Comment les Mistral russes sont devenus égyptiens

Moins de sept semaines après la résiliation de la vente des deux navires à la Russie, la France a trouvé un autre repreneur au profil idéal : la marine égyptienne.

Au global, ces transactions n'entraineraient pas de pertes financières pour l'Etat.

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BPC Mistral - Crédits : D.R. - Marine nationale

François Hollande et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi sont dans un bateau... C'est ainsi qu'ont démarré les négociations pour la vente des deux Mistral à l’Égypte. C'était le 6 août dernier, le président français et son ministre de la défense Jean-Yves Le Drian étaient alors invités d'honneur aux festivités de l'inauguration du Canal de Suez. Une manière aussi pour les dirigeants des deux pays de se féliciter mutuellement de la vente de 24 Rafale et d'une frégate multimission intervenue en février dernier.

Le dirigeant hôte en profite alors pour exprimer un vif intérêt pour les deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) Mistral que la France a sur les bras depuis son refus de les vendre aux Russes.
La demande tombe à pic: la veille, Russes et Français venaient de trouver un accord pour mettre un terme à leur transaction redonnant à la France toute latitude pour revendre les deux navires.

Une fois l'impulsion donnée au plus haut niveau, les négociations d'ordre technique et de prix se sont déroulées en un temps record. Ce mercredi 23 septembre, les deux présidents ont ainsi officialisé l'accord de vente qui devrait être signé dans les prochains jours: l’Égypte prendra possession de ces deux navires en mars prochain pour un montant de l'ordre de 950 millions d'euros.

4 millions d'euros par mois de frais d'immobilisation

Il n'aura fallu que sept semaines pour boucler un tel accord. Il faut dire que l’Égypte avait le profil de l'acheteur idéal et toutes les conditions étaient réunies pour aller vite, et même très vite.

Les deux parties ont des intérêts convergents et étaient très pressées d'aboutir.

D'un côté les Égyptiens. Ils rêvent de disposer au plus vite d'une flotte de premier niveau en mer Méditerranée et en Mer Rouge. Pour cela, ils achètent à la France et plus précisément à DCNS des corvettes, des frégates multimissions et désormais les BPC.

Au total, en 2020, le Caire comptera 7 navires français de premier rang dans sa flotte.

De l'autre côté, la France. Elle veut revendre rapidement les deux Mistral pour récupérer une partie des 950 millions d'euros déboursés pour résilier le contrat avec les Russes.

Par ailleurs, chaque mois qui passe coûte à l’Etat environ 4 millions d'euros notamment en frais de gardiennage et de maintenance des deux navires immobilisés à Saint-Nazaire.

Les négociateurs français et égyptiens ont aussi appris à se connaître. L'interlocuteur égyptien chargé du round final des négociations n'est autre que le général Al Assar qui avait négocié en février dernier l'achat des 24 Rafale et de la frégate.

Les process sont bien rodés. Dès la fin août, DCNS accompagné par d'autres partenaires industriels tricolores et également des représentants de la DGA (Délégation générale de l'armement) se rendent au Caire et à Alexandrie pour présenter en profondeur les capacités des deux navires. Centre de commandement, bâtiment de projection, porte hélicoptères, navire-hôpital, le BPC est tout ça à la fois. A son tour, le n°2 de la marine égyptienne débarque le 8 septembre à Saint-Nazaire pour juger sur pièce ses futurs bateaux.

Des hélicoptères russes commandés par l'Egypte

D'autres éléments vont encore accélérer la négociation. Le premier est technique: la forte compatibilité entre les équipements militaires russes et égyptiens. Les Égyptiens sont en effet de bons clients des industriels d'armement russes. Récupérer un navire répondant à leurs standards leur convient donc parfaitement. Les modifications à apporter seront donc minimes.

Le Caire est même en train d'acquérir des hélicoptères russes, les Kamov 52...les mêmes que la marine russe comptait installer sur les BPC français ! Par ailleurs, leurs installations électriques en environnement militaire répondent aux mêmes standards. Soit une économie non négligeable.

La remise de l'installation électrique des navires aux normes françaises aurait coûté de l'ordre d'une centaine de millions d'euros.Le deuxième élément est financier. L’Égypte n'a pas demandé de facilités de paiement à la France. Bénéficiant de financements de ses richissimes voisins du Golfe (Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Koweït...) le Caire devrait payer cash au moment de la livraison en mars prochain.

Grâce à cette vente éclair, la France s'est sorti du piège des BPC. Si elle s'était prolongée, la coûteuse immobilisation à quai des navires, sans repreneur, aurait sans nul doute suscité les critiques quant au choix assumé et revendiqué du président de la République de casser le contrat de vente avec la Russie. Au contraire, François Hollande s'est réjoui que sa décision ne coûtera rien à l’État. Pour la France, une opération finalement presque blanche.

Hassan Meddah

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