Contrat de génération : le "oui si" du DRH d’Areva

Alors que s’ouvre, vendredi 5 octobre, la deuxième séance de négociation entre syndicats de salariés et représentants des entreprises pour le contrat de génération, Philippe Vivien, le directeur des ressources humaines d’Areva, livre son expérience en matière de tutorat et de transfert de compétences. Pour réussir, le transfert doit se préparer et s’accompagner.

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Contrat de génération :  le

L'Usine Nouvelle - Les partenaires sociaux négocient actuellement pour définir les contours du contrat de génération. En tant que DRH d’Areva, que pensez-vous d’un tel dispositif ?
Philippe Vivien -
Toute action qui permet d’embaucher des jeunes tout en maintenant les seniors en emploi est une bonne mesure. Avec le contrat de génération ce qui est particulièrement intéressant, c’est le transfert de compétences du plus âgé vers le plus jeune. Mon expérience de DRH d’Areva le confirme : plus on embauche de jeunes, plus les anciens sont indispensables pour transférer les savoir-faire, la culture d’entreprise… On ne peut pas imaginer que dans une entreprise on recrute un jeune pour remplacer un senior. Chez Areva, nous avons beaucoup recruté de 2006 à 2010 et ce n’est pas un hasard si cela a coïncidé avec la formalisation de notre politique senior.

De nombreux DRH critiquent le tutorat, estimant que le transfert de compétences se fait mal. Votre expérience a-t-elle mise en évidence des conditions à réunir pour qu’il soit vraiment gagnant-gagnant ?
Du côté du tuteur, le volontariat doit être de mise. C’est la condition de base, sans laquelle rien ne peut marcher. Il ne sert à rien de forcer quelqu’un qui ne veut pas transmettre. Il faut éventuellement chercher à comprendre pourquoi il est réticent, l’aider à affronter ce qui le bloque. Ensuite, il faut outiller le tuteur. Être tuteur, ça ne s’improvise pas, c’est un rôle particulier.

Nos jeunes alternants le disent très bien quand ils parlent de leur tuteur « ce n’est ni mon professeur, ni mon père. » Pour que le transfert se passe dans de bonnes conditions, il faut que le senior ne se dise pas qu’on va le mettre dehors après. Du côté du jeune, il faut qu’il ait l’envie d’apprendre, qu’il soit ouvert, disponible.

Comment avez-vous accompagné les tuteurs ?
Nous avons développé un outil d’auto évaluation de leur capacité à transmettre leurs connaissances. C’est un préalable. Ensuite, nous les formons en fonction des réponses qu’ils ont données.

Les allégements de charges associés au Contrat Génération seront-elles un levier pour les entreprises ?
Elles sont surtout importantes pour les petites entreprises, qui sont très sensibles à la question du coût du travail (ndlr : dans le cadrage des négociations, le gouvernement a prévu de réserver les allégements aux entreprises de moins de 300 salariés). Reste que, de mon point de vue, il serait souhaitable que les contrats de génération dépassent le cadre de l’entreprise stricto sensu.

Dans une petite entreprise, les personnes n’ont pas forcément le temps, la disponibilité d’assurer le transfert. Il faudrait pouvoir signer des contrats qui concerneraient les firmes d’un bassin d’emploi ou au sein d’un même métier. On pourrait imaginer des dispositifs locaux qui associeraient les grandes et les petites entreprises. Pour Areva, je serai prêt à le faire. Nous formons déjà des apprentis qui rejoignent ensuite des PME.

Quelles sont les trois qualités essentielles qui font un bon tuteur ?
Il doit avoir une légitimité technique, envie de partager son savoir, et pouvoir être surpris, être capable d’être défié par un jeune. La personne doit être en mesure d’accepter que le jeune va réagir différemment d’elle. Ce ne sera ni mieux ni moins bien, ce sera différent. Certaines personnes ne sont pas capables d’accepter cela. Dans ces cas là, il est préférable qu’ils ne soient pas tuteurs.

Le contrat de génération est-il fait pour tous les types de métiers ? Ou bien le besoin est-il plus fort pour certaines fonctions ?
Il est certain que dans les métiers techniques, le transfert de compétences est beaucoup plus sensible. Je me félicite que chez Areva, la culture du transfert du savoir-faire soit bien ancrée dans toutes les fonctions. Il arrive régulièrement de voir les cadres venir avec l’apprenti qui travaille pour eux. C’est pour les jeunes une façon de s’imprégner de la culture, de voir comment nous travaillons ensemble, comment nous traitons une difficulté.

Propos recueillis par Christophe Bys

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