CONCEPTION AUTOMOBILE, TÉLÉCOMS , BIOLOGIE :VOICI LES LAURÉATS DE 1996 !

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CONCEPTION AUTOMOBILE, TÉLÉCOMS , BIOLOGIE :

VOICI LES LAURÉATS DE 1996 !

Pour la troisième année, le Prix de l'ingénieur de l'année a été décerné par l'Association des centraliens et "L'Usine Nouvelle" le jeudi 28mars, lors de la séance de clôture des Entretiens de la technologie, à la Maison de la chimie, à Paris. Son but: récompenser des ingénieurs ayant accompli une performance professionnelle exceptionnelle. Le jury, présidé par Yannick d'Escatha, administrateur général du CEA, a choisi de décerner un prix "senior" (plus de dix ans d'expérience), et deux prix "junior".



PERSONNALITE>Frédéric Bauchot, qui travaille au centre de recherches d'IBM à La Gaude (Alpes-Maritimes), a déjà plus d'une corde à son arc. A la tête d'une équipe multinationale de soixante ingénieurs, il a consacré trois ans à la définition d'un réseau local sans fil. Quant à Magali Teyssier">, biologiste au CEA, elle a mis au point une méthode de détection des virus. Un travail de laboratoire méthodique, que le jury a assimilé à un véritable travail d'ingénieur. Chapeau !



LE ROI DE LA SIMPLIFICATION

Créateur de la Tulip, le petit véhicule urbain électrique de PSA, réconcilie l'usage des objets, leur industrialisation et leur forme.

Devant la porte, une petite voiture électrique à deux places attendait. Il y en avait de pareilles à la disposition de tous." Emile Zola, qui écrivait ces lignes en 1901 dans un roman utopiste intitulé "Travail", ne connaissait ni les plastiques modernes ni la recharge par induction. Sinon, il aurait pu imaginer Tulip, le petit véhicule urbain électrique en libre-service présenté par PSA voilà juste un an. Imaginer, mais pas créer. Car "des idées, il y en a partout", répète François Chéry, le père de Tulip, en montrant un dessin de 1954 du designer américain Raymond Loewy représentant un véhicule aux formes très arrondies, très proche de Tulip. "Mais l'innovation, c'est la mise en forme industrielle des choses, la recherche de solutions techniques et une mise en oeuvre économique." François Chéry sait de quoi il parle, lui qui, depuis plus de trente ans, s'évertue à créer des produits simples à fabriquer et à utiliser. Pour cet ingénieur de 57 ans, l'industrie est une vraie passion. "Je suis pratiquement né dans une usine, plaisante-t-il. Mon père dirigeait une fabrique de "bleu" pour azurer le linge, à Trémont-sur- Saulx, près de Bar-le-Duc." Sa scolarité mouvementée - l'élève Chéry est doué mais indiscipliné - se termine aux Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne. Son mémoire de dernière année sur l'"esthétique industrielle" (le "design" est encore inconnu), qui détonne avec le sérieux de l'école, lui vaut un classement de sortie médiocre. Mais il lui permet de s'introduire dans l'un des premiers cabinets de design de l'époque, Tecnes, qui travaille avec Peugeot Outillage sur un projet de perceuse.Du cabinet de design au bureau d'études, le pas est vite franchi. En février 1965, François Chéry entre comme dessinateur chez Peugeot Outillage. "Les agences de design s'attachent trop à la forme et au style, explique-t-il. Il vaut mieux partir des contraintes d'usage et de fabrication, et la forme en découle ensuite." Une démarche qui guide François Chéry depuis le début. L'idée d'intégrer la commande de mise en route dans le couvercle sur le dernier moulin à café électrique conçu par Peugeot en 1967? C'est lui. La possibilité de brancher l'aspirateur familial sur la scie sauteuse? Encore lui. La mise au point, au début des années 70, d'une petite perceuse composée d'un boîtier en thermoplastique dans lequel viennent directement se loger les composants du moteur? Toujours lui. "Le montage était très simplifié, commente-t-il. Les boîtiers arrivaient ouverts, les opérateurs plaçaient les composants et refermaient l'ensemble avec six ou sept vis."

