 et 350 salariés du groupe ont déjà exercé ce droit cette semaine sur le site de Lauwin-Planque, dans le Nord.

Une réunion de concertation entre direction et syndicats s'est tenue jeudi mais s'est conclue par un échec selon les représentants des salariés, qui demandaient la reconnaissance du droit de retrait ou, à défaut, la fermeture des sites au titre du risque sanitaire.

A Saran (Loiret), "la direction propose de réduire le nombre de salariés présents au même moment sur le site, du fait des roulements, pour passer de 500 à 100 personnes", a expliqué Jean-François Bérot, du syndicat Sud-Solidaires.

"Elle a cependant reconnu que les mesures de sécurité n’étaient pas optimales, mais qu’elles répondaient aux règles en vigueur."

LA DIRECTION RÉFUTE LES ARGUMENTS DES SYNDICATS

La direction a réfuté ses arguments, assurant que "la santé et la sécurité de nos salariés restent nos priorités absolues" et que les mesures prises permettaient aux salariés de "maintenir la distance nécessaire et ainsi garantir un espace sain entre eux".

Elle estime donc que les conditions du droit de retrait ne sont pas remplies.

"Ces pressions (subies par le personnel) sont inacceptables et nous le ferons savoir à Amazon", avait déclaré en début de journée le ministre français de l'Economie et des Finances sur France Inter.

Le gouvernement avait annoncé samedi la fermeture des commerces non essentiels à la vie de la nation pour éviter la propagation du coronavirus. Mais face au retrait de nombreux salariés du privé, il encourage désormais les travailleurs des secteurs de la production et de la distribution à poursuivre leurs activités dans le respect des consignes sanitaires.

Amazon connaît un pic d'activité depuis la mise en place du confinement. Aux Etats-Unis, le groupe a annoncé le recrutement de 100.000 personnes et promis une augmentation salariale généralisée équivalant à deux euros de l'heure en France pour les travailleurs oeuvrant dans les transports ou les entrepôts.

L'entreprise de livraison à domicile assure donner la priorité à la fourniture de produits de base, d’hygiène et de santé ainsi qu'à d'autres produits de première nécessité.

"DES JETONS ABANDONNÉS"

Dans une vidéo obtenue par Reuters, on voit des dizaines de personnes aller et venir et discuter dans un espace clos sans respecter les distances nécessaires pour éviter la propagation du virus.

"Le sentiment qu’on a aujourd’hui, c’est d’être juste des jetons abandonnés sans qu'il n'y ait de prise de conscience (...) de la part de la direction", a déclaré à Reuters une salariée de 27 ans du site de Lauwin-Planque, qui a refusé de dévoiler son nom de peur de représailles.

Elle dit vivre une "grande souffrance". "Je suis devenue un danger pour ma famille. Je ne serre plus mes enfants dans les bras de peur de les contaminer. Je ne dors plus avec mon conjoint", confie-t-elle des sanglots dans la voix.

Faisant écho à ces propos, Khaled Bouchajra qui travaille sur le site de Saran, se demande en quoi "Amazon est essentiel à la survie de la nation", alors que des salariés disent emballer des DVD, des jeux vidéo, ou encore des accessoires sexuels.

Il est difficile selon les syndicats d'estimer le nombre de salariés absents sur le territoire. Près de 80 personnes au moins avaient exercé leur droit de retrait dans le matinée sur le site de Lauwin-Planque, selon le syndicat Sud-Solidaires.

L'entreprise ne connaît toutefois pas de grand ralentissement de son activité car elle puise dans un vivier d'intérimaires pour remplacer les absents, selon les syndicats.

Alertée par la situation, la maire de Saran, Maryvonne Hautin, a écrit au préfet du Loiret pour lui demander quelles étaient les mesures qu'il comptait mettre en place afin de "contraindre" Amazon à assurer la protection de ses salariés.

En l'absence d'annonce d'Amazon, elle s'est dit favorable à la réduction de l'activité ou à la fermeture du site.

D'autres entreprises ont répondu aux inquiétudes de leurs salariés. Le fabricant de semi-conducteurs STMicroelectronics a conclu un accord avec les syndicats pour réduire sa production de moitié afin de limiter le nombre de personnes sur les sites de production.

(Avec Sarah White, Pascal Rossignol, Mathieu Rosemain, Leigh Thomas et Dominique Vidalon, édité par Jean-Michel Bélot et Marc Angrand)

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