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Comment Microsoft s’est hissé au sommet du cloud mondial en 2017

Ridha Loukil , ,

Publié le

Au coude-à-coude avec Amazon dans le cloud en 2016, Microsoft se détache et devient le numéro un mondial de l’informatique à la demande en 2017. Un résultat dû principalement au poids de sa solution bureautique Office mais qui témoigne de l’ampleur de la mue de l’entreprise. Décryptage des clés de cette transformation.

Comment Microsoft s’est hissé au sommet du cloud mondial en 2017
Satya Nadella, directeur général de Microsoft, sur le point de réussir son pari dans le cloud
© Flickr CC - Heisenberg Media

Satya Nadella, le directeur général de Microsoft, est en passe de réussir son pari de basculer son entreprise dans le cloud. Le géant mondial des logiciels, connu pour ses systèmes d'exploitation Windows, sa suite de communication Office ou encore sa solution de gestion Dynamics, devient le numéro un mondial du marché en 2017 avec un chiffre d’affaires de 18,6 milliards de dollars, contre 17,4 milliards de dollars pour le numéro deux Amazon Web Services, selon les chiffres publiés par les deux sociétés. De quoi le mettre sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de Satya Nadella de franchir la barre de 20 milliards de dollars en 2018. En  2016, les deux prétendants à la couronne étaient au coude-à-coude avec chacun un chiffre d’affaires de 12,2 milliards de dollars.

Stratégie volontariste de transformation

"Ce résultat est impressionnant, confie à L’Usine Nouvelle Olivier Rafal, analyste et consultant au cabinet français Pierre Audoin Consultants (PAC). D’autant que Microsoft vient de loin. Il témoigne de l’ampleur de la mue de l’entreprise. Il découle d’une stratégie volontariste de transformation qui a commencé sous le règne de Steve Ballmer puis qui a été amplifié par Satya Nadella avec l’ouverture à d’autres technologies que Windows et à des solutions tierces."

Comme IBM, Google ou Oracle, Microsoft est présent sur les deux grands segments du cloud : celui du logiciel à la demande (SaaS pour Software as a service) à travers sa solution bureautique Office 365 et sa solution de gestion Dynamics 365, et celui de l’infrastructure à la demande (IaaS pour Infrastructure as a service et PaaS pour Platform as a service) à travers sa plate-forme Azure. Le géant de Redmond ne publie pas le détail des chiffres dans cette activité. Selon les données communiquées à L’Usine Nouvelle par le cabinet Canalys, le segment d’infrastructure pèserait 7,4 milliards de dollars en 2017, ce qui laisserait 10,8 milliards de dollars au segment du SaaS. "Office 365 en représente clairement la plus grosse partie, estime Olivier Rafal. Elle constitue le principal moteur de la montée de Microsoft dans le cloud".

Office, carte maitresse

Avec Office, Microsoft dispose d’une carte maîtresse que d’autres éditeurs de logiciels ne possèdent pas. "Elle équipe presque toutes les entreprises dans le monde, avec 1,2 milliard d’utilisateurs selon Microsoft, explique Olivier Rafal. C’est une base installée colossale. Et dans cette application, Microsoft jouie d'une position de quasi-monopole. C’est facile de migrer les clients vers Office 365. D’autant qu’ils y trouvent un intérêt avec l’accès à des fonctions de collaboration ou de partage de fichiers qu’ils n’ont pas avec la version classique."

L’histoire s’avère plus mitigée pour Dynamics. "Dans les progiciels de gestion, Microsoft se confronte à des concurrents puissants : SAP, Oracle et même Sage, note Olivier Rafal. Même pour eux, c’est compliqué de migrer vers le SaaS. Mais Microsoft a eu l’habilité de décomposer Dynamics 365 pour que les clients puissent choisir juste les modules qui les intéressent. Une démarche qui a facilité le succès du module de gestion de la relation clients."

Plus gros challenger d'Amazon dans le cloud d'infrastructure

Dans le segment de l’infrastructure, Microsoft a surpris tout le monde en devenant en trois ans le plus gros challenger d’Amazon Web Services avec 13,4% du marché en 2017 selon Canalys, contre 31,4% pour le bras armé d’Amazon dans le cloud, mais loin devant le numéro trois Google crédité de 6,4%. "Je suis impressionné par ce résultat, confie à L’Usine Nouvelle Laurent Seror, patron d’Outscale, filiale cloud d’infrastructure de Dassault Systemes. Je n’aurais jamais cru qu’il en arriverait là. Je pensais qu’il finirait par abandonner ce segment pour se replier sur celui de son cœur de métier : le logiciel."

Pour propulser Microsoft dans le cloud, Satya Nadella, aux commandes depuis 2014, a impulsé un changement profond de culture et de démarche commerciale avec comme maître mot Cloud First . "Avant, les commerciaux se contentaient de vendre leurs produits chacun dans son petit coin, rappelle Olivier Rafal. L’organisation a été revue pour qu’ils proposent des solutions combinant non seulement différents produits internes mais aussi des composantes tierces. Et dans ces solutions, la priorité est clairement donnée au cloud."

Chute des marges

Cette transformation ne s’est pas faite sans douleur. La cannibalisation des activités traditionnelles par le cloud bat son plein. Sur le dernier exercice fiscal clos en juin 2017, les ventes de logiciels sous forme de licences classiques ont plongé de 10%, alors que celles dans le SaaS ont bondi de 37%, selon PAC. L’impact du cloud se ressent aussi dans la marge d’exploitation qui est tombée de 38% lors de l’exercice fiscal 2012 à 28% lors de l’exercice 2015 avant de remonter maintenant à un peu plus de 30%. Une détérioration typique de l'évolution vers le cloud.

Microsoft n’est pas au bout de sa peine. Selon Olivier Rafal, les ventes de logiciels en licence dépassent toujours celles des services SaaS. Mais le passage au cloud s’accélère. "Ceci se voit particulièrement en 2017, constate-t-il. La bascule pourrait intervenir lors de l’exercice fiscal 2018."

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