Simplifier. Tel est le leitmotiv de cet ingénieur passionné, qui, dès 1977, est nommé directeur de la recherche-développement de Peugeot Outillage. Une fonction qui intègre la responsabilité globale des produits, de la création à l'industrialisation et la mise au point des outillages. Ce perpétuel souci de simplification va frapper un jeune ingénieur de passage pour quelques mois dans cette division du groupe, Jean-Yves Helmer. A tel point que, en 1993, alors que François Chéry, déboussolé par la cession de la division outillage, s'apprête à partir chez un grand fabricant de meubles, Jean-Yves Helmer, devenu directeur de la division automobile de Peugeot, lui propose d'intégrer la direction de la recherche et des affaires scientifiques.

Sa mission: simplifier la conception des voitures. "Je me suis tout de suite attaqué au problème de la structure. J'ai proposé quelques solutions, et, en 1994, Jean-Yves Helmer m'a demandé de travailler sur le problème de la voiture et de la ville."

L'importance de la composante sentimentale

Imaginer la "2CV" de l'an 2000 en version urbaine? François Chéry est partant. Il se constitue très vite une petite équipe rassemblant un ingénieur chevronné de Citroèn, un jeune ingénieur québécois de 25 ans passionné par le dessin, et un fidèle compagnon de route, Jean-Claude Maret. "Nous nous complétons et nous nous comprenons à demi-mot, dit de lui François Chéry. Cette composante sentimentale est très importante dans le travail." Le projet est mené en quatorze mois. "Pour nous mettre d'accord sur un concept unique, nous avons réalisé une bande dessinée", raconte François Chéry. Pas question d'inventer la Lune. L'équipe se concentre sur des technologies déjà connues. Mais la "patte" de François Chéry apparaît dans la carrosserie, simplifiée à l'extrême, composée de cinq éléments de plastique moulés. Après sa présentation en mars 1995, Tulip a sagement regagné les laboratoires de Vélizy. "Tulip fait appel à des spécialités très nombreuses, et nous sommes en train d'en préparer l'industrialisation", confie François Chéry. A quel horizon? "J'espère voir rouler ce véhicule avant mon départ en retraite, en 2004..." Un siècle après, la fiction de Zola pourrait devenir réalité. Odile Esposito

Son parcours

Ingénieur Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne.

1965: dessinateur chez Peugeot Outillage.

1993: intègre la direction des recherches et affaires scientifiques de PSA.

Père de la Tulip, présentée en 1995 par PSA.



IL INVENTE UN RÉSEAU SANS FIL

A La Gaude, au centre de recherche d'IBM France, cet ingénieur de 36 ans a développé un projet au carrefour des télécommunications et des radiotransmissions.

Voilà un ingénieur "junior" abondamment médaillé. Pour le développement du réseau local sans fil qu'il a réalisé au sein d'IBM, , 36 ans, a déjà été distingué en 1994 par le Prix de la vitalité technique. Un prix interne à IBM. La même année, il devenait "senior member" de la prestigieuse IEEE, l'association américaine des ingénieurs en électronique. Moins de 10% de ses membres jouissent de cette distinction. Il a en outre épinglé quatorze brevets à son revers sur ce programme, et, très récemment, "son" produit, le Wireless LAN d'IBM, s'est vu élire "meilleur produit" par deux revues américaines. Ces distinctions ne doivent pas étonner. Le projet qu'il a mené à La Gaude, centre de recherche mondial en télécommunications d'IBM, accumule comme à plaisir les difficultés techniques. S'attaquer à la conception d'un réseau local sans fil, c'est ajouter à la complexité des télécommunications celle des radiotransmissions. "Ce projet était particulièrement attrayant parce qu'il faisait appel à de multiples disciplines", commente Frédéric Bauchot. Ce n'est rien de le dire. Inventer un réseau sans fil demande en effet de prendre en compte les délicats problèmes de propagation d'ondes, de s'affronter à la définition des protocoles de communication, de rester vigilant sur la sécurité des données et de résoudre le casse-tête de l'interconnexion du réseau sans fil avec les réseaux filaires. Un vrai bonheur d'ingénieur. Frédéric Bauchot a consacré trois ans à la définition de cette architecture en tant que "team leader" d'une équipe multinationale qui a compté jusqu'à soixante ingénieurs.

