Comment protège-t-on d'un incendie un datacenter comme celui d’OVH ?

L’incendie d’un datacenter d’OVH à Strasbourg reste un accident extrêmement rare. Il soulève néanmoins de nombreuses questions de sécurité au sein même de la profession des centres de données, et interpelle sur le modèle low cost d'OVH. Il faudra attendre les résultats de l’enquête pour en connaître les causes exactes.

 

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Comment protège-t-on d'un incendie un datacenter comme celui d’OVH ?
L'intérieur d'un datacenter d'OVH

L’incendie, qui a ravagé dans la nuit du 9 au 10 mars 2021 l’un des quatre datacenters d’OVH à Strasbourg mettant hors ligne plus de 3 millions de sites Web clients, a provoqué un électrochoc dans l’ensemble de la profession du cloud et de l’hébergement informatique. " Ce qui est arrivé à OVH est incroyable et extrêmement choquant, confie à L’Usine Nouvelle Arnaud de Bermingham, président-fondateur de Scaleway, la société d’hébergement et de cloud du groupe Iliad de Xavier Niel. En 22 ans de métier dans ce domaine, je n’ai jamais connu un tel accident. L’Europe compte 500 datacenters, dont certains en exploitation depuis bien longtemps. Aucun n’avait subi d’incendie. "

Les circonstances de l’incendie ne sont pas encore connues. Une enquête est en cours avec les autorités compétentes pour en déterminer les causes. OVH promet de communiquer avec la plus grande transparence sur l’avancée de ses analyses de la situation et la mise en œuvre de solutions pour ses clients.

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Certes, la situation appelle à ce stade à la plus grande prudence quant aux conclusions à tirer de cet évènement exceptionnel. Mais la rapidité et l’ampleur de cet incendie sans précédent dans le monde des datacenters soulèvent des interrogations tant chez les professionnels de la sécurité incendie qu’au sein même de la profession de l’hébergement et du cloud.

1. Le bâtiment est-il adapté ?

OVH se distingue par son modèle intégré, maitrisant l’ensemble de la chaine de valeur, depuis les serveurs jusqu’aux datacenters, en passant par le système de refroidissent des serveurs. Pour aller plus vite et réduire les coûts, il a choisi, non pas de construire à partir de zéro ses datacenters, mais de s’appuyer sur des bâtiments existants. A Strasbourg (Bas-Rhin), c’est un ancien bâtiment industriel d’ArcelorMittal qui a été reconverti en datacenters. Le bâtiment est formé d’une structure métallique et de planchers en bois. Une combinaison de matériaux qui fait sursauter Didier Faverolle, ingénieur sénior chez Arcadis, un cabinet de conseil en ingénierie de construction de datacenters. " Le métal et le bois sont deux matériaux contre-indiqués car ils ont tendance à s’enflammer et exacerber le feu, estime-t-il. Les datacenters modernes sont construits plutôt en béton. "

Ce modèle a pourtant fait ses preuves pendant près de vingt ans. Et rien ne dit qu’il est en cause dans l’incendie du datacenter à Strasbourg. Cela n’empêche pas Arnaud de Bermingham, qui s’est montré compatissant au point de proposer son aide à Octave Klaba, le fondateur d’OVH, de pointer les défauts de construction de son confrère. " Il y a neuf ans déjà, je m’étonnais du modèle de construction des datacenters d’OVH, rappelle-t-il. Il n’y a pas que le problème de structure en métal et bois. Il y aussi le mode d’agencement et de protection des salles qui hébergent les serveurs. Sont-elles isolées entre elles par des cloisons anti-feu ? Les portes sont-elles conçues pour bloquer les flammes ? Chez nous, elles sont remplies de béton. Elles coûtent 23 000 euros. Ces systèmes servent à circonscrire le feu à la salle où il s’est déclaré en attendant son extinction. "

2. L’incendie a-t-il été détecté à temps ?

Tout datacenter est équipé d’un système de détection d’incendie qui déclenche une alarme dès le départ d’un feu. Ce système de sécurité a-t-il bien fonctionné chez OVH ? Quel type de détection est utilisé ? Les datacenters d’OVH font l’objet d’une supervision en temps réel 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Une alarme n’aurait pas échappé à la vigilance des superviseurs.

