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Comment Yazaki a embauché 3 600 personnes à Kenitra

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La seconde usine marocaine du fabricant  japonais de faisceaux électriques automobiles est montée en puissance en quelques mois. Un challenge en terme de recrutement et de formation. Reportage à l’occasion de la publication par L’Usine Nouvelle d’un dossier spécial consacré à l’industrie au Maroc.

Comment Yazaki a embauché 3 600 personnes à Kenitra © Pierre-Olivier Rouaud - L'Usine Nouvelle

Une ruche où près de 2800 salariés s’activent sur plus d’un hectare de bâtiments à couper, assembler, connecter et tester des faisceaux de câbles multicolores pour la Ranger Rover Ivo et la Jaguar XF. Nous sommes à Kenitra dans l’usine du japonais Yazaki qui a ouvert début 2011 ce deuxième site marocain, après celui de Tanger en 2001. En phase continue de montée en puissance, l’usine facture déjà 250 000 heures par mois à ses clients.

Dans cette activité essentiellement manuelle, les coûts salariaux sont un facteur clé. C’est ce qui explique l’implantation de Yazaki au Maroc où le salaire minimum est d’environ 230 euros. Ses concurrents Delphi, Leoni ou Sumitomo sont d’ailleurs aussi présents ici.

Mais à la base de la performance opérationnelle il y a deux facteurs clés : le recrutement et la formation. En même temps que la construction du site, Yazaki a ainsi mené un plan massif d’embauche en quelques mois.  "Nous employons en ce moment 2760 salariés mais compte tenu des départs naturels, nous avons recruté plus de 3700 personnes au total, une grosse équipe RH s’en occupait à plein temps.

A son maximum, l’usine a connu un pic de 3663 personnes présentes en octobre 2011,», relate Abdeslam Benjelloun, directeur de l’usine, un ancien de Fiat et Valeo. Dans ce site posé près de l’autoroute Rabat-Tanger au sud de la ville, la plupart de ces ouvriers ont une vingtaine d’années avec une forte proportion de femmes. Pour embaucher autant et si vite, Yazaki a passé une convention avec l’Anapec, le "Pôle Emploi" marocain. A charge pour cette agence de présélectionner par centaines les dossiers de candidatures.

"A vrai dire, nous n’avons pas vraiment eu de problème de ressources, le bassin d’emploi est bien pourvu.  Les candidatures spontanées ne manquaient pas. Des gens viennent même de 50km ou plus", expose Abdeslam Benjelloun. Chez Yazaki, aucun des salariés n’avait jamais travaillé dans une usine de faisceaux, ni même dans l’automobile.

Leur profil ? Pour certains un bac sciences appliquées, pour d’autres un brevet de techniciens voire la fac de lettre ! "Certains ne supportent pas le métier et se désistent au bout de quelques semaines, voire le deuxième jour. C’est habituel, cela explique que nous ayons recruté au début plus que nos besoins", note Abdeslam Benjelloun en précisant que le turn-over s’est stabilisé à environ 3%.

Car au Maroc, le chômage dépasse 15%, bien plus encore pour les jeunes, dans les zones urbaines comme Kenitra. Cette cité de 930 000 habitants, l’ancienne Port-Lyautey, a été choisie par le gouvernement pour devenir un pôle industriel, notamment automobile, dans une optique d’équilibre territorial à côté de régions déjà développées de Casablanca-Rabat et Tanger. Et, de plus en plus d’industriels comme Yazaki répondent présents, notamment pour s’abstraire de l’inflation salariale sur des bassins industriels plus anciens.

Ainsi, Sumitomo un autre japonais ou Faurecia se sont déjà implantés à Kenitra. A cela s’ajoute surtout, à 30 km de l’usine Yazaki, la nouvelle zone franche Atlantic City de 198 ha où les sites de Saint-Gobain ou Delphi sont en construction et doit compter à terme 30000 emplois.

