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Compétition internationale La France décroche

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Alors que chez nous le principe de précaution a même eu raison de la recherche, outre-Atlantique, les cultures et l'innovation continuent leur marche. Les semenciers et les chercheurs français ont de plus en plus de mal à rester dans la course.

C'est une compétition qui s'accélère. Une course entre grands semenciers mondiaux pour répondre aux enjeux de l'agriculture de demain : augmentation du rendement, de la surface des terres agricoles et meilleure gestion des ressources hydriques....

Tous cherchent à obtenir des plantes qui consomment moins d'eau, moins d'azote, qui résistent au froid avec pour outil principal, le génie génétique, dont les célèbres OGM.

Le géant américain Monsanto, « imperator » de ces plantes high-tech promet la commercialisation de plantes résistantes à la sécheresse d'ici à quatre ans.

Pour le groupe de Saint-Louis dans le Missouri, comme ses concurrents, américains ou européens, pas de recette miracle. La martingale passe par des efforts massifs de R & D, des accords avec des entreprises de biotechnologies et la quête de nouveaux territoires en Chine ou en Inde.

Dans cette bataille de l'innovation, le français Limagrain, pourtant quatrième semencier mondial, est à la peine. Son défi : composer avec une situation française et européenne pour le moins complexe des OGM. « Nous faisons tout pour éviter que l'écart se creuse avec les leaders », indique Daniel Chéron, le directeur général de Limagrain, qui affiche 80 millions d'euros de chiffre d'affaires..., contre plusieurs milliards pour Monsanto.

Car, ce sont bien les quelques centaines de variétés OGM (sur une quinzaine d'espèces) commercialisées dans le monde qui portent la croissance du marché des semences. Ce marché des biotechnologies végétales a progressé de 15 % en 2006, contre 1,3 % pour les semences conventionnelles, selon Limagrain. Pour un semencier, garder un rang international implique de pouvoir proposer des OGM. Et s'il n'a pas développé lui-même ces technologies, il verse des redevances pour pouvoir incorporer celles des autres dans ses propres variétés. Les technologies Monsanto, résistance à l'herbicide glyphosate (Round-Up) en tête, se retrouvent dans plus de 80 % des semences OGM vendus dans le monde.

L'argent gagné par Monsanto et les autres grands semenciers américains est directement réinjecté dans leur R & D. Cercle vicieux pour les acteurs européens. « Si le dossier OGM ne s'ouvre pas, nous serons de plus en plus dépendants de l'innovation américaine », prévoit Christian Pèes, le président d'Euralis.

Pour sortir de l'impasse française, la seule issue passerait par l'accumulation de données scientifiques. Or, en Europe et en France, les recherches se sont réduites comme peau de chagrin. Même le programme de l'ANR (Agence nationale de recherche) dédié aux OGM peine à trouver preneur chez les chercheurs. « En 1980, la France était leader sur les technologies des sciences de la vie. Vingt-cinq ans plus tard, l'Europe a baissé la garde et n'investit plus qu'un tiers des budgets américains », déplore Pierre Pagesse, le président de Limagrain.

Côté recherche privée, c'est la même pauvreté. Les semenciers désertent le sol français suite aux « fauchages » sauvages et à l'absence de règles claires. En 2008, Limagrain réalisera tous ses essais en champ à l'étranger. La France a clairement décroché. Et il faudrait une volonté forte du gouvernement pour sortir de l'impasse.

les grands semenciers continuent d'investir

Pendant que les politiques tergiversent, les semenciers avancent à grands pas pour proposer des variétés innovantes à la fois en sélection classique et en transgénèse (OGM). Pioneer Hi-Bred (DuPont) a investi 100 millions de dollars supplémentaires dans ses projets dédiés aux OGM l'an dernier. En mars 2007, Monsanto et BASF ont formé un joint-venture avec un programme de 1,5 milliard de dollars sur plusieurs années pour développer des plantes tolérantes à différents stress. « De nombreux gènes interviennent dans la réaction de la plante face au stress hydrique. Avec BASF, nous mettrons au point des solutions plus rapidement », commente Jean-Michel Duhamel, le président de Monsanto Europe du Sud.

Les accords avec les start-up de biotechnologies se multiplient. Chez Monsanto, le dernier en date est sa prise de participation dans la société belge Devgen. Les autres ne sont pas en reste. « Nous avons acquis l'américain Verdia, et lancé une collaboration avec l'israélien Evogene », indique Gyula Kovacs, le directeur des opérations européennes de Pioneer Hi-Bred.

