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L'Usine Auto

Comment Sunderland est devenue l'usine auto la plus productive d'Europe

Pauline Ducamp , , ,

Publié le

Sur les douze derniers mois, le site de Nissan Sunderland, dans le Nord-Est de Angleterre, a produit 510 572 véhicules, un volume record qui démultiplie encore la productivité de l'usine.

Comment Sunderland est devenue l'usine auto la plus productive d'Europe © Nissan

"Cette usine est la meilleure réponse à ceux qui disent qu'on ne peut plus concevoir et exporter en Grande-Bretagne!". Lors du lancement officiel de la production de la Leaf, le premier ministre britannique David Cameron, qui s’était déplacé en personne, a une nouvelle fois loué le formidable outil industriel qu'est l'usine Nissan de Sunderland. Le site, situé au Nord-Est de l’Angleterre dans la banlieue de Newcastle, se range en effet parmi les cinq usines les plus productives du monde, et la première en Europe selon les ranking régulièrement effectués par le cabinet Roland Berger. Depuis une décennie, elle aligne les records. Une compétitivité qui repose sur six facteurs-clés.


  • Une situation géographique qui force l'adaptation 

L'usine de Sunderland a produit sa première voiture en 1986, dans une région sans réelle tradition automobile. Si Nissan a choisi cette implantation, c'est en raison du réseau de transports très développé (voies ferrées, port en eau profonde) et du savoir-faire industriel de ses habitants. La sidérurgie ou le chemin de fer ont longtemps été les points forts de la région. "Dès le départ, l'usine a été lancée dans un contexte de crise, rappelle John Martin, vice-président en charge du manufacturing en Europe, Moyen-Orient, Afrique et Inde. Le premier ministre de l'époque, Margaret Thatcher, voulait aider les habitants de la région qui avaient perdu leurs jobs". Des aides ont été accordées pour l'installation du site, mais l'usine se devait d'être productive.

  • Les process priment

Cette recherche de la productivité fait partie intégrante de l’ADN de Nissan. "Les Japonais misent sur la qualité et la stabilité du système de production. Pour fabriquer des pièces, il ne faut pas de formes biscornues par exemple, ce qui entraine beaucoup de contraintes pour les designers. Mais après, il faut peu d’heures pour réaliser une voiture" souligne Rémi Cornubert, partner en charge de l’automobile chez Oliver Wyman. En effet, très tôt dans le développement d'un modèle, les ingénieurs du process interviennent pour faire coïncider les desiderata des designers et les impératifs du système de production. Et ce sont ces derniers qui priment. Il ne faut ainsi que 6 heures, de la presse à la sortie de chaine, pour produire un Qashqai à Sunderland. Par conséquence, la qualité est très élevée et à nombre d'hommes et de robots identiques, l'usine britannique fabrique plus de véhicules par heure qu'une autre dans l'Alliance Renault-Nissan. 

  • Un outil industriel en perpétuelle évolution

Cette prédominance de l'industriel se retrouve dans les investissements réalisés.  "Sunderland possède les dernières générations de presse, de bras de ferrage, de cabines de peinture. Elles ont progressé en faisant plus de couleurs différentes, avec moins de pertes" précise Sébastien Amichi, partner en charge de l’automobile chez Roland Berger. Le lancement de la Leaf a ainsi entraîné une nouvelle vague d'investissements dans les ateliers. "Nous avons modifié l'atelier de carrosserie, étendu la partie assemblage du châssis et revu l'atelier fabrication des moteurs pour accueillir la production des moteurs électriques" détaille Kevin FitzPatrick, vice-président en charge de l'industrialisation en Grande-Bretagne.

200 millions de livres (236 millions d'euros) ont été investis pour le lancement du nouveau modèle. Et à Sunderland, un investissement bénéficie à plusieurs modèles. C'est le cas avec l'introduction il y a quelques années des robots filoguidés. "L'automatisation pour acheminer les pièces sur la chaîne nous a permis de faire grimper la productivité" rappelle John Martin. En 1999, Sunderland produisait 200.000 voitures avec 5000 salariés. Aujourd'hui, avec 6000 personnes, l'usine dépasse allègrement les 500.000 unités.

  • Des salariés au coeur du process

Nissan investit aussi sur ses salariés. L'usine de Sunderland applique le 'Kaizen', une philosophie qui recherche l'amélioration permanente, avec comme premier maillon de la chaîne l'employé. "Plus les gens sont concernés, plus la qualité est élevée" assène John Martin. Nissan propose des salaires que la direction qualifié "d’élevés" pour la région : en moyenne sur la chaine, un opérateur gagne 23.000 livres (27.000 euros) par an.

Les salaires sont donc équivalents aux sites hexagonaux, mais avec des charges moins élevées. Ce focus sur l’employé explique en partie pour Nissan des taux d’absentéisme et de turn-over extrêmement bas : 1,3% et 2,3%. "Aujourd'hui, plus de 2000 personnes sont prêtés à venir travailler chez nous tout de suite. C'est un vivier de main d'œuvre" précise Kevin FitzPatrick. Les conditions de travail ne sont pas pour autant de tout repos. Sur la chaine, la cadence est élevée, les opérateurs toujours en mouvement. Ils n’ont que 54 secondes pour réaliser chacune des opérations d’assemblage.

  • Le soutien du gouvernement

Depuis l’implantation de l’usine au milieu des années 80, le gouvernement suit de près l’activité et les investissements de l’usine. "Nous soutenons l’industrie via des fonds régionaux, mais aussi des crédits d’impôts pour la recherche et le développement de nouveaux modèles" explique Micheal Fallon, ministre délégué à l’Industrie. "Le gouvernement veut aider l'industrie par le plus bas niveau de taxes des pays développés" a martelé le premier ministre David Cameron lors de sa venue la semaine dernière.

Depuis quelques années, le gouvernement met aussi l’accès sur les sous-traitants. Le sourcing du Qashqai est ainsi à 90% européen, mais seulement 34% des pièces viennent de Grande-Bretagne. "Avec la crise de 2008, l’industrie automobile s’était éffondrée. Nous avons mis en place un programme d’incitations et d’aides pour que les équipementiers, notamment d’Europe de l’Ouest, s’installent près de nos usines" poursuit Michael Fallon.

  • Des modèles à succès

Mais derrière cette machine de guerre, c'est le client qui fait de Sunderland un site ultra-productif. Le Crossover Qashqai, produit depuis 2006, et le Juke, lancé en 2010, sont de véritables best-sellers. En 2012, Nissan a ainis écoulé 250.000 Qashqai et 148.000 Juke, ce qui explique le fonctionnement en trois équipes de la ligne du crossover et le passage à trois équipes au printemps sur la seconde ligne, qui assemble les Juke et Note. "L’usine de Sunderland est l’une des plus rentables du groupe" rappelle John Martin. "Plus une usine est productive, plus les coûts, notamment de distribution, diminuent" explique Grégory Neve, porte-parole de Nissan. Avec un objectif de production en hausse pour 2013, la productivité du site devrait encore s’accroitre. Sunderland tourne actuellement à 107% de ses capacités.

Pauline Ducamp

Quatre nouveaux modèles sur les lignes

Le carnet de production de Sunderland est rempli jusqu’en 2015. Depuis mars, l’usine produit pour le marché européen la compacte électrique Leaf. Cette année arrivera aussi la remplaçante de la Note. Sunderland produira la prochaine génération du Qashqai. Enfin, pour la première fois en Europe, l’usine assemblera dès 2015, sur la même ligne que le Juke et la Note, une compacte badgée Infiniti et construite sur une plateforme Daimler. 

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