Pour fidéliser les opérateurs, dont le salaire de base reste le Smic auquel s’ajoutent progressivement des bonus et primes d’ancienneté, Yazaki a privilégié les avantages connexes comme une solide mutuelle santé. Le groupe prend en charge aussi le ramassage avec une flotte de 60 minibus opérant dans un rayon de 20 km et le restaurant d’entreprise, deux postes qui représentent à eux seuls 25% de la masse salariale.

Une usine verte dans le Gharb
L’usine Yazaki de Kenitra , la capitale de la région du Gharb s’étend sur 12 000m2 en production et 10 000m2 d’espace de stockage sécurisé pour éviter les vols de cuivre. L’usine comporte aussi des spécifications dernier cri en matière environnementale : eau chaude solaire, mats d’éclairage photovoltaïque, recyclage des eaux usées, éclairage par tube concentrateur solaire ou double façade ventilée…La conception en a été faite par un cabinet portugais. Par rapport à une usine standard, l’économie d’eau est notamment de 4500m3 par an. L’investissement total dans l’usine s’est élevé à 25 millions d’euros.
Dans cette région considérée comme relativement syndicalisée au Maroc (ce qui n’est pas le cas de l’usine), le groupe a aussi organisé des élections de délégués du personnel. "L’important est d’être à l’écoute et d’impliquer tous les salariés", estime Abdeslam Benjelloun. "Ainsi les bureaux des fonctions support ne sont séparés des ateliers que par une paroi vitrée. Chacun voit ce que fait l’autre."

Ceci étant, la priorité des derniers mois a été de faire grimper la productivité directe (heures de production ramenées à celles pointées). Un ratio clé qui monte sans arrêt qu’Abdeslam Benjelloun suit en permanence sur son ordinateur avec d’autres indicateurs comme la perte de matière, mesurée en grammes par heure travaillé ou aussi la logistique. "Nous atteignons  98% de conformité sur les livraisons, c’est bien mais cela peut encore progresser." Et pour cela il n’y a pas de mystère : la réussite opérationnelle passe par le management et la formation.

Outre le recrutement, le challenge a en effet été de former plus de 3000 personnes en quelques mois. Selon la complexité des taches, il faut de 2 à 4 semaines de formation à un opérateur pour être opérationnel avec en alternance des passages en atelier. Il y a les fonctions techniques et de dextérité, mais aussi les bases du lean manufacturing comme la chasse au 7 "mudas" (gaspillages). Yazaki, un groupe de  200000 personnes et gros fournisseur de Totyoa n’oublie pas qu’il est japonais !

Pour tenir ses délais de formation, le groupe a choisi une organisation radicale : les sessions de formation se déroulaient en 3x8 dont certaines de 22h à 6h! Une équipe (ou plutôt trois) de formateurs a été formée sur place au préalable mais pendant quelques mois certains sont venus de Tanger et même d’autres filiales au Portugal, en Roumanie ou en Turquie. Avec un objectif : qu’aucun formateur n’encadre plus de 35 à 45 personnes.

Quant aux conducteurs de machine de coupage de câble, une fonction clé, ils ont, eux, avant le démarrage du site été envoyés en formation à Tanger qui dispose du même parc machine. Certaines des chefs de ligne sont d’ailleurs des anciens de l’usine de Tanger venus s’installer ici.

La phase de recrutement et de formation achevée, Abdeslam Benjelloun a déjà d’autres projets. Il a fait la chasse au m2 dans les zones de stockage pour libérer de l’espace dans un bâtiment satellite à l’usine principale. "Je vais pouvoir faire une demande d’activité supplémentaire au groupe". Mais Yazaki ne s’arrêtera sans doute pas là. Après Tanger et Kenitra, il prévoit déjà d’investir bientôt dans une troisième usine au Maroc à Fès.

A Kenitra (Maroc), Pierre-Olivier Rouaud

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1 commentaire

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09/07/2012 - 15h02 -

je parie que la main d'oeuvre marocaine est la plus compétente et la plus smart du continent africain et le moyen orient..
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