Commerce internationalDéVALUATION DE 50% DU FRANC CFARisque de désengagement en Afrique francophoneLe renchérissement des importations risque de stopper brutalement les échanges. Et nul ne peut prévoir à quelle échéance se fera sentir l'effet des mesures d'accompagnement.

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DéVALUATION DE 50% DU FRANC CFA

Risque de désengagement en Afrique francophone

Le renchérissement des importations risque de stopper brutalement les échanges. Et nul ne peut prévoir à quelle échéance se fera sentir l'effet des mesures d'accompagnement.







Coups de fil ininterrompus au ministère de la Coopération, réunions exceptionnelles aux sièges parisiens d'organisations professionnelles: la dévaluation de 50% du franc CFA et de 33% du franc comorien, décidée le 11janvier à Dakar par les chefs d'Etat des quatorze pays africains de la zone franc, a mis en alerte nombre d'industriels français. "On m'appelle de la brousse pour me demander si l'on peut multiplier par deux les salaires", confiait Marc Vergnet, le P-DG de Vergnet, dès le lendemain de la dévaluation. Ce spécialiste de l'hydraulique villageoise réalise 70% de ses exportations dans la zone CFA, où il dispose de petites structures locales pour l'installation et l'après-vente. Il s'inquiète de la pression sur les salaires, mais aussi de la valeur des stocks de pièces détachées de ses filiales et de leurs créances, d'un seul coup divisées par deux. Enfin et surtout, Marc Vergnet craint de perdre trois à quatre mois à renégocier des contrats conclus sur la base de la parité précédente. Certes, ces contrats, au Niger ou au Burkina-Faso, s'inscrivent dans des programmes d'aide internationale libellés en monnaie forte. Mais les clients directs - des ministères locaux - les règlent, eux, en CFA. Et souvent avec retard. Tout le monde n'est pas dans ce cas, tant s'en faut. Chez Essamico, autre petit fabricant français de pompes, Véronique Fayein ne s'inquiète pas: comme nombre d'entreprises, elle facture en francs ses livraisons africaines, dont elle ne tire d'ailleurs que 10% de son chiffre d'affaires à l'exportation. Dans de nombreuses branches industrielles, on s'attache à minimiser l'importance commerciale des pays CFA. C'est le cas à la Fédération des industries mécaniques, où le directeur des affaires internationales s'empresse de rappeler que les ventes de la profession dans la zone ne représentent guère plus de 2% des exportations totales, contre une bonne moitié dans les années 60. Même constat chez les industriels de la pharmacie (17,4% des exportations en 1992, contre 50,4% en 1970). Mais si le redéploiement progressif du commerce extérieur français permet aujourd'hui d'éviter un choc frontal en Afrique, les conséquences de la dévaluation du CFA n'en concernent pas moins un bon millier d'entreprises françaises présentes sur ces marchés. Les difficultés de paiement croissantes des quatorze Etats africains de la zone CFA les placent souvent dans des positions délicates: dans les travaux publics, par exemple, où l'Afrique représente un quart des activités à l'étranger, l'ardoise s'élève pour les entreprises françaises à 1,4milliard de francs. "Ces créances, qui auraient dû être payées depuis longtemps, se trouvent de fait dévaluées", déplore un professionnel. Et d'ajouter: "Je pense que l'ajustement monétaire va accélérer le désengagement français." Pas de doute, le doublement du prix des produits importés par les quatorze pays risque de donner un sérieux coup de frein à leurs achats à l'étranger. En tête des produits les plus vendus par la France: les médicaments. La Côte-d'Ivoire est le sixième pays client des industries françaises de la pharmacie (devant la Tunisie et les Pays-Bas) et le Cameroun le dixième. Autres marchés privilégiés des entreprises de l'Hexagone: l'alimentation, avec des denrées comme le sucre, le blé dur ou la farine; et, bien sûr, l'automobile. Certes, des dispositifs d'urgence mis en place, pays par pays, par le FMI et par la France, pour amortir le choc social de la dévaluation, devrait limiter l'impact de l'inflation. Quelques denrées de première nécessité feront notamment l'objet de subventions de compensation. La relance des marchés de l'automobile et de l'équipement, déjà mise à mal par les coupes claires dans les salaires des fonctionnaires ou la diminution des revenus des producteurs de café et de cacao, devra attendre l'assainissement des économies locales. La dévaluation et les mesures d'accompagnement (réduction massive de la dette et retour des bailleurs de fonds internationaux) visent précisément à les aider à sortir de la "banqueroute douce" dans laquelle elles se trouvaient plongées. Reste à savoir à quelle échéance.

Jean-Louis Marrou

USINE NOUVELLE - N°2440 -

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