Contre-offensive de scientifiques et ingénieurs dans le secteur de l'hydrogène

Un collectif indépendant européen sur l'hydrogène a été lancé, jeudi 9 décembre, par cinq scientifiques et ingénieurs, dans le but « de fournir des preuves scientifiques aux responsables politiques et aux journalistes pour les aider à distinguer les usages pertinents pour l’hydrogène de ceux qui ne le sont pas ».

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Contre-offensive de scientifiques et ingénieurs dans le secteur de l'hydrogène
Les électrolyseurs, ici du français McPhy, devraient être au cœur de l'essor de l'hydrogène.

Contre-lobbying dans l’hydrogène. Cinq scientifiques et ingénieurs européens ont lancé une coalition indépendante, jeudi 9 décembre, dans le but « d’éclairer les décisions publiques sur le domaine de l’hydrogène ». « Nous avons l’ambition de fournir des preuves scientifiques aux responsables politiques et aux journalistes pour les aider à distinguer les usages pertinents pour l’hydrogène de ceux qui ne le sont pas », explique David Cebon, professeur en ingénierie mécanique à l’université de Cambridge (Royaume-Uni), l’un des membres-fondateurs de la coalition lors de la conférence de presse de présentation.

« Nous avons constaté que, pratiquement, seuls les lobbyistes ou industriels du secteur s’expriment au sujet de l’hydrogène dans les médias, souvent sans point de vue contradictoire. Nous souhaitons recréer un équilibre dans les prises de parole », appuie Tom Baxter, ingénieur dans l’industrie du pétrole et du gaz pendant 40 ans, désormais consultant.

Cinq membres-fondateurs

Pour l’heure, la coalition se compose uniquement des cinq membres-fondateurs, dont les compétences se veulent complémentaires. Ainsi Paul Martin, ingénieur chimiste, a-t-il développé une expertise sur la partie production et transport d’hydrogène, et sur la (non) pertinence de mélanger l’hydrogène au gaz naturel (blending), après 30 ans à travailler avec et sur l’hydrogène et le gaz synthétique. L’expertise hydrogène de Tom Baxter, qui a passé une grande partie de sa carrière au sein de la major BP, complète celles de M. Martin sur la partie production et blending.

Les spécialisations des trois autres experts de la coalition concernent trois secteurs demandeurs d’hydrogène, à savoir les transports routier, l'aviation et le bâtiment. Est ainsi couvert par la coalition les enjeux hydrogène pour l’aviation, avec Bernard van Dijk, conférencier aéronautique à l’université des Sciences appliquées d’Amsterdam. Le transport routier (de fret et de passagers) est expertisé par le professeur en ingénierie mécanique David Cebon, co-auteur de plus de 150 articles scientifiques à comités de lecture sur les enjeux de sécurité, de dynamique et de performance environnemental des poids-lourds de marchandise. Quant à Jochen Bard, directeur de la division des technologies de procédés énergétiques à Fraunhofer Institute for Energy Economics and Energy System Technology, il est en capacité d’analyser les conséquences du chauffage des bâtiments par le biais de l'hydrogène (ainsi que le mélange hydrogène-gaz naturel).

Promouvoir uniquement l'hydrogène renouvelable

À l’occasion du lancement de leur coalition, les cinq experts ont publié un manifeste, « qui résument [leurs] positions phares sur la question de l’hydrogène pour le moment », précise Paul Martin. En tête des prises de position : seul l’hydrogène vert – produit par électrolyseur alimenté par de l’électricité renouvelable (éolienne, solaire, hydraulique) – est considéré comme désirable. « Nous sommes très suspicieux envers tous les autres types de production d’hydrogène, en particulier celui qu’on appelle

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« L’hydrogène bleu ne peut en aucun cas être considéré comme une énergie verte », tranche Robert W. Howarth de l’université de Cornell (New York)
"hydrogène bleu%%/ARTICLELIE:1807482%% " , à savoir de l’hydrogène fossile adossé à un équipement de capture et stockage de CO2, soulève M. Martin. Or, c’est facile de mal réaliser ce type de site de production, avec de nombreuses fuites de méthane (dont le potentiel réchauffant est 86 fois plus important que le CO2 sur une période de 20 ans).

Le collectif défend ainsi l’idée de définir clairement ce que regroupe l’expression « hydrogène bas carbone », abondamment présente dans la stratégie hydrogène européenne. « Pour l’instant, la tendance actuelle serait de considérer qu’avec 77 % d’émissions de CO2 en moins [que la technologie de production d’hydrogène fossile la plus efficace du marché, ndlr] l’hydrogène serait bas carbone. Ce n’est clairement pas suffisant ! » affirme le porte-parole.

Priorité aux usagers actuels d'hydrogène fossile

Deuxième inquiétude soulevée par la coalition : « l’hydrogène ne doit pas retarder le déploiement de solutions d’électrification déjà existantes », écrivent-ils. « J’ai toujours été surpris de voir l’hydrogène promu comme une solution pour les secteurs difficiles à décarboner… Mais pourquoi nous concentrons-nous sur les secteurs difficiles à décarboner ? Nous devrions plutôt investir nos forces sur les secteurs faciles à décarboner avec des solutions qui sont sur l’étagère, à un coût moindre, comme c’est le cas pour le secteur du transport [avec des batteries électriques, ndlr]», développe l’ingénieur chimiste.

La coalition estime dans un troisième point que les secteurs qui utilisent actuellement de l’hydrogène d’origine fossile doivent être décarbonés en priorité. « Les producteurs d’ammoniac font partis des plus gros consommateurs d’hydrogène fossile. Leur produit est utilisé pour fabriquer des engrais, utilisés pour nourrir la moitié de l’humanité. Ces industries doivent pouvoir utiliser de l’hydrogène vert, bien avant les secteurs du transport ou du chauffage des bâtiments », raconte Paul Martin.

Enfin, les cinq experts prennent « unanimement » position contre le mélange de l’hydrogène avec le gaz naturel. « C’est du gâchis ! insiste le spécialiste. Cette idée se base sur un argument fallacieux : comme nous avons un réseau de pipelines disponibles, nous devons l’utiliser. Sauf que, si nous mélangeons un volume de 20% d’hydrogène avec du gaz naturel, le potentiel de décarbonation maximal est seulement de 7%. » Les experts souhaitent interpeller l’Union européenne sur cette question : « Le blending semble être une question brûlante au niveau européen, poussé par les compagnies pétrolières et gazières et les gestionnaires des réseau de distribution de gaz. Les stratégies de décarbonation doivent se justifier dans des termes scientifiques et économiques », tranche Tom Baxter.

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