Construction navaleLes chantiers coréens détrônent leurs rivaux japonaisFrappés de plein fouet par la montée du yen, les constructeurs navals nippons ont, pour la première fois depuis 1956, cédé l'an dernier le leadership mondial aux Sud-Coréens.

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Construction navale

Les chantiers coréens détrônent leurs rivaux japonais

Frappés de plein fouet par la montée du yen, les constructeurs navals nippons ont, pour la première fois depuis 1956, cédé l'an dernier le leadership mondial aux Sud-Coréens.

Les Mitsubishi, Kawasaki, Ishikawa-Jiam, Hitachi et autres Mitsui ou Sumitomo sont-ils en train de perdre définitivement leur suprématie dans la construction navale? L'an passé, les constructeurs japonais ont profité de la relance des commandes de navires, avec une augmentation de 82% des ordres reçus. Une progression insuffisante pour résister à la pression de leurs rivaux coréens, qui s'imposent comme les nouveaux maîtres du jeu. La supériorité japonaise dans le domaine de la productivité ne suffit plus à compenser les handicaps que constituent les coûts de main-d'oeuvre et des matières premières. "Les constructeurs nippons ont une productivité double de celle des Coréens, mais des coûts de main-d'oeuvre triples", résume Seiji Nagatsuke, chercheur à l'Institut de recherche maritime. Si les ingénieurs coréens touchent une rémunération correspondant à 70% de celle de leurs homologues japonais, l'ouvrier coréen gagne 80% de moins que le japonais. En ce qui concerne les matières premières, la Corée du Sud est également avantagée. "Chaque tonne d'acier leur coûte 20000yens (1100francs) de moins qu'ici", confie un porte-parole d'Ishikawa-Jiam, le numéro 3 japonais. Pour un pétrolier de 200000tonnes, cela représente une différence d'environ 20millions de francs. La montée du yen aura été un véritable coup de grâce. En 1993, la devise japonaise s'est appréciée de 25% par rapport au dollar, alors que la parité won/dollar restait stable. Au total, le navire coréen revient 20% moins cher que son concurrent japonais, selon Seiji Nagatsuke.

Constitution d'un front Europe-Japon-Etats-Unis?

Un autre facteur risque d'asseoir définitivement la domination coréenne à l'horizon 1995. Les chantiers sud-coréens se préparent à augmenter leurs capacités de production. Samsung passerait de 640000tonnes à 1,8million cette année, Hyundai de 3 à 4millions en trois ans. Halla Engineering & Heavy Industries va construire des VLCC (très gros pétroliers). A terme, la construction navale sud-coréenne se donnerait les moyens de satisfaire la totalité de la demande mondiale en navires marchands. Pour éviter ce scénario-catastrophe, les sociétés japonaises doivent porter leurs efforts sur deux axes, explique un récent rapport du Nomura Research Institute: augmentation des achats de composants à l'étranger et pression sur les coûts du personnel au Japon. Une prescription que suivent déjà activement les constructeurs locaux. Le numéro 1, Mitsubishi Heavy Ind., va doubler ses achats à l'étranger, tandis que Mitsui Zosen (numéro 5) va faire passer de 10 à 15% son taux d'achats extérieurs de composants mécaniques. Mitsubishi a aussi annoncé son intention de supprimer près de 100 des 5350 emplois que compte sa division construction navale. Quant à l'Association japonaise de construction navale, elle espère que les discussions de la mi-mars, dans le cadre de l'OCDE, verront la constitution d'un front uni Europe-Japon-Etats-Unis pour forcer la Corée du Sud à revoir ses plans en baisse.







USINE NOUVELLE - N°2450 -

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