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"Comment peut-on laisser des spéculateurs jouer au yoyo avec une entreprise comme Faiveley ?"

Manuel Moragues

Publié le

Thierry Barel ne décolère pas. Le groupe qu'il dirige, Faiveley Transport, a dévissé de près de 30% en Bourse en seulement un mois. Au milieu de cet été noir, il a suffi de l'annonce d'un trimestre décevant pour que l'équipementier ferroviaire français qui frôle le milliard d'euros de chiffre d'affaires soit emporté par la tourmente boursière. Une chute totalement injustifiée pour un industriel aux fondamentaux solides, s'insurge son dirigeant.

Comment peut-on laisser des spéculateurs jouer au yoyo avec une entreprise comme Faiveley ? © D. R.

Que vous inspire les 30% perdus par le titre Faiveley en un mois ?
C'est totalement injuste ! L'industrie ferroviaire est durablement solide et en croissance. De plus, nos fondamentaux sont bons. Cela pose un problème d'éthique. Comment peut-on laisser des spéculateurs, voire des ordinateurs qui font du « trading » à haute fréquence, s'amuser à faire faire le yoyo à une entreprise comme Faiveley - et ses 5000 collaborateurs : une entreprise industrielle sérieuse qui fabrique des freins pour assurer la sécurité des TGV ! Pour éviter de telles aberrations, il faudrait introduire de l'inertie sur les transactions financières sur des titres comme le nôtre. Pourquoi pas sous la forme d'une taxe ?

Qu'est-ce qui a déclenché cette dégringolade ?
Nous avons annoncé le 25 juillet un chiffre d'affaires trimestriel en baisse de 16,5% par rapport au premier trimestre 2010/2011, quelques jours après la collision entre deux TGV chinois, et cela a suffit pour qu'on dégringole ! On a ensuite été emporté dans la tourmente de la crise financière. Notre modèle est équilibré. Nous sommes relativement peu présents dans la grande vitesse en Chine, et la zone Asie-Pacifique ne représente que 25% de nos ventes. En outre, nous avions prévenu dès le printemps, à la suite du limogeage du ministre chinois du Rail pour corruption, qu'il pourrait y avoir un ralentissement du programme chinois de la grande vitesse [il a été officiellement gelé le 11 août, NDLR], avec un faible impact sur nos résultats. Nous avons fait passer en juillet nos perspectives de croissance pour cette année de « moderate » à « slight » [« modéré » à « léger », NDLR]. Un simple changement de mot et c'est la chute ! Cette situation ne représente pas la réalité de l'entreprise. C'est absurde, c'est la preuve qu'on ne regarde pas la réalité de l'entreprise. A moyen terme, en fait, entre le changement de l'équipe ministérielle du rail chinois et l'accent qui va être mis sur la qualité et sur les transports régional et urbain, les cartes vont être rebattues dans le ferroviaire en Chine. C'est une vraie opportunité pour Faiveley.

Aura-t-elle un impact sur le groupe ?
Nous avons la chance d'avoir un actionnaire principal très stable [la famille Faiveley, NDLR], qui est là sur le long terme et avec lequel la direction est totalement en phase. Ce sont de vrais investisseurs industriels qui voient au-delà des crises.

Comment anticipez-vous les mois à venir ?
Nous ne sommes pas inquiets. Le carnet de commandes continue de croître, à 1,5 milliard d'euros aujourd'hui, ce qui représente environ 19 mois de chiffre d'affaires. L'activité est là. En Europe, il y a de gros projets en cours ou qui se concrétisent, comme au Royaume-Uni. Les appels d'offres pour les sous-traitants vont bientôt tomber pour la commande record de la Deutsche Bahn [6 milliards d'euros auprès de Siemens et Bombardier pour 300 trains express Icx, NDLR]. En Russie, il n'y a pas de crise. Nous sommes passés de 0 à 50 millions d'euros de prises de commandes dans le pays l'an dernier. Ce n'est qu'un début. Le Brésil, avec la perspective des JO de 2016, porte notre activité sur le continent américain. En Inde, des méga-projets mûrissent. En Chine, plus de 30 grandes villes étudient des projets de métro. Aux Etats-Unis, les 20 milliards de dollars votés en 2009 pour le transport boostent le fret ferroviaire, qui est en reprise après avoir chuté en 2008.

Comment ressentez-vous la crise de la dette en Europe ?
Notre plus gros choc a été l'Espagne, où l'activité s'est sensiblement ralentie. Par ailleurs, on suit de très près les paiements de nos clients, notamment publics. On ne constate pas d'augmentation des défauts de paiement, mais il y a plus de retards de paiement, principalement en Europe du Sud. On a une gestion très proche de notre trésorerie afin de soutenir nos clients en maîtrisant notre exposition. On ne les laisse pas en difficulté quand ils ont besoin de pièces de rechange… D'un autre côté, les pays les plus endettés pourraient accélérer les privatisations. Dans le rail, cela signifie pour nous des opportunités : plus de clients et plus de services à proposer à de nouveaux entrants dans le secteur.

Propos recueillis par Manuel Morages


Thierry Barel, président du directoire et directeur général de Faiveley Transport depuis avril 2011

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1 commentaire

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24/08/2011 - 17h21 -

On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. En effet, certaines entreprises trouvent pratique d'aller chercher du financement sur les marchés, par le biais de la bourse. Mais les entreprises qui ont cette pratique ne peuvent ignorer les tendances des "investisseurs" à la gestion à très court terme, et la généralisation de leurs réactions épidermiques. Ainsi, on ne peut pas qualifier de "spéculateurs" les gens qui oeuvrent sur les marchés : leur métier de base n'est pas l'investissement au sens strict du terme qui suppose le long terme et la stabilité. Le métier de l'investisseur a changé : tirer des profits rapides ! Investisseur est devenu le synonyme de spéculateur. Il est surprenant que des grandes entreprises ne s'en émeuvent que lorsqu'elles en font les frais... D'autres l'ont compris, et elles rachètent leurs propres actions, histoire de limiter l'influence des marchés.
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