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Conférence à l'Institut du monde arabe : quel rôle pour les banques dans le développement des pays arabes ?

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Une table ronde s'est déroulée le 19 juin à l'Institut du monde arabe (IMA) de Paris pour évoquer le rôle des banques dans le financement du développement des pays arabes. Les stratégies de coopération entre les pays importateurs de pétrole, comme le Maroc, et les pays exportateurs était au cœur des discussions.

Conférence à l'Institut du monde arabe : quel rôle pour les banques dans le développement des pays arabes ?
L'institut du monde arabe es tactuellement présidé par Jack Lang
© Creative Commons

Comment financer efficacement le développement des pays arabes ? C'était la question posée lors de la conférence organisée le 19 juin à l'Institut du monde arabe (IMA) par l'Institut et l'Ecole supérieure de commerce de Paris (ESCP). Près de 70 personnes ont fait le déplacement pour y assister, parmi lesquelles des chefs d'entreprises, du personnel d'ambassades, des économistes, ou encore des spécialistes de la finance.

La conférence était animée par l'économiste Jean-Marc Daniel, qui a distribué la parole entre Ismail Douiri, directeur général d'Attijariwafa Bank, Fadi Halout, directeur général France de la National Bank of Abu Dhabi, Thierry Simon, responsable du réseau international du Crédit agricole-CIB et administrateur de Saudi Fransi et Régis Barriac, directeur général de l'International pour le marché des entreprises de HSBC France.

un monde arabe coupé en deux

La discussion a débuté par quelques constats : l'économie du monde arabe est scindé entre des pays disposant d'excédents d'épargne du fait de leur rente pétrolière (Arabie Saoudite, Algérie…) et des pays importateurs de pétrole qui ont besoin d'emprunter pour financer leur développement (Maroc, Jordanie…).

Le Maroc pâtit par exemple d'un déficit courant évalué à 10% de son PIB, tandis que celui de la Jordanie atteint 18%. A l'inverse, le Koweit dégage un excédent courant  de 45% - le plus important du monde – et l'Arabie saoudite a vu son excédent des paiements courants atteindre 165 milliards en 2012, le troisième plus élevé après l'Allemagne et la Chine.

"Dans leur configuration actuelle, les pays rentiers sont vulnérables aux fluctuations des prix des matières premières et les autres à un risque d'insolvabilité", explique le marocain Ismail Douiri, "il est impératif que ces deux modèles économiques convergent pour pouvoir résister à ces risques exogènes".

Cette idée n'est pas nouvelle : au moment du printemps arabe, les instances internationales et les pays du Golfe avaient déjà voulu mettre en place des mécanismes pour financer la transition de pays comme le Maroc, l'Egypte ou la Tunisie. On peut par exemple citer le Partenariat de Deauville signé lors du sommet du G8 de 2011, ou encore des fonds comme Wessal Capital, qui investit au Maroc avec les capitaux de pays du Golfe.

l'espoir des partenariats publics-privé

Un processus de rapprochement que Thierry Simon estime déjà en cours mais complexe dans sa mise en place. Les grands projets d'infrastructures sont souvent financés en fonds propres par les Etats puis en crédit avec des grands groupes régionaux et diverses banques locales et internationales.

Il voit une ouverture dans les partenariats public-privé : "une solution nécessaire pour l'infrastructure et une excellente opportunité pour les fonds souverains".

Le problème réside peut-être dans la gestion des fonds souverains des pays pétroliers pour Ismail Douiri. "Les gestionnaires de ces fonds sont souvent très prudents et préfèrent miser sur des placements "sûrs" dans des marchés profonds, généralement occidentaux", commente-t-il, "il est difficile de se situer dans le bon spectre pour intéresser les fonds souverains".

le "gisement démographique" du monde arabe

La situation pourrait pourtant évoluer dans les prochaines années explique Fadi Halout, car les pays arabes ont une forte carte démographique à jouer. "Le monde arabe est un gisement démographique intéressant face à une Europe qui connait un repli de sa population", précise-t-il, "C'est l'un des grands arguments pour réorienter les investissements vers les pays émergents plutôt que vers l'Europe ou les États-Unis".

Reste le besoin d'un cadre règlementaire stable et transparent pour rassurer les investisseurs et favoriser une concurrence productive. Tous les conférenciers sont tombés d'accord sur ce point : le développement du monde arabe passera par la mise en place d'un Etat de droit s'il espère concurrencer l'Europe.

Vincent Souchon

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