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COP21 : Quand 150 dirigeants parlent d’une seule voix… ou presque

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Lors du discours des 150 dirigeants à la tribune de la COP21, trois grands types de profils ont pu être identifiés. Les superpuissances qui affirment que la lutte contre le changement climatique peut se faire sans remettre en cause la croissance économique, les pays pauvres qui demandent de l’aide pour financer leur transition énergétique et les pays en danger qui appellent à l’aide pour ne pas disparaître…


Justin Trudeau, premier ministre canadien lors de son discours - Crédits COP21 Twitter CC

Il y a déjà eu un miracle à la COP21. Les 150 Présidents, Rois, Premiers ministres, Princes réunis lundi 30 novembre au Bourget (Seine-Saint-Denis) ont tous pris la parole. Quelle rareté de voir Iran et Arabie Saoudite, Turquie et Russie, Israël et Palestine à la même tribune… Quelle surprise de voir un Barack Obama, président de la superpuissance américaine, avoir le même temps de parole que Tommy Remengesau, président de Palau, une île de Micronésie de 20 000 habitants.

Et tous tiennent le même discours : les effets du changement climatique sont déjà réels et il n’y a plus de temps à perdre. Bien sûr, dès la fin de la COP21, les tensions et rivalités reprendront leurs droits et d’aucuns diront qu’il ne faut pas se laisser berner par des beaux discours et de belles intentions. Faut-il croire le Président américain quant il assure qu'"un de nos ennemis sera le cynisme, une notion contre laquelle on ne peut pas faire grand-chose"?

Des superpuissances volontaires

Barack Obama a d’ailleurs créé la surprise en affirmant : "Je représente une des plus grandes économies du monde (...). Je suis conscient que nous sommes à la source de ce problème. L’année dernière, notre croissance économique a été forte sans que nos émissions ne croissent ! Nous prouvons qu’une croissance économique forte n’est pas forcément en contradiction avec la protection de l’environnement."

Le président russe Vladimir Poutine a tenu un discours très proche. Après avoir rappelé que son pays avait respecté ses engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto, il précise : "Nous avons réussi dans le même temps à doubler le PIB de notre pays. Nous pouvons donc donner toute l’attention à la croissance économique de nos nations tout en préservant la nature !"

Du côté du président chinois, c’est le financement de 100 milliards de dollars pour les pays émergents qui est clé. "Les pays développés doivent être à la hauteur de leurs engagements", appelle Xi Jinping. Il ajoute même que l’effort doit être encore accentué après 2020 pour permettre une transition énergétique rapide des pays du sud.

des ECOMINES émergentEs en colère

C’est un discours qui a dû avoir toute l’attention du Président du Niger, Issoufou Mahamadou, qui n’a pas hésité à taper du poing sur la table alors que, dans son pays, "le lac Tchad s’assèche et le fleuve Niger s’ensable". Il appelle à réunir rapidement les 100 milliards de dollars car "l’Afrique avec 2% des émissions de gaz à effet de serre se présente [à la COP21] comme une victime. Il faut que les pollueurs paient".

Alassane Ouattara, Président de la Côte d'Ivoire, appuie ce message et ajoute : "Les 100 milliards de dollars [pour les pays émergents] doivent demeurer centraux dans la négociation même si cette somme est en deçà de ce qu’il faut pour faire face au défi climatique. Pour l’heure, les ressources mobilisées ne suffisent pas à engager la transition énergétique sans compromettre la croissance économique de nos pays (en Afrique)".

des iles en danger.

Mais les discours qui permettent le plus de prendre conscience de la réalité du réchauffement sont ceux des petites îles pour qui la hausse du niveau des mers interroge sur leur survie à moyen terme. Ainsi, Anote Tong, Président de Kiribati, île de 811 km² près de la Micronésie, réveille la conscience collective en appelant à ce que soit noté dans le compte-rendu de la COP21 : "Les Fidjis ont accepté d’accueillir les populations de Kiribati et Tuvalu dans le cas où ne nous pourrions plus vivre chez nous prochainement." Puis, prenant à témoin les économies les plus riches, il conclut : "A vous de faire en sorte que lorsque nous quitterons cette magnifique ville, nous le ferons en étant rassurés sur l’avenir et la survie sur nos peuples."

Peter M. Christian, Président de la Micronésie, interpelle à son tour : "D’ici 2030, il y a des communautés insulaires qui ne seront plus là […]. Je ne sais pas quels sont les mots à dire aux pays industrialisés pour qu’ils comprennent que nous sommes en danger." Enele Sosene Sopoaga, Premier minsitre de Tuvalu, renchérit : "Nous ne pouvons pas permettre que le réchauffement dépasse 1,5°C sous peine de disparaître".

La présence dès le premier jour de la COP21 des grands dirigeants est une première. En 2009, les dirigeants étaient venus les derniers jours pour constater l’échec des négociations. Cette fois-ci, en faisant parler les chefs d’Etat dès le premier jour, la présidence française a voulu donner un élan à la COP et placer les négociateurs devant leurs responsabilités.

Au Bourget (Seine-Saint-Denis), Ludovic Dupin

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