Limagrain, quant à lui, a pris des participations dans les sociétés néerlandaise KeyGene et indienne Avesthagen. Le suisse Syngenta a même créé un fonds de capital risque de 100 millions de dollars pour surveiller de près ces start-up.

Cependant, l'immense majorité de cette recherche privée dédiée aux OGM n'est pas ou plus localisée sur le sol européen. Chez Syngenta, tout est aux Etats-Unis. Bayer CropScience a lui aussi stoppé ses recherches en Europe. De 100 chercheurs sur le sol français en 2000, il n'en reste plus que 18 aujourd'hui, et aucun ne travaille sur des programmes OGM.

En France, les structures de recherche privée de la fin des années 90 ont fortement réduit la voilure. Biogemma, une société de biotechnologies issue du monde agricole (Limagrain, Euralis, RAGT, Sofiprotéol, et Unigrains) créée en 1997, en est le parfait exemple. Après l'enthousiasme du début, la désil-lusion est là. « Nous avions créé Biogemma pour le marché français et européen. Ces marchés n'existent pas. Nous sommes loin des ambitions de départ », regrette Christian Pèes, d'Euralis. Biogemma a réduit d'un tiers son effectif en 2006, de 120 à 80 personnes. Deux de ses quatre sites de recherche ont été fermés.

Même résultat pour le programme Genoplante dédié à la génomique végétale et né en 1999 d'un parte-nariat 50/50 entre recherche publi-que et privée (Biogemma, Bayer CropScience, Bioplante). En 2005, ce groupement d'intérêt scientifique a été quitté par Bayer CropScience et Bioplante, Arvalis y est entré. Son budget en 2007 était d'environ 30 millions d'euros pour l'ensemble des projets. « Nos recherches sont fondamentales sur la connaissance des gènes. Nous avons 20 à 30 projets par an », détaille Georges Pelletier, le président du comité exécutif de Genoplante. Un programme qui reste quantitativement correct, mais moins ambitieux.

les chercheurs se sont démobilisés

Résultat, là où l'Europe en général et la France en particulier ont été pionnières en matière de biotechnologies végétales et d'OGM, grâce notamment à la recherche publique (Inra, Cirad...), il ne reste que peu de chose aujourd'hui. « Peu soutenus, les chercheurs se sont démobilisés. Dans le même temps, d'autres pays redoublaient d'efforts : les Etats-Unis bien sûr, mais aussi la Chine, l'Inde, et même la Corée. Ce qui se passe en ce moment en France ne fait qu'aggraver la situation », commente Daniel Chéron, le directeur général de Limagrain. Le nombre d'essais en champ a considérablement diminué en France et en Europe. En France, environ la moitié des essais en champ (dont les emplacements sont publics) sont détruits par les anti-OGM. Syngenta ne réalise que quelques pour-cent de ses essais en Europe. Situation similaire pour les autres semenciers. Même l'Inra n'a plus que deux essais en champ, un sur la vigne à Colmar et un sur le peuplier à Orléans. Aucune sur les OGM d'intérêt agronomique !

réduire le retard

Le projet franco-allemand de 45 millions d'euros sur trois ans dédié aux biotechnologies végétales, annoncé en janvier par le gouvernement Fillon, signe-t-il un réveil ? « Bien mené, cela pourra permettre de réduire un peu le retard français dans les biotechnologies végétales, d'avoir des plates-formes de phénotypage ou de transgénèse très précises, de lancer des programmes de créations variétales avec des techniques alternatives aux OGM », imagine Guy Riba, le directeur général délégué de l'Inra. On ne peut s'empêcher de penser que si au début des années 90, l'effort de recherche avait été conséquent en France et en Europe, peut-être qu'aujourd'hui des technologies pourraient être proposées face aux OGM. Comment faire désormais pour rattraper ce retard accumulé alors même que Monsanto vient de conclure un accord de licences croisées avec Dow pour commercialiser avant 2010 une semence de maïs combinant huit gènes de résistance aux insectes et de tolérance aux herbicides ?

Faute de pouvoir proposer des outils technologiques aussi performants sans transgénèse, la France verra sans doute peu à peu s'éroder son rang agricole. Adieu le pétrole vert ? Un vrai paradoxe alors que la planète a besoin comme jamais de matières premières végétales. .

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