Un mordu de technique

On le voit, ce diplômé de l'ENST (Ecole nationale supérieure des télécommunications) et docteur-ingénieur en communication numérique est avant tout un mordu de technique: "Je me sens davantage technicien que pur meneur de projet", avoue-t-il. Ainsi, sans négliger l'indispensable tâche de management qui incombe à un responsable d'équipe, il ne se dit pas prêt à abandonner la dimension de "conscience technique du projet" qui était la sienne sur ce programme. Frédéric Bauchot a mené toute sa carrière à IBM-La Gaude. "Au moment d'entrer dans la vie professionnelle, j'ai hésité entre Kodak et IBM. C'est en fait lors de mon doctorat que j'ai eu connaissance de travaux intéressants menés à La Gaude, ce qui m'a convaincu de choisir IBM." En une dizaine d'années d'IBM, Frédéric Bauchot a eu tout le loisir d'approfondir ses connaissances. Des modems à l'interconnexion SNA (réseau propriétaire d'IBM), en passant par les adaptateurs de terminaux RNIS, il a fait le tour des technologies de télécommunications, mais, précise-t-il, "essentiellement sur des travaux d'architecture de systèmes". Le Wireless LAN d'IBM a été mis sur le marché à la fin de l'année 1994. Frédéric Bauchot continue aujourd'hui, pour la moitié de son temps, à s'en occuper, mais, cette fois, du côté du support technique en clientèle. Il n'en a pas abandonné le développement pour autant. Exploitant le savoir-faire acquis lors du projet, il consacre l'autre partie de son temps à un autre projet, encore plus pointu techniquement. Au sein du programme ACTS (Advanced Communication Technologies and Services) de l'Union européenne, il participe en effet pour IBM aux travaux sur la fusion des technologies de transmission ATM avec les transmissions radio. "L'ingénieur de l'année" va pouvoir s'en donner à coeur joie . A priori, mais a priori seulement, l'ATM et la transmission sans fil sont deux technologies... incompatibles. Franck BARNU

Son parcours

Ingénieur ENST. Docteur-ingénieur en communication numérique. "Senior member" de l'IEEE. A fait toute sa (jeune) carrière au centre de recherche mondiale en télécommunications d'IBM à La Gaude (Alpes-Maritimes).



ELLE DÉTECTE LES VIRUS

Ingénieur-chercheur au CEA, a mis au point une méthode permettant de repérer la présence d'un gène dans une cellule. Applications: la détection précoce de virus et l'étude de l'expression des gènes.

Si un jour l'on parvient à détecter de façon encore plus précoce la présence de certains virus dans l'organisme ou d'anomalies géniques chez un embryon, on le devra en partie aux travaux de Magali Teyssier, ingénieur-chercheur au CEA. Et ce jour n'est probablement pas très éloigné. La perspective de voir se concrétiser le résultat de ses recherches est en effet l'un des grands motifs de satisfaction de cette jeune femme de 31 ans, mère de deux enfants, qui explique se sentir plus heureuse de travailler entre le "fondamental et l'appliqué. Surtout lorsqu'on travaille sur l'humain". Pourtant, la courte carrière de Magali Teyssier a bien failli bifurquer. Après avoir soutenu sa thèse en juillet 1992, avertie de la morosité du marché du travail, elle envisage toutes les possibilités. Même les plus éloignées de sa formation d'universitaire et de sa spécialisation en biologie cellulaire et moléculaire: l'industrie, la chimie, voire le commercial. Mais la recherche la rattrape, par l'entremise de son directeur de thèse, qui a eu vent d'un poste dans un laboratoire nouvellement créé par le CEA: le Laboratoire d'immuno-radio-biologie (Lirb), installé dans les locaux de l'hôpital Saint-Louis, à Paris. Magali Teyssier renoue alors avec son domaine de prédilection: la biologie moléculaire. Son travail consiste à mettre au point une méthode d'amplification d'ADN, intracellulaire. L'amplification d'ADN par PCR ("polymerase chain reaction") est connue depuis longtemps: elle consiste à multiplier un segment déterminé de l'ADN cellulaire de façon à pouvoir l'identifier plus aisément. Elle est pratiquée, en général, sur des cellules que l'on a "lysées" (c'est-à-dire broyées afin de libérer l'ADN de leurs noyaux). Mais elle comporte un inconvénient: si l'on repère bien la présence de l'ADN recherché, on ne sait pas dire de quelles cellules (ou de quels tissus) il provient. Or cette information intéresse beaucoup les pathologistes, qui cherchent à relier les anomalies physiques qu'ils observent par microscopie optique sur des cellules à la présence éventuelle de virus ou à des défauts de certains gènes. Certes, il est possible d'aller pêcher, à l'aide d'une sonde nucléique, l'ADN recherché à l'intérieur même de cellules intactes. "Mais la sensibilité de cette méthode d'hybridation in situ n'est pas suffisante pour détecter les très faibles quantités d'ADN mises en jeu", explique Magali Teyssier. D'où l'intérêt de l'amplification in situ.

