Comment travaille-t-on dans une ferme laitière "bas carbone"

A défaut de pouvoir agir sur la rumination des vaches, les éleveurs laitiers peuvent travailler sur la consommation d’énergie, d’alimentation et d’engrais, assure Jean-Marc Burette. Cet agriculteur nous a ouvert les portes de son exploitation de Fleurbaix.

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Comment travaille-t-on dans une ferme laitière
Jean-Marc et Babeth Burette militent pour un élevage plus durable.

Réduire l’empreinte carbone d’une ferme laitière, c’est possible, assure Jean-Marc Burette. Cet éleveur, installé avec sa femme à Fleurbaix (Pas-de-Calais), a fait passer son exploitation de 1150 grammes d’équivalent CO2 par litre de lait en 2015 à 930 grammes en 2018. Il produit 669 000 litres de lait, avec 70 vaches Prim’holstein, accompagnées de leurs progénitures – soit 130 animaux à gérer. "Même si nous émettons du gaz à effet de serre à cause de la fermentation entérique, à laquelle ne pouvons rien faire, nous pouvons jouer sur la consommation d’énergie et l’alimentation animale", explique l’agriculteur, qui s’attache également à réduire ses volumes d’intrants.

Dès 2011, dans le cadre d’un programme initié par les Chambres d’agriculture, Jean-Marc Burette a installé un pré-réchauffeur d’eau dans sa laiterie, qui concentre les installations les plus énergivores de l’exploitation. La chaleur des gaz de détente du tank à lait, utilisé pour faire passer le lait d’une température de 37 à 3 degrés en moins de deux heures, est récupérée afin de faire chauffer l’eau nécessaire au nettoyage de la salle de traite. 210 litres d’eau sont utilisées matin et soir, chaque jour de l’année, afin de remettre au propre l’installation. Un second pré-réchauffeur d’eau a été installé en 2016. Depuis, la consommation d’électricité de l’exploitation n’augmente plus.

"L’agriculture peut être une solution pour le climat"

"L’agriculture a sa part dans le réchauffement climatique. Je ne pouvais pas envisager d’être inactif à mon niveau", indique Jean-Marc Burette dans la cour de sa ferme, aux toits pointus. L’objectif étant que les toitures soient résistantes à la neige… qui n’est pas tombée depuis six ans dans cette zone périurbaine, à 20 km de Lille (Nord) et à 7 km de la frontière belge. Installé depuis 1990, l’agriculteur a également été sensibilisé à la question avec le film soutenu par Al Gore, "Une vérité qui dérange" (2006). "Par la photosynthèse des plantes, nous pouvons capter du carbone", rappelle-t-il en se dirigeant vers sa prairie, initialement réservée au pâturage, qui accueille désormais des plants de trèfle, une légumineuse. Les haies ont été renforcées et constituent aussi un abri pour les animaux.

C’est en 2015 que Jean-Marc Burette a décidé de passer à la vitesse supérieure dans sa stratégie bas carbone, en s’appuyant sur un audit réalisé dans sa ferme par l’Institut de l’élevage. Un programme d’action, défini sur la base de ses pratiques et de sa comptabilité, a permis de définir plusieurs pistes de travail. "Nous avons réussi à réduire la consommation d’engrais de 30% en trois ans", se félicite Jean-Marc Burette. Les engrais sont répartis au plus près des cultures, sous le semoir à maïs, afin de limiter leur volatilité en surface.

Les déjections (200 000 litres de lisier par an) sont stockées avant d’être épandues au printemps parmi les 68 hectares (ha) adjacents (35 ha de maïs fourrage pour les vaches, 28 ha de cultures de vente et 5 ha de prairie). Ce travail est désormais réalisé à la dose près, grâce à des calculs préalables. Un service de récupération de déchets verts est également assuré par Jean-Marc Burette et sa femme. 600 tonnes de déchets verts issus de trois communes et de six paysagistes entrent chaque année sur l’exploitation pour être recyclés en compost. Une prestation effectuée depuis 1996, et développée ces dernières années. Un élevage de vers de terre, doublé d’un travail sur les plantes en inter-cultures, enrichit également le sol en engrais naturels.

Le travail du sol à la rescousse

Tous les aliments consommés par les vaches sont, pour leur part, désormais pesés. Ce travail sur l’alimentation est complété par un budget dédié à la recherche et développement. La féverole a ainsi été testée, mais faute d’être assez riche en termes protéiques pour les vaches, elle ne passera pas le stade de l’expérimentation. Or, elle apporte "beaucoup d’azote". Elle a ainsi fait son retour en tant que couvert végétal, un ensemble de végétaux recouvrant le sol de manière permanente ou temporaire. Depuis 2006, Jean-Marc Burette est par ailleurs passé en non-labour : 4000 litres de fuel pour le tracteur sont économisés en travaillant seulement le sol en surface, au lieu de le retourner pendant l’hiver.

"Il est possible de descendre à 900 grammes d’équivalent gaz carbonique par CO2 par litre de lait", estime Jean-Marc Burette, qui s’inscrit dans le cadre d’un programme conduit dans six pays suite à un appel d’offres de la Commission européenne pour promouvoir les bonnes pratiques bas carbone possibles dans l’élevage laitier. En France, le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière (Cniel) en assure la maîtrise d’ouvrage. Précédemment, un programme européen a été diligenté, sur le même créneau, de 2013 à 2018. D’ici à 2025, le Cniel espère convertir 20 000 éleveurs laitiers supplémentaires à la démarche.

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