Construction ferroviaire les chercheurs se mobilisent pour soutenir les entreprises

La région abrite l'un des premiers pôles de recherche sur les transports terrestres. Ses points forts : les transports guidés, la résistance à la collision et le freinage.

Partager

Le VAL file entre les murs de brique et s'en retourne au bercail. C'est ici, à quelques encablures du beffroi de Lille, dans le Laboratoire de radiopropagation et d'électronique (LRPE) de Villeneuve- d'Ascq, que ce métro entièrement automatique a été esquissé à la fin des années 70. Vingt ans après, Lille creuse sa deuxième ligne de métro sans conducteur, tandis que le Nord - Pas-de-Calais abrite l'un des premiers pôles français en matière de recherche sur les transports guidés. L'essentiel de ce pôle est constitué par le Groupement régional pour la recherche dans les transports terrestres (GRRT), fondé dans la foulée des premiers tours de roue du VAL, en 1983. " L'idée était de faire fructifier les compétences mises en exergue par le VAL ", raconte Yves David, ancien directeur de l'Inrets (recherche sur les transports) à Villeneuve-d'Ascq et initiateur du projet. Pari remporté. Avec l'appui du conseil régional, le GRRT, qui réunit l'Inrets, six laboratoires des Universités de Lille et de Valenciennes et trois grands industriels - Matra Transports (concepteur du VAL), GEC-Alsthom et ANF Industrie -, mobilise 140 chercheurs. Il représente à lui seul 30 % environ de la recherche institutionnelle française sur les transports guidés. A son actif : des balises de localisation qui seront utilisées par Matra pour la ligne de métro Météor, un système de transmission de grande largeur de bande développé par GEC-Alsthom, ou encore un procédé de mesure de vitesse utilisant l'effet Doppler. Et l'Inrets de Villeneuve-d'Ascq s'est imposé en tant que laboratoire expert pour la sécurité des systèmes de métro automatiques en France.

Recherche volontariste et élargissement du savoir-faire

Mais l'ambition du GRRT va bien au-delà. En menant une politique de recherche volontariste, la région entend soutenir son industrie ferroviaire. Et pour cause. Avec ses trois grands constructeurs (GEC-Alsthom-Cimt et ANF Industrie dans le Valenciennois, Arbel Fauvet Rail à Douai) et ses quelque 80 PME-PMI, le Nord - Pas-de-Calais constitue la première région ferroviaire française. Mais, en perte de vitesse, les constructeurs ferroviaires ont besoin d'innovations pour rebondir. " Au début des années 80, l'industrie ferroviaire comptait trois fois plus de salariés et représentait 50 % de l'effectif hexagonal, contre 34 % aujourd'hui ", remarque Christine Sauvet, directrice de la recherche et de la technologie au conseil régional. La chute des commandes de la SNCF laisse présager un avenir plus sombre encore. Afin d'épauler l'industrie du cru, le GRRT a élargi ses domaines de compétences. Parallèlement aux transports automatiques, le groupement planche sur la résistance des véhicules à la collision. Le Laboratoire d'automatique et de mécanique industrielles et humaines (Lamih) de l'Université de Valenciennes a ainsi développé avec GEC-Alsthom un logiciel de modélisation d'accidents ferroviaires. En septembre dernier, le groupement a inauguré un banc de test de collisions (voir " L'Usine Nouvelle " numéro 2563 du 26 septembre 1996). A partir de 1991, il s'est penché sur l'étude des frottements avec la constitution d'un " pôle frein ", sur l'initiative de GEC-Alsthom. " L'objectif est de développer une puissance de freinage pour le TGV nouvelle génération, qui filera à 360 kilomètres à l'heure ", relate Jean-Claude Raoul, responsable du pôle frein et directeur du projet TGV nouvelle génération de GEC-Alsthom. L'équipe, qui vient d'installer un nouveau tribomètre au Laboratoire de mécanique de Lille, a notamment mis au point des caloducs capables de dissiper l'énergie du freinage par le biais d'un circuit de refroidissement. Le GRRT a également élargi son savoir-faire à l'électroni-que d'automobile et songe à développer des travaux dans le domaine de l'acoustique et des vibrations. Aux côtés de ces recherches groupées, les grands constructeurs développent leur propre expertise. Ainsi, ANF Industrie s'affiche comme le spécialiste du bogie. Fort d'un bureau d'études qui compte plus d'une centaine d'employés, et avec l'appui des centres de son groupe Bombardier en Allemagne et en Angleterre, l'industriel a mis au point des bogies mono-essieu ou encore des bogies à essieux orientables pour réduire le bruit et l'usure dans les courbes. Depuis trois ans, la firme planche sur le bogie en matériau composite. Ce foisonnement d'initiatives suffira-t-il à tirer l'industrie ferroviaire régionale de l'ornière ? " Malheureusement, non, regrette Christine Sauvet. La recherche est un atout, mais elle ne constitue pas un moteur suffisant. En particulier pour les PME, qui sont moins concernées et n'ont pas toujours les capacités internes de recherche-développement. " Aussi, Pouvoirs publics, laboratoires et industriels se tournent à présent vers ces quelque 80 PME, pour beaucoup sous-traitantes, et dont un tiers réalise 80 % des commandes dans l'industrie ferroviaire. Le GRRT met en place un organisme de transfert de technologie, le C3T, qui trouvera pour partie refuge à l'université de Valenciennes (voir encadré). La Mission ferroviaire de la chambre de commerce et d'industrie de Valenciennes réalise une veille commerciale et encourage les entreprises à développer leur politique " qualité ". Cette démarche est appuyée par les trois grands ensembliers, GEC-Alsthom-Cimt, ANF Industrie et Arbel Fauvet Rail, qui vont parrainer chacun six PME. Derrière ces initiatives se profile un enjeu de taille : encourager les sous-traitants à devenir de véritables équipementiers. A l'heure des appels d'offres internationaux, les PME du ferroviaire devront être capables de concevoir des équipements assemblés par les grands constructeurs.



Les missions du Centre de transfert de technologie

Dans un an, un centre de transfert de technologie sera inauguré sur le campus de l'université de Valenciennes. Il abritera la section valenciennoise de l'organisme de transfert de technologie du GRRT, le C3T. Et planchera donc prioritairement sur les transports terrestres. La construction du bâtiment a été financée par le Conseil général du Nord pour un montant de 14,7 millions de francs. En outre, l'Union européenne, l'Etat, le Conseil régional, les industriels et l'Université de Valenciennes investiront 32 millions de francs au cours des trois prochaines années pour le fonctionnement de cet organisme. Sa mission : prêter main-forte aux PME-PMI dans leurs projets de développement technologique. " Nous allons démarcher les entreprises pour les aider à concevoir leurs produits et à améliorer leurs procédés de fabrication ", explique Marie-Hélène Leveaux-Vinayo, directrice du centre. Trois thèmes d'activité seront mis en exergue : le confort des véhicules, leur sécurité et l'aide à la conception et à la fabrication. L'organisme, qui comptera une quinzaine d'employés, bénéficiera des moyens de recherche du GRRT ainsi que de nouveaux équipements, notamment une machine de stéréolithographie. " Elle permet de constituer en quelques heures seulement une pièce prototype à partir d'un fichier CAO ", expose Marie-Hélène Leveaux-Vinayo. Un atout de plus pour permettre aux entreprises d'être plus réactives.

USINE NOUVELLE N°2569

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS