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L'Usine de l'Energie

COP21 : "Un bon accord marquera une vraie rupture", selon Jean-Bernard Lévy

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Publié le

Entretien Jean-Bernard Lévy est le PDG d’EDF. Selon lui, l’énergie nucléaire et les renouvelables sont la solution pour contenir le réchauffement.


Crédits Stéphane Jayet

L'Usine Nouvelle - Quel message porte un groupe comme EDF dans le cadre de la COP 21 ?

Jean-Bernard Lévy - Mon message, c’est que l’électricité bas carbone est l’une des meilleures solutions pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce n’est pas la seule solution. La première est d’être plus économe dans l’utilisation des ressources. Mais juste après, pratiquement à égalité, il y a l’utilisation de l’électricité à la place des énergies fossiles. Avec son mix de production bas carbone, EDF fait la démonstration que l’on peut être un grand électricien en émettant très peu de CO2.
 

Quel serait un bon accord sur le climat selon vous ?

Un bon accord sera celui qui marquera une vraie rupture. Il est très ambitieux de vouloir obtenir d’un seul coup que la planète converge vers un réchauffement inférieur à 2 °C. Kyoto a donné lieu à un grand scepticisme, puis il y eut l’échec de Copenhague. Paris doit maintenant montrer que toutes les économies du monde prennent des engagements forts, qui nous conduisent résolument dans la bonne direction. Les décisions prises ne permettront forcément pas de démontrer dès maintenant que l’on est sur la trajectoire de 2 °C. Mais dans les années suivantes, nous y parviendrons. Nous pourrons alors dire que c’est à Paris que la rupture a eu lieu. Par ailleurs, il faut établir des modes de financement pérennes pour que les pays émergents limitent leurs émissions, sans mettre en péril leur croissance.
 

La France est-elle une bonne élève dans la lutte contre le changement climatique ?

Oui, nous sommes déjà parmi les bons élèves, puisque notre système électrique émet 15 à 20 fois moins de CO2 que celui de nos voisins grâce au nucléaire, à l’hydraulique et aux autres énergies renouvelables. Bien que la France soit moins bien dotée en vent et en soleil que certains de ses voisins, EDF y construit de l’éolien et du solaire. Notre pays a également un comportement vertueux en facilitant le développement des écosystèmes énergétiques en matière de recherche, de création de start-up et de partenariats entre ces start-up et les grands groupes. Il y a en France une effervescence d’initiatives très décentralisées, dans laquelle EDF prend sa place.
 

EDF semble changer de discours en abandonnant le modèle hypercentralisé qui était le sien depuis sa création en 1946…

EDF évolue car le modèle monolithique, centralisé, n’est pas tout. Il continue à fonctionner, mais il doit coexister avec un nouveau modèle, décentralisé, dans lequel les clients sont acteurs de leur production et de leur consommation. EDF ne peut pas être aveugle devant cette révolution. Nous devons travailler encore plus avec les partenaires locaux et développer avec eux des solutions sur mesure. Il nous faut conserver le modèle actuel, très efficace, très compétitif, comme socle de la production, et le compléter avec un marché ouvert, plus flexible et plus décentralisé.
 

Comment assurer cette double tâche ?

Cette dualité n’est possible qu’en faisant preuve d’une vision et d’une grande maîtrise technologique de la part de tous les acteurs. Il faut assurer l’équilibre des réseaux, ce qui est fait par RTE. Il faut développer l’intelligence des systèmes et des réseaux, c’est la mission d’ERDF, et aussi parfois d’EDF. Et puis nous consacrons une partie de notre R & D, dont le budget annuel s’élève à 600 millions d’euros, au stockage de l’électricité. Nous travaillons sur les deux problématiques différentes, qui sont le stockage en mobilité et le stockage dans le bâtiment.
 

Quelle place attribuez-vous au nucléaire pour lutter contre le réchauffement ?

Le nucléaire est l’une des solutions pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et il est important que l’Agence internationale de l’énergie, qui est une agence internationale reconnue, l’ait récemment rappelé. Comme l’hydraulique, l’éolien ou le solaire, le nucléaire génère peu d’émissions, à la fois dans le processus de production de l’électricité mais aussi lors de la construction des réacteurs. À l’inverse du fuel, du charbon et du gaz, des énergies fossiles fortement émettrices et donc promises au déclin. Pour limiter le réchauffement, le nucléaire doit trouver toute sa place dans le mix mondial.
 

Au point de prévoir la construction d’une flotte d’EPR en France ?

La ministre de l’Écologie, du développement durable et de l’énergie, Ségolène Royal, a rappelé qu’il faut préparer la nouvelle génération de réacteurs nucléaires. C’est ce que nous faisons avec l’EPR NM (Nouveau modèle) qui a vocation à être le produit qui remplacera à terme les réacteurs actuels. Même avec beaucoup d’énergies renouvelables, sans électricité nucléaire, il n’y a plus d’électricité en France… Pas même à l’horizon 2030, car les besoins du pays ne peuvent pas être atteints sans faire appel à l’atome.
 

