Compétitivité : "la France a besoin d'un remède de cheval", selon Pierre Gattaz

A quelques jours de la remise du rapport Gallois au Premier ministre, Pierre Gattaz, le président du groupement des fédérations industrielles (GFI) et de la société Radiall, estime que notre pays n'a plus de temps à perdre pour traiter la question du coût du travail. Selon lui, la France a deux rendez-vous avec l’histoire. Le premier, c’est le rapport Gallois qui doit permettre d’opérer un choc de compétitivité. Le second, ce sont les négociations sur la flexisécurité que mènent actuellement patronat et syndicats qui doivent permettre d'assouplir le marché du travail.

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Compétitivité :

L'Usine Nouvelle - Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault a affirmé dans un entretien avec les lecteurs du Parisien que la question du temps de travail n’était pas taboue. Il est revenu depuis sur ces déclarations mais vous, êtes-vous favorable à une remise en cause des 35 heures ?
Pierre Gattaz - Les 35 heures pour moi, c’est comme l’ISF, ce sont des totems. Mais pour l’immense majorité des patrons, ce n’est pas leur préoccupation numéro 1 même si cette réforme a pénalisé leur compétitivité. Les 35 heures, on les a, on les garde, on s’y est adapté car elles ont été en partie réformées. Le sujet majeur c’est le coût du travail.

Mais certains affirment que la réduction du temps de travail a justement renchéri ce coût du travail…
Ce n’est pas faux mais, encore une fois, ce sont des symboles que les gouvernements redoutent d’affronter de face. Moi, je pense qu’aujourd’hui la France a deux rendez-vous avec l’Histoire. Son premier rendez-vous, c’est la compétitivité avec le rapport Gallois. D’après mes informations, Louis Gallois va traiter le problème de la compétitivité coût. C’est essentiel car la France a besoin d’un remède de cheval en la matière. Bien sûr, il faut adresser aussi la question de la compétitivité hors coût (avec l’innovation, la formation, l’organisation du travail) mais cela demande du temps et des investissements. Il faut d’abord décomprimer les marges des entreprises pour leur permettre ensuite d’investir dans l’innovation, la formation… Les taux de marges des entreprises françaises sont à 27 % (et même à 21% pour les PMI) quand la moyenne européenne est à 37 % et l’Allemagne à 40 %. Le gouvernement ne peut l’ignorer.

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La trajectoire de compétitivité que propose le gouvernement n’est pas à la hauteur ?
La trajectoire, c’est une belle ambition mais pour qu’il y ait une trajectoire, il faut qu’il y ait une impulsion au départ. Et cette impulsion, le rapport Gallois peut la donner. Nous avons besoin d’un choc de compétitivité pour remettre de l’oxygène dans le circuit. On va encore nous dire que cela revient à faire un cadeau aux actionnaires, à augmenter les dividendes mais soyons raisonnables, c’est une vision erronée du fonctionnement de l’entreprise industrielle. Ce qu’il faut comprendre, c’est que sans commandes ni cash, c’est la mort subite qui guette nos entreprises.

Quel doit être l’ampleur de ce transfert de charges pour être efficace ?
Au GFI, nous pensons qu’il doit être de 30 à 50 milliards d’euros minimum qui pourraient se répartir ainsi : hausse de 3 points de la TVA et hausse de 2 points de la CSG. Nous voulons agir via la TVA car cela permet de limiter l’impact sur le pouvoir d’achat tout en renchérissant le coût des importations, notamment asiatiques.

Sur la TVA, c’est mal parti…
Pour de mauvaises raisons de politique politicienne ! Ce n’est pas parce que son opposant politique avait décidé d’appliquer une hausse de TVA que François Hollande doit aussitôt y renoncer.

Vous trouvez que le gouvernement ne vous écoute pas assez ?
L’impression que nous avons depuis septembre dans la sphère privée, c’est que nous sommes les fantassins de l’économie, que l’on part au combat et que l’État-major nous tire dans le dos ! Trop de mesures ont été prises au mépris de l’économie et à l’inverse de nos voisins européens. Nos salariés ont vu leurs salaires baisser du fait de la fin des exonérations de charges sur les heures supplémentaires. Les prélèvements obligatoires atteignent des niveaux confiscatoires. Les dépenses publiques continuent à progresser. Et que dire des propos tenus sur la famille Peugeot, sur les pigeons entrepreneurs, sur les actionnaires, tout cela est délétère.

Vous parlez des mesures prises dans le projet de loi de finance…
Le projet de loi de finance 2013 est un budget punitif pour les entrepreneurs. On ne nous envoie que de mauvais signaux en nous disant : vous avez de l’argent, vous êtes riches donc on va vous punir. Le gouvernement doit faire son aggiornamento. Quand j’ai écouté les discours du secrétaire national du PS, Harlem Désir, le week-end dernier, j’ai cru être revenu en 1981…Mais je n’en ai pas après la gauche. La droite non plus n’avait pas pris toute la mesure des enjeux.

Sur la compétitivité, un des problèmes, c’est aussi la rigidité du marché du travail en France. Il y a des négociations en cours, vont-elles aboutir ?
Après le rapport Gallois, c’est pour moi notre deuxième rendez-vous. Pourquoi les chefs d’entreprise n’embauchent pas ? Tout simplement parce que le travail coûte cher en France, qu’ils ont peur des complications juridiques en cas de problèmes avec les salariés et qu’ils ont du mal à recruter des personnels qualifiés. Coût du travail, rigidité et pénurie, voilà les trois problèmes fondamentaux de notre pays ! Les négociations sur la flexisécurité, que nous menons avec les syndicats de salariés, doivent permettre aux chefs d’entreprises d’adapter plus rapidement leur outil de travail à leur carnet de commandes. Il y a des moments dans la vie de l’entreprise où il faut s’adapter, si on ne le fait pas, on se retrouve à la fin avec un problème comme Aulnay.

Ce choc de compétitivité que vous demandez d’urgence, quand doit-il se faire au plus tard ?
À la fin de l’année ou au plus tard au début 2013. La trajectoire de compétitivité oui mais il faut un signal fort au départ. On ne va pas faire dans l’homéopathie alors que nous avons besoin d’un antibiotique.

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