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L'Usine Maroc

Comment le Maroc passe au vert (7/10) : les idées des chercheurs pour mettre fin à la pollution de la mine abandonnée de Kettara

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Publié le

Energies renouvelables, cleantechs, recyclage de l’eau ou des déchets… le Maroc s’éveille aux enjeux environnementaux. A l’approche de la COP22, la grande conférence sur le climat qui débute le 7 novembre à Marrakech L’Usine Nouvelle explore les nouvelles facettes et initiatives de ce nouveau Maroc "vert". Aujourd’hui, L'Usine Nouvelle revient sur l'initiative de deux chercheurs marocains qui ont développé un projet de réhabilitation de la mine abandonnée de Kettara, près de Marrakech, ville hôte de la COP22 en novembre. Fermée depuis 35 ans, la mine a contaminé l’eau, les sols et l’air avoisinants.

Comment le Maroc passe au vert (7/10) : les idées des chercheurs pour mettre fin à la pollution de la mine abandonnée de Kettara
Résidus de mine à Kettara près de Marrakech
© UCA UQAT

Ce n’est ni de l’or, ni du cuivre que la mine de Kettara exploitait il y a 35 ans, pourtant, c’est une belle couleur cuivrée, presque dorée qui saute aux yeux quand on approche de cette petite ville de 2 000 habitants cernée d’une multitude de terrils, à une trentaine de kilomètres au nord de Marrakech. Un signe d’oxydation et d’extrême pollution, en réalité.

Jusqu’en 1981, la Compagnie minière et métallurgique de Kettara, société publique d’exploitation de la mine de pyrrhotite exploitait le souffre contenu par la roche pour le compte de l’Office chérifien des Phosphates (OCP)  qui le transformait en acide sulfurique.

Pendant 23 ans, la mine a déversé directement sur le sol, sans aucune précaution, trois millions de tonnes de terre et de roche contenant de 1,62% à 14,5% de souffre. En 1981, l’OCP stoppa ses achats.

"Parce que ce procédé était mal maîtrisé et très polluant, l’OCP a préféré importer directement de l’acide sulfurique", explique Mostafa Bouzaazoua (photo), enseignant chercheur à l’Institut de recherche en mines et en environnement à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. La société minière a fait faillite. La mine a fermé. Et 28 hectares de rejets miniers toxiques ont été abandonnés à la pluie, au soleil et au vent.

"Les sulfures au contact de l’eau et de l’air s’oxydent, c’est ce que l’on appelle le drainage minier acide (DMA). Cette acidité atteint et rend toxique toutes les eaux environnantes ; la nappe et les cours d’eau. Elle aide également à dissoudre les métaux lourds nocifs", explique Mostafa Benzaazoua. Aujourd’hui, les terrils couvrent plus de 28 hectares. Les vents soulèvent des poussières et des émanations gazeuses soufrées. Les sols de Ketara sont totalement contaminés par le cuivre, le plomb, le zinc, l’arsenic, et le fer.

Dans le cadre de la chaire de recherche "Gestion et stabilisation des rejets industriels et miniers" financée par le Centre de recherche pour le développement international (CRDI, Canada), Mostafa Benzaazoua et son collègue Rachid Hakkou (photo), de l’Université Cadi Ayyad à Marrakech ont encadré 12 doctorants. De ces études, une idée a surgi qui pourrait, moyennant seulement 10 millions de dirhams (900 000 euros environ), sinon sauver les 2 000 habitants de Kettara, du moins empêcher que la situation ne s’aggrave.

"Notre idée est de commencer à ramasser tous les stocks de rejets éparpillés. Au-dessus d’un seul parc à résidus nous placerions une couche de résidus calcaires inertes venus des mines de phosphates de l’OCP [à Guentour, à 30 km de là, ndlr] Ces résidus inertes ont cette particularité de bloquer la réaction d’acidité en faisant éponge. Ils sont capable de capter l’eau de pluie, rare dans la région, et de la relâcher progressivement par évaporation. Avec un mètre  d’épaisseur, cette couche serait capable de conserver l’eau d’un déluge comme il pourra en arriver de plus fréquemment avec les effets du réchauffement climatique", assure Mostafa Bouzaazoua.

L’idée est originale car il s’agit de bloquer non pas le contact de l’oxygène avec les rejets acides, comme on le fait au Canada, ni de retirer les sulfures des résidus par des techniques de flottation, mais de bloquer l’infiltration de l’eau elle-même.

"La particularité du Maroc, dans cette région, est précisément de recevoir très peu de pluie, alors nous l’avons exploitée comme un avantage", explique le chercheur maroco-canadien. "L’innovation tient aussi dans le fait que l’on utiliserait un déchet minier pour neutraliser un autre déchet minier", ajoute-il.

Les deux chercheurs ont réalisé un projet pilote, sur place, pour expérimenter leur proposition et l’ont validée. "Nous avons réalisé un cahier des charges complet. Le projet dans sa totalité coûtera 10 millions de dirhams, mais il faut bien avoir conscience que plus de la moitié de cette somme – 6 millions - sera uniquement utilisée à rassembler les déchets en un seul endroit. Ils ont été éparpillés sur plusieurs dizaines d’hectares sans raison. C’est la preuve que l’après-mine, que la réhabilitation d’un site minier se réfléchit pendant l’exploitation et pas plus tard, quand il est trop tard", insiste Rachid Hakkou.

Cette réhabilitation, si elle trouvait son financement – les deux chercheurs ont bon espoir que l’OCP réagisse à leur proposition dans la mesure où le géant public des phosphates est indirectement responsable de cette dégradation écologique – serait une première pour le Maroc qui compte plusieurs autres mines abandonnées provoquant les mêmes types de pollution.

"L’adaptation des concepts d’une restauration efficace et moins coteuse destinée aux climats arides […] pourrait être envisagée aussi pour n’importe quel type de déchets comme les décharges contrôlées par exemple", concluent les deux coordinateurs dans le cahier des charges. Le Maroc saisira-t-il l'idée avant la Cop22 ?
Julie Chaudier, à Marrakech

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