Quelle place réservez-vous aux énergies renouvelables ?

Dans le cadre du plan Cap 2030, EDF accélère le déploiement des énergies renouvelables. Nous allons passer de 28 GW de capacités installées aujourd’hui, dans le monde, à plus de 50 GW en 2030. Pour cela, nous souhaitons d’abord améliorer l’équipement hydraulique des vallées françaises et optimiser l’utilisation du parc existant. C’est un gain de puissance qui peut être très intéressant. Nous avons aussi lancé le développement de l’éolien offshore et nous serons les premiers à mettre en service des parcs au large des côtes françaises. Enfin, nous répondons aux appels d’offres solaires pour développer des parcs dans le sud du pays. Nous menons à bien d’autres développements ailleurs en Europe et dans le monde.
 

Que pensez-vous du scénario 100 % renouvelable de l’Ademe ?

Chez EDF, nous considérons qu’il y a beaucoup d’incertitudes dans l’établissement des hypothèses qui sous-tendent ce scénario. Par exemple, sur la stabilité du système électrique et la gestion de l’intermittence, sur la surface du territoire consacrée à la production d’énergie renouvelable, sur les coûts, sur les émissions fossiles envisageables à cette échéance. Nous y voyons davantage une description d’un scénario un peu théorique qu’une analyse réaliste de faisabilité. Bien sûr, cela serait formidable si tous les pays sans exception pouvaient avoir 100 % d’énergies renouvelables. Aujourd’hui, il n’y a que quelques régions où c’est envisageable, par exemple en Scandinavie, où il y a à la fois beaucoup d’eau et beaucoup de vent, et aussi une faible densité de population.
 

On note quand même une compétitivité croissante de l’énergie solaire…

Chacun voit que le coût des cellules solaires a beaucoup baissé. Il existe des cas de figure où, grâce à un bon ensoleillement, des panneaux peuvent être rentables sans subvention. En particulier là où il n’y a pas de réseau, par exemple en Afrique. Mais il ne faut pas généraliser une situation assez rare où l’énergie solaire peut-être aujourd’hui compétitive. En France, avec un taux de charge d’environ 14 %, les conditions d’un solaire compétitif ne sont pas encore réunies. Néanmoins, nous considérons que c’est une énergie d’avenir. Nous menons des développements technologiques que ce soit sur les panneaux eux-mêmes ou sur la gestion du système électrique grâce aux batteries et aux réseaux intelligents. 

EDF entame sa transition
 

Neuf mois après son arrivée à la tête d’EDF, Jean-Bernard Lévy a dévoilé son plan industriel baptisé Cap 2030. Il se donne trois priorités. La première, c’est le client. Il s’agit de lui offrir plus de services et de s’adapter à un monde où il devient acteur de sa consommation, voire de la production. La deuxième, c’est l’évolution du mix électrique. Tout en continuant à miser sur le nucléaire, le groupe souhaite passer de 28 GW d’énergies renouvelables à plus de 50 GW en 2030. Le troisième objectif est l’interna­lisation du groupe. EDF affiche aujourd’hui moins de 5 % de son activité hors d’Europe. Il compte aller chercher la crois­sance, en Asie et en Afrique, en participant au développement de grands projets. 

 

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1 commentaire

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27/11/2015 - 11h24 -

L’énergie nucléaire n’est pas comme l’hydraulique, l’éolien ou le solaire comme se plait à nous le dire ce monsieur, c’est un non-sens économique et écologique. Economique parce qu’il nous fait courir un risque d’accident qui pourrait ruiner définitivement le pays. Ecologique parce qu’il fait porter le poids des déchets hautement toxiques, sur des dizaines de générations futures. Or, Il a fallu cent ans au pétrole pour montrer ses limites, combien faudra-t-il d’années pour montrer les limites de l’atome ? Même si le gaz carbonique n’est pas anodin quand sa concentration augmente, qu’en sera-t-il de l’atome quand tous ses aspects toxiques et pervers deviendront généralité ?
Pour la COP21, le bon accord c’est de pouvoir proposer un moyen de stockage de masse écologique et économique aux énergies renouvelables. Car seul ce stockage permettra de rompre l’intermittence et résoudra les problèmes de stabilité.
De plus en produisant de l’énergie propre, celle-ci pourra être développée. Afin de pouvoir répondre aux énormes besoins de l’industrie. Tiraillée par d’un côté, les besoins de produire plus, pour faire baisser les coûts. Et de l’autre consommer moins, pour ne pas augmenter les effets sur le climat.
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