Comment Volkswagen va payer la facture ?

Selon les estimations, les frais liés au scandale des moteurs truqués s’échelonnent entre 40 et près de 80 milliards d’euros. Une somme que le groupe peut trouver dans ses fonds propres, mais aussi dans des économies drastiques, et peut-être la vente d’une marque.

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La facture pour résoudre la crise des moteurs trafiqués va être salée pour le groupe Volkswagen. Selon les estimations, elle s’échelonne entre 40 et 78 milliards d’euros pour les plus pessimistes, comme celle du Crédit Suisse. Les amendes seront le plus gros poste de dépenses (entre 10 et 16 milliards de pénalités aux Etats-Unis et 15 milliards en Europe).

Il faudra aussi compter entre 10 et 12 milliards d’euros pour le rappel, la réparation ou le remplacement des véhicules pour les remettre aux normes, ainsi que les compensations financières pour les clients touchés. Enfin, il est impossible de calculer le montant que pourraient générer les actions de groupe, en particulier aux Etats-Unis.

Un groupe en bonne santé

Où le groupe de Wolfsbourg peut-il trouver tout cet argent ? Il a déjà provisionné 6,5 milliards d’euros, mais « cela ne suffira pas », a déjà indiqué Matthias Müller, son PDG. Tous les analystes interrogés sont unanimes : l’entreprise a suffisamment de liquidités pour supporter un coût de 20 à 30 milliards sur ses fonds propres, sachant que ce paiement pourra s’étaler sur plusieurs années.

Grâce à la vente de ses actions chez Suzuki, VW dispose aujourd’hui de 27,8 milliards d’euros de liquidités. Rappelons également qu’il a généré un chiffre d’affaires de 202 milliards d’euros en 2014, avec 10,5 milliards de bénéfices.

Naturellement, les chiffres pour 2015 seront bien en-deçà de ces résultats exceptionnels. Déjà, au troisième trimestre de cette année, le groupe a publié une perte nette de 1,67 milliards d’euros, en raison de la provision des 6,5 milliards d’euros.

Cela l’a aussi conduit à abaisser son objectif de résultat opérationnel pour 2015. Autre conséquence de la crise : sa capitalisation boursière a fondu d’un tiers depuis le 18 septembre. Malgré tout, la santé de l’entreprise reste globalement bonne.

Des investissements revus à la baisse

Mais, « à partir de 30 à 40 milliards d’euros, il faudra que Volkswagen mette en place des mesures pour trouver l’argent nécessaire, estime Jürgen Pieper, analyste à Francfort. La première d’entre elles pourrait être de solliciter un crédit, tout en mettant en place un plan d’économies drastique ».

Les dirigeants sont donc priés de faire des efforts sur leur train de vie, en particulier l’utilisation des voitures de fonction et des jets privés. Les salariés craignent également pour leurs bonus et primes de fin d’année, qui pourraient être rabotés.

Nul doute également que Herbert Diess, ancien cost-killer de BMW, ira chercher le moindre euro dans la production ou les achats. « Tout ce qui n’est pas nécessaire et urgent sera abandonné ou reporté », a d’ores et déjà prévenu Matthias Müller. Premier impact : le groupe qui avait prévu d’investir environ 100 millions d’euros sur cinq ans a revu ce chiffre largement à la baisse. Avec tout ce que cela implique pour la compétitivité future.

Des utilitaires à vendre ?

Dans le cadre de la nouvelle stratégie 2025, qui sera précisée courant 2016, la rentabilité de quelque 300 modèles sera par ailleurs réexaminée. Cependant, si le groupe exclut pour l’heure toute vente de l’une de ses marques, les analystes jugent plausibles que Volkswagen se débarrasse de l’une d’elles pour financer une partie des dégâts.

Reste à savoir laquelle. Là, ce ne sont que spéculations. Le groupe possède en effet un large portefeuille de 12 marques couvrant tous les secteurs de l’automobile de l’utilitaire et bus (Volkswagen, MAN, Scania) aux voitures et motos de luxe (Ducatti, Bugatti, Bentley et Lamborghini) en passant par l’entrée de gamme (Skoda, Seat) et le sport (Porsche).

Les deux navires-amiraux restant bien sûr Volkswagen et Audi, qui représentent à eux deux le plus gros du contingent avec respectivement plus de 6 millions et 1,8 millions de véhicules produits chaque année. « En premier, le groupe pourrait se délester de sa division utilitaire », estime ainsi Stefan Bratzel, expert automobile. C’est ce qui lui permettrait de générer le plus de cash, sans toucher à son noyau dur. La vente de Seat rapporterait à l’inverse assez peu (son chiffre d’affaires est d’environ 7 milliards d’euros), tout comme celle de Bugatti ou Lamborghini, tandis que la plate-forme de production des Skoda est très liée à celle des VW.

Pas de fermeture de sites

Le nouveau patron s’est néanmoins engagé à minimiser l’impact sur les effectifs du groupe, qui compte 600 000 salariés dans les 120 usines du groupe le monde. Aucun licenciement, ni fermeture de sites n’est envisagé. Mais cette donnée est très liée à la durée de la crise et à son impact à long terme sur les ventes de la marque.

Pour l’heure, aucun recul majeur n’est ressenti mais il faudra attendre 2016 pour connaître les conséquences plus précisément.

Sur les neuf premiers mois de l’année, VW a livré 7,43 millions de véhicules dans le monde, soit 1,5 % de moins que l’année précédente, en raison d’un ralentissement chez les géants comme la Russie, la Chine et le Brésil. Le groupe a en outre perdu son rang de premier mondial, à nouveau dépassé par Toyota et ses 7,49 millions de véhicules.

« La clé de la résolution de cette crise est la rapidité, juge Arndt Ellinghorst, analyste financier chez Evercore, qui préfère rester optimiste. Si le groupe parvient à réparer ses véhicules en quelques mois, les clients oublieront vite cette mésaventure comme ils l’ont fait avec les rappels géants de Toyota ou GM. Mais selon moi, un an comme l’a annoncé VW, c’est beaucoup trop long et c’est une erreur ».

Gwénaëlle Deboutte, à Berlin

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