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L'Usine de l'Energie

Conquérir les renouvelables au Brésil, tentant mais pas si facile...

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Champion de l’énergie hydroélectrique, le Brésil veut maintenant développer d’autres énergies renouvelables, notamment le solaire. Et cherche des investisseurs.

Conquérir les renouvelables au Brésil, tentant mais pas si facile...
EDF Renewables achève la construction de la centrale solaire géante de Pirapora.

Les énergies renouvelables ont, à nouveau, le vent en poupe au Brésil. Alors que le mix électrique du pays est déjà à 82 % renouvelables, dont 64,8 % d’hydraulique, 7,5 % d’éolien et – particularité locale – 8,8 % de biomasse, le gouvernement a un plan 2016-2026 d’installation de plus de 35 GW de nouvelles capacités de production d’électricité renouvelable hors hydroélectrique. Le potentiel de ce dernier étant quasi saturé. La bataille est forcément rude pour profiter de ce nouvel Eldorado. Le 4 avril, dans le cadre d’une enchère fédérale, EDF Renewables (le nouveau nom d’EDF Énergies nouvelles à l’international) a remporté un contrat de fourniture d’électricité de long terme pour quatre parcs éoliens d’une capacité de 114 mégawatts. Le prix de vente de l’électricité, négocié pour vingt ans auprès de 17 distributeurs brésiliens, a été fixé à 67,6 reals le MWh, soit 16,50 euros le MWh. Un record à la baisse ! Aux enchères de décembre 2017, l’éolien s’était négocié à 25 euros le MWh. En France, il est à 82 euros.

La course à l’éolien

Pour arriver à tenir ce niveau de prix, EDF a profité d’un effet de la récession. Le gouvernement fédéral n’ayant lancé aucun appel d’offres dans les énergies renouvelables durant deux ans, le carnet de commandes des usines des fabricants de turbines comme Siemens Gamesa et Vestas s’est vidé. "Les différents fabricants ont baissé les prix dans la perspective de remplir leur usine. Cela a été un élément essentiel sur ces enchères", explique Paulo Abranches, le directeur d’EDF Renewables Brasil. Le Français évoque aussi l’amélioration des conditions de financement "avec des taux qui ont un peu baissé" et la possibilité de commercialiser de l’énergie sur le marché libre. Il l’a déjà fait sur son site Ventos de Bahia, situé à 350 km de Salvador dans l’état de Bahia, où EDF exploite 66 MW d’éolien depuis 2017, suite à une acquisition. C’est là qu’il va développer les nouveaux parcs dont la mise en service est prévue en 2021. Car le nord-est du Brésil bénéficie de conditions exceptionnelles pour l’éolien, avec des vents forts et réguliers. Depuis huit ans, il attise les convoitises. Mais c’est l’acteur local CPFL Energia, racheté par le chinois State Grid en janvier 2017, qui domine le marché avec 1,3 GW d’éolien en fonction et 9,5 % des capacités renouvelables du pays (hors hydroélectrique).

Ce record du prix pour l’éolien brésilien – l’italien Enel a fait encore mieux au Mexique avec 17,70 dollars (14,90 euros) par MWh en novembre 2017 – pourrait être une limite basse. "Nous ne sommes pas allés au bout des enchères d’avril, les volumes demandés étant anormalement petits et la concurrence très forte", remarque Sébastien Clerc, le PDG de l’opérateur renouvelable intégré français Voltalia, présent au Brésil depuis douze ans [lire page 36]. Un autre énergéticien français, Engie, très actif au Brésil, n’a quant à lui, pas participé du tout à cette enchère, tant la concurrence est rude. Il préfère miser sur l’autoconsommation, moins convoitée car émergente. En mars 2018, la part de la production décentralisée d’électricité au Brésil n’atteignait que 0,2 %. Mais dans un pays où ce sont les particuliers qui payent l’électricité le plus cher, les opportunités sont grandes. Engie l’a compris et a acquis il y a un an 51 % du plus grand installateur de solaire sur toiture du marché, GD Brasil Energia Solar, pour 24,28 millions de reals (6 millions d’euros). Il a depuis installé près de 7 MW de toitures solaires en un an. Et le marché explose.

Production locale contre financement national

Les capacités d’électricité solaire ne représentent aujourd’hui que 0,6 % des installations de production électrique au Brésil (166 GW). Ce sont elles que veut développer le gouvernement fédéral. Pour preuve, lors de l’enchère d’avril 2018, sur les trente-neuf projets retenus, pour une capacité totale de 1 024 MW, le solaire a largement dominé l’appel d’offres avec vingt-neuf projets (807 MW), à un prix moyen de 29 euros par MWh, 62 % en dessous du prix plafond. La biomasse ne raflait que 62 MW à 48,50 euros et la petite hydroélectrique 42 MW à un prix similaire.

Reste que développer du solaire au Brésil n’a rien d’une promenade de santé. "Pour obtenir des prêts de la banque de développement brésilienne (BNDES), il faut acheter localement ses principaux équipements. Or il n’y a pas vraiment d’industrie du solaire au Brésil. Et les appels d’offres solaires ont été jusqu’à présent plus concurrentiels, et donc moins attractifs, que l’éolien", explique le PDG de Voltalia, qui n’installe du solaire que pour les sites isolés. EDF Renewables, lui aussi, a tenté sa chance. Dans l’état du Minas Gerais, en partenariat avec le fabricant de cellules photovoltaïques Canadian Solar et le constructeur grec Biosar, il finit de construire la centrale de Pipapora, qui sera, d’ici cet été, la plus grande centrale solaire d’Amérique latine avec ses 399 MW, dont 284 MW sont déjà en production. Un pari risqué ! Si la première tranche a pu bénéficier d’un prêt de BNDES, grâce à la production locale des panneaux canadiens, le financement des deux autres tranches n’était pas encore bouclé en mars 2018. Or, avec le chinois BYD, Canadian Solar est le seul à produire des panneaux photovoltaïques au Brésil. "Le prix des panneaux locaux est plus élevé et plomberait la rentabilité des nouveaux projets", observe Paul Abranches. De plus, si ce n’est pas l’espace libre et ensoleillé qui manque au Brésil, "le problème est de trouver un emplacement à proximité d’une ligne de transport et d’une station de connexion avec le réseau", insiste le directeur d’EDF Renewables Brasil.

Des freins qui expliquent pourquoi le Brésil cherche toujours à attirer des investisseurs étrangers. Et pourrait rejoindre l’Alliance solaire internationale, qui vise à mobiliser plus de 1000 milliards de dollars d’ici à 2030 pour développer plus de 1 000 GW de capacités solaires dans les 121 pays situés entre les deux tropiques. Mais rien n’est fait.

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