" Les datacenters ne relèvent pas du classement Seveso, précise Arnaud de Bermingham. Ils sont soumis à la réglementation ICPE à déclaration ou autorisation car ils utilisent des groupes électrogènes et du fioul en secours de l’alimentation électrique et des fluides frigorifiques pour le refroidissement des serveurs. La réglementation n’impose pas de dispositifs particuliers de détection et d’extinction d’incendie. Elle préconise juste des mesures de sécurité du personnel et de protection de l’environnement comme un dispositif de désenfumage, des issues de secours ou encore un accès aux pompiers. "

L’état de l’art impose toutefois l’installation d’un dispositif de détection précoce d’incendie par aspiration d’air. " Ce système aspire en permanence l’air dans la salle à travers un réseaux de tuyaux en PVC percés, explique Didier Faverolle. Il réagit en quelques secondes. Le réseau s’installe dans l’ambiance de la salle et le faux-plafond. Dans les datacenters à forte densité, ce qui est aujourd’hui le cas, il y a intérêt à l’installer aussi à l’intérieur des baies de serveurs. La configuration du réseau d’aspiration est optimisée par logiciel. Il faut compter un système de détection pour une surface de 800 m2. Avec l’augmentation de la densité, ces baies deviennent des foyers potentiels critiques de feu. La concentration calorifique y est importante. Un fil électrique dénudé (et il y en a des milliers dans un datacenter), un connecteur mal monté, un court-circuit… Tout cela peut provoquer un départ de feu. "

3. Le système d’extinction de feu a-t-il bien fonctionné ?

La détection de feu déclenche automatiquement le système d’extinction. " On dispose de seulement quelques minutes pour étouffer le feu, note Didier Faverolle. Dix minutes après, c'est trop tard." Dans ses datacenters en Amérique du Nord, OVH utilise des « Sprinklers », des systèmes au plafond qui arrosent à l’eau les baies. " C’est efficace mais provoque beaucoup de dégâts dans les serveurs, estime Arnaud de Bermingham. Ce système d’extinction est obligatoire aux Etats-Unis mais pas en Europe. "

Deux systèmes alternatifs sont utilisés en Europe. Le plus ancien consiste à projeter dans l’air un gaz inerte constitué d’un mélange d’azote et d’argon qui vient capter l’oxygène indispensable à la combustion et couper ainsi le feu. Le gaz est éjecté de bouteilles sous pression. " Cette solution est adaptée aux petites surfaces, fait remarquer Didier Faverolle. Pour les grandes surfaces, il en faut des bouteilles et de l’espace pour les stocker, ce qui peut revenir très cher. Car même si le feu se limite à un endroit, il faut traiter tout l’air dans la salle. C’est pourquoi la solution récente la plus employée est le brouillard d’eau. Il consiste à projeter dans l’air des microgouttelettes d’eau qui viennent absorber la chaleur dans l’air et éteindre le feu par étouffement. Il revient plus cher car il faut prévoir tout un réseau de tuyaux percés. Mais il offre l’avantage d’adapter le traitement par zone. " C’est ce système qui est utilisé par Scaleway et probablement par OVH en France.

La sécurité incendie des datacenters reste un sujet complexe. Les points potentiels de départ de feu se situent sur toute la chaine électrique : onduleurs, batteries, armoires électriques, groupes électrogènes, citernes de fioul, câbles, serveurs… " Tout est fait pour que les risques industriels restent maîtrisés et un incendie n’arrive jamais, assure Arnaud de Bermingham. Bien sûr, des départs de feu peuvent survenir. Nous en avons connus dans nos datacenters, le plus souvent à cause d’explosions de batterie. Mais à chaque fois, les systèmes de détection et d’extinction ont été efficaces. "

Faut-il imposer des règles strictes de sécurité dans les datacenters pour éviter qu’un incendie comme celui chez OVH se répète ? " Non, répond Arnaud de Bermingham. Il n’y a pas besoin de le faire. Il faut juste respecter les règles de l’art et les bonnes pratiques. Les assureurs proposent leur propres règles dites Apsad inspirées des bonnes pratiques. "

Certains n'hésitent pas à pointer les limites du modèle low cost d'OVH, amené souvent à faire des compromis pour réduire les coûts et rester compétitif face aux géants de l'hébergement et du cloud. Mais ces accusations restent à prouver en matière de sécurité d'incendie.

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