La méthode est simple, la mise en oeuvre l'est moins

Les recherches sur le sujet ont commencé aux Etats-Unis au début des années 90. En France, Magali Teyssier est l'un des premiers chercheurs à se lancer. A l'époque, les publications sont encore rares, et il faut tout inventer. Si le principe de la méthode est simple, sa mise en oeuvre l'est beaucoup moins. Premier problème auquel elle se heurte: il n'est pas possible de faire une PCR sur des cellules en suspension, car elles sont alors détruites par les multiples cycles de chauffage impliqués par la méthode. En revanche, lorsque les cellules sont immobilisées entre la lame et la lamelle d'un microscope optique, elles "tiennent très bien le choc". Mais, alors, un autre problème surgit: la solution dans laquelle baignent les cellules s'évapore, et celles-ci se retrouvent rapidement au sec. Il ne sera vraiment résolu qu'avec la mise au point par Perkin Elmer, le constructeur d'appareil de PCR, de lames et de lamelles clipsables qui permettent de contenir de manière étanche la solution. Malgré tout, la méthode reste difficile à mettre en oeuvre. "Il faut énormément de temps et de patience avant d'arriver à une bonne reproductibilité, car le résultat dépend de nombreux paramètres: températures, concentrations, temps de cycle...", expose Magali Teyssier. Ainsi, l'une des étapes critiques consiste à rendre perméable la paroi des cellules afin que les réactifs nécessaires à l'amplification puissent y pénétrer, mais sans pour autant la détruire. Résultat, il aura fallu un an de travail pour mettre au point l'amplification d'un gène unique dans des cellules sanguines. Cela en valait la peine. On dispose désormais d'une méthode d'identification de l'ADN sensible et qui maintient intacte la structure cellulaire. Magali Teyssier est convaincue que la PCR in situ sera très bientôt une méthode de routine pour la détection de virus: papillomavirus (des travaux sont en cours avec l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Paris), hépatite, HIV ou anomalie génique. Dans le cas du HIV, la méthode permettrait de détecter le virus sous sa forme latente, bien avant l'apparition des premiers symptômes du sida. Mais Magali Teyssier pense déjà à d'autres applications dans le domaine de la recherche: "Nous allons chercher à amplifier l'ARN messager pour identifier les gènes qui s'expriment dans une cellule normale et à mieux comprendre les mécanismes de transcription par lesquels la cellule fabrique des protéines." Avec, dans ce cas, une difficulté supplémentaire: l'ARN est très instable... Pierre Laperrousaz



Son parcours

Docteur en biologie cellulaire et moléculaire. Chargé de recherches au Laboratoire d'immuno-radio-biologie du CEA à l'hôpital Saint-Louis (Paris). Un des premiers chercheurs à se lancer en France dans l'amplification in situ de l'ADN.

USINE NOUVELLE N°2542

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