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L'Usine de l'Energie

[COP24] À Katowice, des États sans ambition devant l’urgence climatique

Olivier Cognasse , , ,

Publié le

Si les gouvernements ont salué la réussite de la COP24, force est de constater qu’hormis les règles d’application de l’Accord de Paris et les progrès pour le financement dédié aux pays en développement, la lutte contre un réchauffement climatique en deçà de 2°C n’a pas progressé. Analyse avec Jean Jouzel, ancien vice-Président du GIEC et David Levaï, coordinateur du think tank IDDRI.

[COP24] À Katowice, des États sans ambition devant l’urgence climatique
Le climatologue Jean Jouzel, pessimiste après la COP24.
© Pascal Guittet

La COP24 qui s’est achevée à Katowice (Pologne), le samedi 15 décembre, a accouché d’une souris. Alors que les gouvernements s’auto-congratulent, à commencer par la France qui a brillé par son absence, les ONG et les scientifiques dénoncent un manque d’ambitions et l’absence comme élément central des discussions du dernier rapport spécial du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur le réchauffement planétaire de 1,5 degré Celsius, publié lundi 8 octobre 2018. Un rapport qui indiquait qu’au rythme actuel, les 1,5°C seront atteints entre 2030 et 2052.

Certes, après deux semaines de négociations et une journée de prolongation, les 196 pays réunis pour la COP24 sont tout de même parvenus un accord. Un accord qui propose les règles d’applications de l’Accord de Paris sans aucun nouvel effort pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.

Mais est-il possible d’attendre davantage des COP qui ont le plus souvent déçu, excepté en 2015 avec la COP21. "Les sorties des COP sont souvent en demi-teinte, car dans un système multilatéral on cherche le consensus", explique David Levaï, coordinateur des activités de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) pour l’action climatique. "De l’autre côté, les scientifiques et les ONG sont frustrés et le rapport du GIEC est sans équivoque. En tant que chercheur et analyste, je me situe entre les deux. Une fois de plus, le multilatéralisme a montré qu’il est solide. Il a permis de rendre l’Accord de Paris plus solide et c’est un point positif."

Le rapport du GIEC absent des débats

De son côté, le climatologue Jean Jouzel, ancien vice-président du GIEC, retient quelques points positifs : "Du point de vue du négociateur, le premier objectif de cette conférence était de finaliser l’Accord de Paris. Or cela semble acté, et ce n’était pas facile. Il y avait beaucoup de pressions pour changer les règles de cet accord. Autre bonne nouvelle, sur le financement, les pays développés se sont engagés sur la somme de 100 milliards de dollars par an pour les pays en voie de développement, une promesse qui date de Copenhague [COP15 en 2009]. On n’est pas trop loin du compte."

Mais les satisfecits s’arrêtent là. Car "j’ai une déception en tant que scientifique. Ce groupe de travail n’a pas fait mention du rapport du GIEC sous la pression des États-Unis, de l’Arabie Saoudite, du Koweït et de la Russie. Il a juste été mentionné alors qu’il avait été approuvé en octobre en Corée du sud. Ils ont tout fait pour lui donner le minimum de visibilité. Jusqu’ici", ajoute Jean Jouzel, "les rapports du GIEC avaient été un outil pour les différentes COP. Notamment, le cinquième rapport pour la COP21. C’est la première fois que l’on arrive à cette situation."

Et Jean Jouzel rappelle qu’actuellement nous nous dirigeons plutôt vers +3°C. Or, à +2°C, "nous connaissons déjà les conséquences. Pour maintenir le réchauffement à +2°C, il faudrait réduire d’un tiers les émissions avant 2030. Pour ne pas dépasser +1,5°C, il faudrait les diviser par deux entre 2020 et 2030." Mais dans la situation actuelle, un tel objectif est inatteignable.

"Le dynamisme n’y est plus"

"L’Australie, le Brésil, les États-Unis, la Russie et les pays du Golfe traînent les pieds. Dans ces conditions, il est très difficile de demander aux pays membres de l’Accord de Paris de relever leurs ambitions", s’inquiète le célèbre climatologue. "Le dynamisme n’y est plus, l’enthousiasme a disparu. Autant, j’étais optimiste après l’Accord de Paris, là je crains que l’on dépasse les +3°C à la fin du siècle. La décision de Donald Trump de se retirer de l’Accord a eu des effets très négatifs sur les négociations."

"Il existe une réelle frustration du fait que l’on attendait un message fort après la publication du rapport du GIEC", regrette David Levaï. On reste sur sa faim avec des engagements timides. La situation géopolitique est complexe avec les États-Unis qui continuent à être dans la polémique et une présidence faible de la COP24 menée par un pays sans ambition. Les dirigeants ne se sont pas déplacés à commencer par la France qui s’est distinguée par l’absence de son Premier ministre, alors que François de Rugy, le ministre de la Transition écologique et solidaire n’est resté qu’une journée."

Mettre la pression sur les États

Mais Jean Jouzel ne veut pas remettre en cause le bien-fondé des COP, car elles permettent de réunir tous les pays chaque année. "Il serait intéressant que les pays développés arrivent avec des propositions concrètes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, on constate que les émissions sont reparties à la hausse."

Alors si les villes, les collectivités, les ONG, les entreprises agissent, ce n’est pas suffisant. "Ils sont là pour mettre la pression sur les États, mais leur poids est insuffisant pour se substituer aux États", conclut David Levaï. Rendez-vous l’an prochain au Chili pour la COP25 en espérant qu’une réelle prise de conscience permettra enfin d’avancer dans la lutte contre le dérèglement climatique.

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1 commentaire

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18/12/2018 - 11h34 -

Changer ce n'est pas faire des COP ! C'est proposer les outils du changement ! Ou sont ces outils ? Lorsque les COP seront en mesure d'apporter des solutions économiques, personne ne pourra se dispenser de les mettre en place ! Pour l'instant les Cop ne servent qu'à promener et à faire vivre ceux qui les organisent, en faisant payer la facture à ceux qui voudraient pouvoir vivre de leur travail !
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