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Contrats Rafale : les syndicats espèrent la création de plusieurs milliers d’emplois

Il faudra produire 60 avions de combat pour répondre aux commandes de Rafale indienne et égyptienne. Chez Dassault Aviation, Safran et Thales, les syndicats tablent sur plus d'un millier d’embauches pour leur entreprise. Et autant pour l’ensemble de leurs sous-traitants.

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Contrats Rafale : les syndicats espèrent la création de plusieurs milliers d’emplois

60 Rafale à livrer, 36 pour l’Inde et 24 pour l’Egypte : de quoi apporter une charge de production supplémentaires aux usines de Dassault Aviation et ses sous-traitants, qui ont testé ces dernières semaines la solidité de leur supply-chain. Si l’avionneur et ses deux principaux partenaires, le motoriste Safran et l’électronicien Thales, restent prudents et silencieux sur les créations de postes à la clef de tels contrats, les syndicats ont fait leurs premières estimations. Rien que pour les usines en France des trois principaux donneurs d’ordre, c’est plus d’un millier d’emplois qui pourraient être créés. Et ce chiffre pourrait être doublé en prenant en compte les effectifs chez leurs nombreux sous-traitants présents sur le territoire français. Aujourd’hui, quelques 7000 salariés de 500 entreprises contribuent à la fabrication de l’avion de chasse tricolore, à un rythme de onze avions par an.

Pas de deuxième ligne d’assemblage

Chez Dassault Aviation, les syndicats n’ont pas eu de réponse sur l’éventualité du doublement des cadences de la chaine d’assemblage de Mérignac (Gironde). "Nous attendons le nouveau plan général de production de la direction", explique Pierre Etchegoyen, délégué syndical central CGT pour Dassault Aviation, basé à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). "Si on devait doubler les cadences, nous ne serions pas capables de répondre avec les effectifs actuels. Selon nos estimations, cela représenterait au minimum 400 à 500 emplois supplémentaires sur l’ensemble des sites du groupe", chiffre le syndicaliste. Ces postes seraient à pourvoir en priorité dans les sites de production qui fournissent en amont les sous-ensembles du Rafale : Seclin (Nord) et Argenteuil (Val-d’Oise) pour les pièces primaires, Martignas (Gironde) pour la voilure, Biarritz pour les pièces en matériaux composites.

Concernant la ligne d’assemblage de Mérignac, confrontée à l’hypothèse du doublement des livraisons, la direction aurait indiqué aux syndicats qu’une augmentation des cadences de la ligne actuelle pourrait suffire plutôt que d’envisager d’en créer une seconde. Selon la CGT, les postes d’intérimaires et de sous-traitants travaillant dans les usines Dassault (activités civile et militaire comprises) représentent 530 équivalents temps-plein. En cas d’embauche, le syndicat milite donc pour qu’une grande partie de ces salariés passent sous contrat Dassault.

Vigilance sur la supply-chain

Chez Safran, on espère que les nouveaux contrats à l’export du Rafale vont permettre de redynamiser des lignes de production tournant à leur régime minimal. Le groupe est en effet présent sur de nombreux éléments de l’avion à travers ses différentes filiales : Snecma fournit les moteurs, Hispano Suiza la boîte de transmission associée, Labinal le câblage, Sagem des équipements de navigation, Messier-Buggati-Dowty le train d’atterrissage... Soit environ un chiffre d’affaires d’une vingtaine de millions d’euros par appareil. "Si on augmente la cadence de 50% en passant de onze à dix-sept avions par an, cela pourrait générer environ 400 emplois supplémentaires", calcule Gérard Mardiné coordinateur central CFE-CGC pour Safran.

Cela pourrait être plus encore si on prenait en compte la production pour les missiles AASM et Mica du Rafale. Le gros défi se présentera dans l’usine de Villaroche (Seine-et-Marne) à une cinquantaine de kilomètres de Paris. "Nous devons asssurer également la montée en cadence des moteurs civils notamment pour l’Airbus A320. Et les monteurs d’avions militaires et civils ne sont pas interchangeables. Ce ne sont pas les mêmes gammes ni le même montage. Il faudra être vigilant du côté de notre supply-chain, certains de nos sous-traitants sont des sources uniques", avertit Serge Radié syndicaliste CFE-CGC à Villaroche. Outre les monteurs, le contrat Rafale nécessitera de recruter des spécialistes en outillage, des experts en qualité, des équipes de services (support aux clients, maintenance, gestion des pièces détachées, service de documentation...).

Des embauches de techniciens

Chez Thales, à Brest (Finistère), où l’on assemble les systèmes de contre-mesures, à Pessac (Gironde) où l’on produit les radars de l’avion de combat français, ou encore au bureau d’études d’Elancourt (Yvelines), on savoure aussi l’annonce de ces nouveaux contrats. Et plus spécifiquement, Thales Systèmes Aéroportés, la filiale responsable de la production des équipements Rafale pour l’ensemble du groupe. "Notre filiale a énormément souffert de l’absence de ventes à l’export durant des années. Nos effectifs sont passés entre la fin des années 90 et aujourd’hui, de 6000 à 3000 personnes environ. Avec ces nouveaux contrats, les mesures d’augmentation du temps de travail ne suffiront pas. Il va falloir embaucher entre 200 et 300 salariés", indique un syndicaliste à Brest.

Surtout des câbleurs, des techniciens de test et d’intégration, de suivi de production... "C’est l’occasion de rajeunir notre pyramide des âges. A Elancourt, la moyenne d’âge est supérieure à 50 ans. Aujourd’hui les compétences partent et ne sont pas renouvelées", explique Julien Guidolin, responsable syndical CFDT basé à Pessac. Les contrats signés avec l’Egypte et l’Inde donnent ainsi une bouffée d’air à tout une chaîne industrielle... En attendant de nouvelles commandes ?

Hassan Meddah

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