Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Compétitivité : La contre-offensive de l'Europe du sud

,

Publié le

Enquête L'Italie l'Espagne et le Portugal ont mis en oeuvre des réformes pour permettre aux entreprises de gagner en compétitivité. En France, les négociations sociales sont toujours en cours.

Compétitivité : La contre-offensive de l'Europe du sud

Mario Monti, le Premier ministre italien, a réussi ce dont François Hollande, le président de la République française, rêve encore. Le 21 novembre, syndicats et patronat ont signé un « pacte de croissance pour la productivité et la compétitivité », très activement soutenu par « il Professore » après les réformes du marché du travail menées au printemps. La CGIL, le plus important syndicat italien, a refusé d'y adhérer. « Mais il a participé à la négociation et il n'est pas interdit de penser qu'il le signera », veut croire Chiara Poggi Ferrero, avocate au sein du cabinet DS.

Le mot d'ordre ? Donner la main aux entreprises pour leur permettre de redresser leur compétitivité, lorsqu'elles rencontrent des difficultés. Les accords d'entreprise pourront primer sur les conventions collectives, pour modifier le temps de travail ou le salaire, jusqu'ici régis par les négociations de branche. Les rémunérations ne seront plus systématiquement révisées au rythme de l'inflation. Pour inciter les entreprises à accorder des primes en fonction de leurs réels gains de productivité, le gouvernement italien a même débloqué 2,1 milliards d'euros de réductions sociales et fiscales. Pour en bénéficier, certaines grandes entreprises ont déjà négocié des accords. Chez Lactalis Italie, une prime de 5 400 euros sera versée entre 2012 et 2014 en fonction des résultats.

La récession a ouvert les yeux de l'Italie. Sa productivité n'a progressé que de 0,5% depuis vingt ans, selon l'institut de statistique italien. « Avec ces accords d'entreprise, les employeurs pourront faire varier la rotation des équipes, l'organisation des heures de travail et tous les éléments qui les rendront plus productives », détaille Chiara Poggi Ferrero.

Un changement radical attend donc les salariés, mais la voie avait été ouverte il y a un an par Fiat. Fin 2011, le groupe de Sergio Marchionne avait claqué la porte de la Confindustria, l'équivalent italien du Medef, pour s'affranchir de conventions collectives qu'il jugeait inadaptées et leur préférer des accords négociés avec les syndicats pour moduler les horaires en fonction de la charge d'activité. La signature d'un accord national a suscité l'enthousiasme du patronat. « Nous avons un écart de productivité de 20 points avec l'Allemagne. Cet accord nous aidera à en récupérer une partie », se félicite Stefano Dolcetta, le vice-président de la Confindustria.

 

Des effets attendus à moyen terme

L'Italie n'est pas la seule nation d'Europe du Sud à imposer des changements, voire des sacrifices, aux salariés. L'Espagne a ainsi adopté, en février, un pacte social qui autorise, par exemple, les entreprises à réduire les salaires ou à modifier les horaires dès que le chiffre d'affaires baisse pendant plus de six mois d'affilée. Elles peuvent aussi négocier des accords qui dérogent aux conventions collectives.

Renault a été l'un des premiers à passer à la pratique. Dans ses usines de Valladolid et de Palencia, il a négocié des hausses de salaire pour la période 2014-2016 inférieures de 50% à l'inflation et l'embauche d'ouvriers qualifiés à un niveau équivalent à 72,5% de la rémunération de leurs collègues en poste. En échange, le constructeur s'engage à créer 1 300 emplois. Le deal est assez bien passé dans un pays qui compte 25% de sa population active au chômage. Et où la modération salariale est déjà à l'oeuvre. Les salaires n'ont pas augmenté depuis 2009, et de nombreuses entreprises les ont gelés. L'accord interprofessionnel de février a acté que les hausses ne devaient pas excéder 0,5% en 2012 et 0,6% en 2013.

Le Portugal a, lui aussi, engagé des réformes importantes. Au printemps, une refonte du code du travail a supprimé quatre jours fériés et trois jours de congés payés, entraînant mécaniquement une baisse des coûts unitaires salariaux.

Ces efforts permettront-ils de redresser la compétitivité globale de ces pays ? « Il faut attendre pour voir les effets de ces réformes d'ampleur, qui ne peuvent être jugées qu'à moyen terme », estime Gilbert Cette, professeur d'économie associé à l'université Aix-Marseille II. D'après l'OCDE, les politiques menées devraient accroître la productivité de 0,5% à 1,75% sur dix ans en Europe du Sud. De quoi rattraper le retard accumulé.

Dans tous les cas, l'Espagne et l'Italie renforcent la pression sur la France. « Si tout le monde bouge autour de nous, nous ne pouvons pas être le seul pays à ne rien faire, explique Denis Ferrand, l'économiste de COE-Rexecode. Les exportations espagnoles nous concurrencent déjà sur le bas de gamme. » Depuis 2008, la part de marché espagnole est passée de 6% à 6,4% des exportations européennes. Celle de la France a continué à reculer et l'Italie a maintenu la sienne. « On s'attend à ce que l'Espagne gagne des parts de marché par rapport à la France, que des délocalisations vers l'Espagne se produisent et que tout ceci conduise à une baisse des salaires industriels dans l'Hexagone, souligne l'économiste Patrick Artus. Nous commençons d'ailleurs à observer ces évolutions. » Dès lors, jusqu'où imiter nos voisins ? « Nous avons la chance de mener les négociations en France sans être le dos au mur, tempère Gilbert Cette. Espérons que les accords seront plus équilibrés. »

LES BONNES IDÉES DE L'ITALIE

Partager le diagnostic de crise

Pour convaincre les syndicats, Mario Monti a insisté sur la faiblesse de la compétitivité. Un rapport alarmiste classait le pays lanterne rouge de la productivité en Europe (-20% par rapport aux autres pays). Avec un PIB en recul de 2,2% en 2012, l'argument a fait mouche.

Miser sur le donnant-donnant

Les syndicats signataires du pacte de compétitivité espèrent qu'il permettra des hausses de rémunérations, conditionnées aux gains de productivité, dans les sociétés où des accords seront signés.

Flécher le soutien public sur le revenu des salariés

Le « cadeau » fiscal de l'État (2,1 milliards d'euros) porte sur les primes accordées aux salariés et le soutien de la demande. Pas de danger donc qu'il se transforme en dividendes, comme le craignent les syndicats et une partie de la majorité.

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle