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L'Usine Santé

Absentéisme en hausse, à qui la faute?

Cécile Maillard , ,

Publié le

Le gouvernement demande aux partenaires sociaux de trouver une solution pour faire baisser le coût des arrêts maladie. Une mission vient d’être confiée au DRH de Safran et à un conseiller de la Cour des comptes pour identifier les causes de la hausse de l’absentéisme, confirmée par une étude.

Absentéisme en hausse, à qui la faute?
Les indemnités journalières de maladie coûtent chaque année environ 10 milliards d'euros.

Devant le tollé patronal, le gouvernement a renoncé à demander aux employeurs de prendre en charge le coût des arrêts maladie de courte durée. Il avait envisagé, un temps, de leur faire payer, à la place de la Sécurité sociale, les quatre jours d’arrêt suivant les trois premiers jours de carence. Finalement, il n’y aura pas de "transfert brutal", a déclaré le premier ministre Edouard Philippe au Journal du dimanche. Ce qui ne veut pas dire pas de transfert du tout…

Le gouvernement demande aux syndicats et au patronat, gestionnaires de l’Assurance maladie, de trouver une solution pour stopper la hausse régulière du coût des indemnités journalières, de 4% environ par an depuis 2014. L’étude annuelle du cabinet de conseil Ayming (en partenariat avec AG2R La Mondiale) sur l’absentéisme dans les entreprises privées, publiée le 6 septembre, confirme cette augmentation : la durée moyenne des absences au travail passe de 16,8 jours en 2016 à 17,2 en 2017. Les causes de cette hausse sont multiples et mal mesurées. Trois principaux facteurs sont identifiés.

 

1/ Les seniors, plus nombreux, font grimper les arrêts

La hausse du nombre d’arrêts maladie de 2017 par rapport à 2018 s’explique de façon assez claire par une augmentation des arrêts maladie des seniors. La réforme de retraites a reculé l’âge de départ, et les seniors sont plus souvent malades que les jeunes. Pour être plus précis, les seniors ont des arrêts maladie de plus longue durée que les jeunes salariés, montre l’enquête Ayming, basée sur un large échantillon de 46 540 entreprises (représentant 1,8 million de salariés). D’une part ils souffrent de maladies liées à l’âge ou de maladies chroniques dont les conséquences s’amplifient avec l’âge, d’autre part ils pâtissent plus que les jeunes de l’accumulation de conditions de travail pénibles. Selon l’enquête, les moins de 30 ans sont plus souvent en arrêt maladie que les plus de 55 ans, mais pour des durées beaucoup plus courtes.

Autre explication de la hausse de 2017 : la baisse du chômage. Plus de travailleurs, c’est plus de malades potentiels… Les statistiques annuelles de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) montrent aussi que le taux d’absentéisme de janvier et février dépend souvent de la virulence annuelle de la grippe…

La seule solution à ce facteur de hausse des arrêts maladie, alors que les carrières vont continuer à s’allonger, consiste à améliorer les conditions de travail des seniors et à aménager les fins de carrière. En prenant enfin au sérieux les plans seniors.

 

2/ Des employeurs irresponsables ou des salariés qui abusent ?

Cet été, la ministre de la Santé expliquait son projet de faire payer les employeurs par sa volonté de les responsabiliser : menacés de coûts supplémentaires, ils feraient tout leur possible pour que leurs salariés ne tombent pas malades. "Les arrêts maladie de courte durée augmentent fortement sans lien apparent avec l’état de santé de la population, a déclaré cet été Agnès Buzyn au Journal du dimanche. Si les raisons sont liées à une hausse de la pénibilité psychologique, les entreprises ont un rôle à jouer." Les employeurs sont-ils responsables de la hausse des arrêts maladie ? Ou les salariés ?

En 2016, 22% du coût des indemnités journalières étaient imputables aux accidents du travail/maladies professionnelles, 22% aux congés maternité, 56% aux arrêts maladie. Aucune étude ne permet de savoir si les arrêts de cette dernière catégorie ont des causes professionnelles ou personnelles, voire les deux. Les employeurs sont persuadés que les médecins arrêtent trop facilement ou trop longtemps les salariés et réclament plus de contrôles. Selon le Figaro, les organismes qui les effectuent ne relèvent que très peu d’arrêts abusifs, de l’ordre de 3%. Les syndicats, eux, montrent du doigt la montée du stress au travail, et regrettent que les burn out ne soient pas comptabilisés dans les arrêts d’origine professionnelle.

Faute de pouvoir trancher sur les causes, difficile de cibler le coupable… Le 5 septembre, le premier ministre a confié à Jean-Luc Bérard, DRH du groupe Safran, et à un conseiller de la Cour des comptes une mission de quatre mois. D’une part pour dresser un diagnostic précis, d’autre part pour faire des propositions adaptées au constat. Même les entreprises ont du mal à identifier les causes de l’absentéisme. "On reste avec des méthodes d’analyse primaires, sommaires, qui ne permettent pas d’identifier les vraies variables, regrette François Geuze, consultant RH, intervenant en entreprise. En creusant, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de différence entre hommes et femmes, mais en fonction du métier et de l’âge. Ou que plus une équipe est grande, plus il y a d’arrêts. Il ne faudrait pas dépasser dix personnes par équipe… "

La solution la plus efficace passe par la mise mettre en place de mesures de prévention. Le gouvernement vient de débloquer 85 millions d’euros pour le Fonds national de prévention, ce dont se sont réjouis les partenaires sociaux. François Geuze espère que "le big data permettra aux entreprises de mieux connaître leurs propres variables de l’absentéisme". Les employeurs sont de plus en plus nombreux à proposer des vaccins ou du sport à leurs salariés… Un management attentif au bien-être limitera évidemment les arrêts pour stress.

 

3/ les arrêts courts ne sont pas les plus coûteux, mieux vaut cibler ceux de longue durée

Difficile de comprendre pourquoi la ministre de la Santé, cet été, a voulu cibler les arrêts de courte durée, qui ne sont pas les plus coûteux pour la Sécurité sociale. Ils sont certes nombreux, en hausse (+1,5% entre 2015 et 2016 selon la Caisse nationale d’assurance maladie), mais représentent peu de jours indemnisés. Et ces jours ne sont pas "chers", puisqu’ils concernent surtout les jeunes, au salaire plus bas. En 2016, selon la CNAM, les arrêts de moins de huit jours indemnisés représentaient la moitié des arrêts de travail (46%), mais ne pesaient que 3% du coût total. Ce sont les arrêts de longue durée qui font le plus mal aux comptes de la Sécu. Et le nombre d’arrêts de six mois à un an est en augmentation constante.

Pour François Geuze, en ciblant les arrêts de courte durée, Agnès Buzyn a cédé au lobbying des mutuelles et assurances : "les entreprises se seraient forcément assurées contre le risque de payer quatre jours d’arrêts maladie en plus… " Aujourd’hui, 64% des salariés (selon des travaux parlementaires) ne perdent pas leurs trois jours de carence car leur employeur ou une mutuelle les prend en charge.

Pour limiter les arrêts courts, qui désorganisent le plus les entreprises, les organisations patronales évoquent parfois l’instauration d’un 4e jour de carence ou la suppression de la prise en charge des jours de carence par l’employeur ou les mutuelles. Les syndicats ne veulent pas en entendre parler. Les partenaires sociaux, qui attaquent en septembre une négociation sur la santé au travail, trouveront peut-être des idées neuves.

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1 commentaire

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08/09/2018 - 09h06 -

La vraie question c'est "pourquoi travailler?" Quand le travail ne permet plus de vivre mieux que ceux qui ne font rien et que les gouvernements, départements et municipalités font tout pour prendre aux seuls travailleurs et retraités les besoins de leur politique ? Véhicule, contrôle technique, carburant, assurance, entretient, stationnement, radar,autoroute,Quant on fait la liste des obligations nécessaires au travail et qu'on les compare avec le salaire, on comprend que pour ceux qui forment l'armé des petites mains,il n'y ait plus grand intérêt à travailler !
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