Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Aéro

Comment Naval Group a déminé le contrat du siècle avec l’Australie dans les sous-marins

Hassan Meddah , ,

Publié le

Transfert de technologies, ciblage des sous-traitants australiens, dérive des coûts, risque politique… l’industriel a bétonné son contrat qui va le lier pour 50 ans à la marine australienne.

Comment Naval Group a déminé le contrat du siècle avec l’Australie dans les sous-marins
Les 12 sous-marins commandés par la marine australienne seront construits dans le futur chantier naval d'Adélaïde. Toute la conception sera réalisée à Cherbourg par le bureau d'études de Naval Group.
© Naval Group

Le contrat du siècle entre Naval Group et l’Australie pour la livraison de 12 sous-marins de dernière génération a franchi une étape cruciale. Ce 11 février 2019  à Adélaïde en Australie, Hervé Guillou PDG de Naval Group et le ministre australien de la Défense ont  paraphé le strategic Partnering Agreement (SPA). Ce document majeur qui définit les règles du jeu que les deux parties s’engagent à respecter en matière de transfert de propriété intellectuelle, de capacités industrielles à développer, de calendrier …sur les 50 prochaines années.

Il aura fallu près de trois ans pour s’accorder après la sélection de Naval Group en avril 2016 face à ses concurrents japonais et allemands. Il faut dire que l’enjeu est colossal : l’Australie signe le plus important contrat de son histoire tous domaines confondus d’une valeur de 50 milliards de dollars canadiens (soit 33 milliards d’euros), de quoi aussi dépasser tous les contrats militaires jamais signés en Europe... Il faut dire qu’elle en attend un double objectif : acquérir la supériorité militaire dans sa zone océanique par rapport aux autres flottes voisines et développer sa souveraineté sous-marine grâce aux transferts technologiques.

La signature du partenariat a été l’occasion de préciser des éléments clés du contrat. La construction du premier exemplaire démarrera en 2023 pour une livraison au tout début des années 2030. Les exemplaires suivants seront livrés ensuite tous les deux ans. En amont, Naval Group aura bénéficié d’un contrat pour arrêter le design des sous-marins d’une valeur de 1,5 milliard d’euros sur 4 ans jusqu’en 2023.

La signature d’un contrat aussi ambitieux nécessite toutefois une grande prudence. Les méga programmes de défense ont vite fait de dérailler. Transfert de technologies, identification des sous-traitants, maîtrise des coûts, alternance politique…Les négociateurs de Naval Group n’ont rien laissé au hasard.

1 - Maîtriser le transfert de technologies.

C’était le point le plus délicat du contrat. En signant le plus gros chèque de son histoire, l’Australie exige en effet une montée en puissance de sa souveraineté sous-marine. Pas question d’acheter ses sous-marins sur étagère. En clair, elle exige de savoir construire et entretenir elle-même sa flotte. Mais la France refuse de révéler ses secrets les plus sensibles résultant de dizaines d’années d’investissements dans sa dissuasion nucléaire sous-marine. "Nous ne sommes pas en train de brader les connaissances les plus pointues et les plus sensibles de la dissuasion française", souligne Jean-Michel Billig, directeur du programme en Australie pour Naval Group. Une ligne de partage a été clairement définie pour convenir aux deux parties.  Toute la conception est réalisée en France à Cherbourg, tous les sous-marins seront construits à Adelaïde.

Par ailleurs, l’américain Lockheed Martin en charge de la fourniture du système de combat des sous-marins, n’aura pas accès aux données de Naval Group. "Nous ne voyons pas ce qu’ils font, ils ne voient pas ce que nous faisons" souligne l’industriel français. Une étanchéité a été mise en place et les deux industriels qui doivent s’assurer que leurs systèmes s’interfacent correctement.

Aujourd’hui 350 ingénieurs de Naval Group sont mobilisés à Cherbourg sur le design des sous-marins, et le double d’ici les 5 ans qui viennent.

2 - Cartographier la supply chain australienne

L’obligation de souveraineté impose de travailler avec un maximum de sous-traitants locaux. "Nous avons un engagement de maximiser le contenu australien partout où c’est possible sans compromettre la performance ou la sécurité du bateau. Pour chaque sélection, nous expliquons au client notre choix et le cas échéant pourquoi nous ne sélectionnons pas Australien", explique Jean-Michel Billig.

Pour tenir son engagement, Naval Group s’est engagé dans un immense travail de d’identification du tissu local industriel. "Nous avons cartographié l’ensemble de la base industrielle et technologique australienne. Nous voulons absolument être un programme australien, réalisé par des Australiens, en Australie", ajoute le responsable.

Et quand un sous-traitant étranger est retenu car c’est le plus pertinent dans son domaine -comme le fournisseur allemand de générateurs diesel-, ce dernier est obligé d’assurer le soutien de ses équipements localement.

Pour ne rien laisser au hasard, Naval Group s’investit également dans la construction du chantier naval en tant qu’assistant à la maîtrise d’ouvrage. Son  but : s’assurer que la réalisation est conforme à l’état de l’art des installations industrielles les plus modernes. Au moins, il n’aura pas d’historique à gérer. "Nous partons d’un terrain vague", indique l’industriel.

3 - établir des clauses contractuelles non punitives grâce à la transparence des coûts

Comment se protéger des dérives de coûts inéluctables sur un contrat d’une durée d’engagement de 50 ans ? Les deux parties ont joué la carte du véritable partenariat plutôt que celle d’une relation client- fournisseur régie par un système de pénalités.

A travers du Strategic Partnership Agrement, Naval Group se targue d’avoir obtenu un accord exigeant mais très équilibré.
Pour gagner la confiance de son client, Naval Group mise sur la transparence des coûts. "Si on justifie d’un surcoût, il est pris en charge. Si on démontre qu’on est confronté à une difficulté réelle et justifiée, elle est prise en charge" explique Jean-Michel Billig.
Les deux parties se positionnent dans le cadre d’un contrat de partenariat et pas d’un contrat à un prix fixe.

4 - Gérer le risque politique

L’Australie organise des élections législatives en mai prochain. Et si l’opposition l’emportait?  Naval Group refuse de croire que cela remettrait en cause le contrat du siècle. Avec de bonnes raisons. Ses équipes se sont déjà rapprochés du shadow governement australien, soit le gouvernement bis de l’opposition très au fait du contrat de renouvellement 12 sous-marins. Son "shadow" ministre de la défense se serait déjà prononcé en faveur de la poursuite du contrat.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Nous suivre

 
 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle