"Concernant les anticancéreux, les prix ne sont supportables ni par les malades ni par les Etats", selon Philippe Even

Les professeurs Bernard Debré et Philippe Even viennent de sortir une nouvelle version de leur "Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux". La deuxième édition du best-seller inclut les 200 nouveaux médicaments apparus depuis 2012. L'occasion pour L'Usine Nouvelle d'interviewer le médecin pneumologue Philippe Even. Il nous a parlé notamment du prix des médicaments... 

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L'Usine Nouvelle - Depuis la première parution de votre guide en 2012, les molécules réellement nouvelles concernent essentiellement la cancérologie, avec l’explosion des thérapeutiques ciblées et des immunothérapies. Vous en parlez longuement dans votre ouvrage, pointant surtout du doigt leur prix...

Philippe Even - Les anticancéreux, c’est la plus grande percée de l’industrie pharmaceutique depuis 6 ou 7 ans. C’est le domaine dans lequel il existe le plus de perspectives. Les thérapeutiques ciblées (ces médicaments qui ciblent spécifiquement une protéine ou un mécanisme impliqué dans le développement de la tumeur. Ils sont donc théoriquement sans effet sur les cellules saines, ndlr) et les immunothérapies représentent un réel espoir. Mais pour l’instant, quand on analyse l’ensemble des 32 médicaments anticancéreux mis sur le marché depuis 4-5 ans, le bilan reste mitigé. La survie totale est allongée entre 0 et 8 mois, selon les types de cancers. Pour 10 à 15% des cas, on atteint 12 mois d’espérance de vie supplémentaire. Nous sommes sur une voie réellement nouvelle et que l’on peut espérer, mais pas affirmer, prometteuse.
Ces médicaments donnent lieu à moins d’accidents que les thérapeutiques antérieurs. Certains médicaments comme l’Optivo, le Keytruda, ont donné des résultats vraiment intéressants dans le domaine des mélanomes. Il n’y a rien eu d’aussi prometteur depuis 40 ans dans le domaine du cancer… reste le problème du prix.
Vous évoquez des prix entre 50 000 et 120 000 euros la cure...
Oui, ces tarifs ne sont pas supportables, ni par les malades, ni par les Etats. Cela peut s’envisager pour traiter quelques rares mélanomes malins (quelques centaines par an en France) mais ce serait impossible à appliquer à des cancers du poumon par exemple (40 000 cas par an dans l'Hexagone). Cela coûterait beaucoup trop cher. Mais j’ai l’intime conviction que l’industrie pharmaceutique a placé la barre très haut tout en sachant très bien qu’elle devra faire marche arrière en partie, comme elle l’a fait sur toutes les molécules chères. Si les marchés s’étendent, les prix baisseront automatiquement.
Et le jour où ces thérapies fonctionneront vraiment, où elles réduiront le cancer à une maladie chronique, on acceptera de mettre le prix imposé par l’industrie. Pour le moment, pour gagner 4 mois, payer 100 000 euros, c’est intenable ! Ces prix ne sont pas justifiés. Toutes ces molécules sont le fruit de découvertes de laboratoires de recherche publics que l’industrie achète aux chercheurs pour des prix… curieux, ne justifiant pas les prix de vente qu’elle impose ensuite.
Selon vous, la caricature de tout cela est le Sovaldi de Gilead pour traiter l’hépatite C. Pourtant le traitement est vraiment efficace non ?
On ne trouve plus de virus dans le sang mais il en reste dans les cellules. Que deviendra ce virus au fil des années ? Il faudra attendre une vingtaine d’années pour pouvoir y répondre. Mais biologiquement, il est efficace. Cela dit, le prix par cure est insupportable : 40 000 euros en France, 90 000 aux Etats-Unis et 700 euros en Turquie ou en Egypte. Gilead a acheté le brevet à un chercheur américain pour 500 millions de dollars. Chaque cure lui coûte exactement 74 euros donc ses prix de vente sont injustifiables. C’est un coup formidable qu’a réussi Gilead, qui au passage était le 45ème laboratoire mondial il y a environ dix ans. Il est aujourd’hui dans les 10 premiers (il était 6ème en 2015, ndlr). Je ne tire pas sur l’industrie, elle donne à ses actionnaires ce qu’ils veulent : des résultats. On ne peut pas le lui reprocher. C’est aux organismes de santé publics de savoir résister et négocier. Or ça, ils ne savent pas le faire.
Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, par Philippe Even et Bernard Debré, aux éditions du Cherche Midi, 752 pages.

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