Comment valoriser le "génie français" du numérique, s’il existe ?

Aurélie Barbaux , ,

Publié le

Les entrepreneurs français du numérique auraient du génie. C’est du moins ce qu’a fini par déclarer Jean-Marc Ayrault, lors d’une opportuniste soirée à Matignon organisé pour la clôture de la 9e conférence LeWeb, jeudi 6 décembre dernier.

Comment valoriser le génie français du numérique, s’il existe ? © Aurélie Barbaux

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Selon le Premier ministre, un "génie français" à l’œuvre dans le numérique serait porté par "nos graphistes, par nos designers, par nos créateurs, par nos développeurs". À défaut de paraître vraiment convaincu, il semble au moins faire confiance sur ce sujet à Fleur Pellerin, ministre déléguée au redressement productif, en charge des PME, de l’innovation et de l’économie numérique.

Car certes, la France peut afficher quelques rares pépites comme Dailymotion, Criteo ou Ventes-privees.com. Mais toujours pas de Google ou de Facebook au CAC40. Des start-up nées d’internet et qui ont réussi, seule Iliad (maison mère de Free) vient d’entrer au Next20, l’antichambre du CAC40.

Alors, si nos acteurs numériques ont autant de talent, comment le faire savoir ? Il y a l’option britannique : définir, un peu artificiellement, un quartier numérique dans l’est de Londres, la Tech city, et investir massivement en marketing. Mais qui peut citer spontanément une pépite londonienne qui a réussi ?

Il y a ensuite la stratégie — payante — des Israéliens : co-investir auprès des fonds d’investissement, souvent américains, pour permettre à leur start-up d’aller vite à l’international. Il y a aussi la méthode allemande, qui arrive à rendre Berlin attractive pour les startups du numérique, grâce à son dynamisme culturel et un coût de la vie accessible. La ville arrive surtout à attirer quelques investisseurs capables d’investir des fonds qui n’ont rien à envier avec ceux de leurs homologues californiens.

Reste la France. Lors de cette fameuse soirée, Jean-Marc Ayrault a fait part de la volonté du gouvernement d’accroître la visibilité internationale du numérique français : "Nous allons donner à la filière toute la visibilité qu’elle mérite, nous allons l’encourager dans son développement et nous allons la soutenir dans son internationalisation." Comment ?

Comme les autres pays européens cités, le pays semble décider à miser sur la Capitale, mais pas seulement. Fleur Pellerin a en effet annoncé le lancement d’une mission de préfiguration du projet "Paris capitale numérique", qui "consiste à créer et mettre en valeur des quartiers d’activités numériques dans toute la France, avec un grand site emblématique situé à Paris ou à proximité immédiate." Là j’avoue ne pas bien comprendre comment, en centrant l’attention sur Paris, on va permettre à des quartiers disséminés "d’accroître la visibilité internationale de l’économie numérique française." Ce tour de magie, c’est Catherine Mayenobe, de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), qui doit le réaliser. J’ai hâte d’assister à la représentation.

Pour l’aider à préparer son tour, Fleur Pellerin lui a toutefois adjoint un assistant de choix. Elle a demandé à Tariq Krim, un de nos rares entrepreneurs stars du numérique (il a fondé le célèbre agrégateur de contenus Netvibes) de recenser les talents émergents de la filière, de proposer les moyens d’améliorer la détection précoce de ces derniers, et de renforcer leur visibilité.

Mais comment, une fois cartographiés, faire connaître ces savoir-faire ? En multipliant les "camping", cet accélérateur de start-up, qui, cette année, a emmené sa 3e promotion se vendre à Londres et à Berlin ? En s’inspirant de la méthode israélienne et en demandant à la caisse des dépôts de doubler la mise des fonds d’investissements sur une sélection de start-up à très haut potentiel et de les accompagner ? Ou, en incitant (forçant) enfin nos grandes entreprises (et nos administrations) à être les premiers clients de ces pépites du numériques et non plus uniquement leurs partenaires de R&D via les pôles ? Elles seraient alors les meilleures ambassadrices de notre french touch numérique. Mais là, il faudrait plus que de la magie.

Aurélie Barbaux

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