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Comment Mozilla fait travailler ses bénévoles

Christophe Bys ,

Publié le

Pour développer son navigateur internet ou son nouvel OS mobile, Mozilla fait coopérer salariés et bénévoles. Jusqu’ici, la recette est efficace.

Comment Mozilla fait travailler ses bénévoles
Lors de la présentation de Firefox OS, le 19 septembre, à Paris. Ce système d’exploitation open source pour mobiles a été développé grâce à la communauté Mozilla.

Si Yves Montand chantait encore, il pourrait aller coder chez Mozilla en flânant sur les grands boulevards. C’est là, au cœur de Paris, que la fondation, qui développe un navigateur alternatif et vient de commercialiser un système d’exploitation pour smartphones, a installé son antenne européenne. Sous les dorures d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle, où vécut Rossini, travaille une centaine de développeurs salariés. Mais Mozilla s’appuie aussi sur le savoir-faire des centaines de milliers de bénévoles.

1 Avoir un projet fédérateur

Salariés ou bénévoles ? La question semble ne pas avoir beaucoup de sens pour les membres de la communauté Mozilla. La raison en est simple : ils partagent les mêmes valeurs et adhèrent au projet développé au début des années 2000 par les huit pionniers du projet. Chez Mozilla, avant de faire du business, on milite pour une cause : celle d’un web ouvert et affranchi des grandes entreprises multinationales. « Microsoft avait lancé Internet Explorer qui était installé sur tous les PC. Ce n’était pas ça le web que nous voulions », se souvient Tristan Nitot, le fondateur et président de Mozilla Europe, désormais « principal evangelist » de Mozilla. Cet état d’esprit est au cœur de l’engagement de Pascal Chevrel, qui gère aujourd’hui les sites web multilingues et les communautés de bénévoles travaillant à la traduction des différents sites. « Quand j’ai rejoint Mozilla, l’idée qu’il existe un monopole sur le web ne me plaisait pas, confie-t-il. J’étais un bénévole militant, qui est devenu un salarié militant. » Les membres sont fiers d’expliquer que grâce à ce militantisme, ils peuvent réaliser une version en langue bretonne des logiciels, ce qui ne serait sans doute pas rentable en suivant une logique strictement financière. Difficile de collaborer à Mozilla si l’on n’est pas animé par l’envie de changer le monde…

2 Disposer d’un produit et d’une organisation adaptée

Il ne suffit pas d’avoir un projet, encore faut-il que le produit élaboré et l’organisation mise en place permettent une bonne collaboration. Quintessence de la dématérialisation, le logiciel autorise un mode de production décentralisé. L’ouverture du code renforce cette possibilité. Salariés comme bénévoles peuvent de fait apporter leur pierre à l’édifice. Le projet est structuré autour du principe d’ouverture, avec en son centre Bugzilla, un logiciel libre de système de suivi des erreurs. Tout un chacun peut faire un rapport d’erreur ou de bug, signaler une amélioration possible du code informatique. Le responsable du module du logiciel (un « gourou » en langage Mozilla) va alors vérifier la proposition. S’ensuivent tests et vérifications avant d’intégrer la modification, au terme d’un processus où bénévoles et salariés interagissent, sans que ces statuts ne présupposent un lien hiérarchique. À en croire Tristan Nitot, c’est la compétence technique qui est la principale source de légitimité ; ce qui ne manque pas d’attirer certains bénévoles, fiers de pouvoir dire « qu’ils ont corrigé le code de gens brillantissimes, connus dans le milieu ». Un système qui marche dans les deux sens. En effet, les plus expérimentés, qui lisent les rapports d’erreurs, identifient aussi les « good first bugs », ces bugs faciles, idéaux pour qu’un nouveau se fasse les dents et comprennent le mode de fonctionnement de Mozilla. Un moyen aussi de vérifier qu’il a le niveau adéquat…

3 Jouer la porosité entre bénévoles et salariés

Les relations entre bénévoles et salariés sont facilitées chez Mozilla par le fait que nombre de permanents ont été d’abord des bénévoles et se souviennent de leur engagement d’alors. Les uns et les autres sont conscients de leur interdépendance. Les salariés savent très bien que les bénévoles assument des fonctions qui sont loin d’être subalternes, puisque la localisation (la traduction en langage maison), le support, l’assistance et le contrôle qualité sont réalisés par eux. Le bénévolat n’est pas synonyme de dilettantisme. Quand Alexandre Lissy commence à contribuer à Mozilla, il est encore collégien. Il a continué durant ses études d’ingénieur, puis sa thèse en informatique. Étonnamment, il a longtemps travaillé à la traduction des logiciels plutôt que sur le cœur technique. « J’avais peur de ne pas pouvoir m’arrêter si je mettais le bras dedans », explique celui qui travaille actuellement sur Firefox OS, le système d’exploitation libre pour téléphones portables. Comme Pascal Chevrel, pour qui « c’était un loisir, pas une carrière », il explique qu’il n’avait jamais pensé devenir salarié avant que la proposition ne lui soit faite.

Mozilla applique le principe de la méritocratie, récompensant ceux qui produisent les meilleures contributions et qui sont les plus impliqués en transformant leur hobby en travail rémunéré. Mais y décrocher un emploi n’est que la cerise sur le gâteau. L’organisation particulière de la fondation rappelle aux salariés qu’une partie du travail est réalisée par des bénévoles. « Notre rôle, souligne Tristan Nitot, est d’éviter de leur mettre trop de pression, trop de stress, de les prévenir en amont de la charge que représente la mission qu’on leur confie. » Il confesse d’ailleurs que, comme bénévole, il a passé jusqu’à 70 heures par semaine pour le projet quand il était sans emploi.

4 Créer des événements réguliers

Si le nouveau siège de Mozilla comporte une vaste salle de réunion pouvant accueillir au moins une centaine de personnes assises, ce n’est pas un luxe inutile, même au prix du mètre carré au cœur de Paris ! Car les rencontres sont nécessaires pour tisser des liens. Ainsi, tous les mois, une soirée est organisée, lors de laquelle sont conviés les nouveaux bénévoles qui le souhaitent. L’occasion de leur présenter le projet au-delà de leur mission immédiate. Et d’aller au-delà de la technique. Pascal Chevrel confie que, à force de travailler bénévolement, il s’était « créé un véritable cercle d’amis au sein de la communauté ». Selon lui, le développement de l’organisation est tel que « ces réunions sont indispensables pour pouvoir se parler, car on ne se connaît par forcément ». Mozilla compte aujourd’hui plus de 1 000 salariés dans le monde et le nombre de ses contributeurs bénévoles dépasse le million. C’est au cours de l’un de ces Mozcamps (réunions techniques) qu’Alexandre Lissy s’est vu proposer de rejoindre l’équipe comme salarié. Preuve que le désintéressement peut parfois payer ! ??

Des bénévoles oui, des pommes non !


Attention aux dérives du bénévolat. Sur internet, la grogne monte contre les abus liés aux hackathons et autres formes de travail collaboratif. Cet été, la secrétaire d’État au numérique Axelle Lemaire a déclenché la colère des designers en encourageant la plate-forme de crowdsourcing Creads. Pour ses détracteurs, cette plate-forme au nom branché favorise le travail non rémunéré et gagne de l’argent sur le dos des créateurs.

Les hackathons, concours d’innovation événementiels organisés par de grandes entreprises, ont été critiqués pour les mêmes raisons. Là encore, c’est l’appropriation par une organisation à but lucratif du travail de bénévoles qui est dénoncée.

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