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L'Usine Aéro

Comment le lobby de la Défense a organisé... sa défense

Hassan Meddah , ,

Publié le

Finalement François Hollande a promis que les crédits budgétaires alloués à la Défense seraient maintenus, coupant court à la dramatisation autour des coupes apocalyptiques attendues sur les crédits militaires.

Comment le lobby de la Défense a organisé... sa défense © Dassault Aviation

Lors de son intervention télévisée de ce jeudi 28 mars, le président de la République a mis fin à l’insoutenable suspens concernant le budget de la Défense : les crédits accordés aux forces armées seront maintenu à leur niveau. Soit  de l’ordre de 31 milliards d'euros annuels reconduits durant toute la durée de la prochaine Loi de programmation militaire (LPM) qui couvrira la période 2014-2019.

C’est une victoire éclatante pour les militaires et les industriels qui les fournissent. C’est aussi le résultat d’un lobbying intense de la communauté des acteurs de la Défense et de leur remarquable organisation.

L’inquiétude des industriels

Dès juillet 2012, sans perdre de temps, la machine s’est mise en marche. Le Cidef, le conseil des industries de Défense françaises qui réunit les principaux fabricants d’armes, a publié un cahier de doléances alors que la commission sur le Livre blanc, chargé de définir les enjeux stratégiques en matière de défense pour la France, se mettait à peine en place. L'opération lobbying est totalement assumée. "Ce document a pour vocation de donner une perspective industrielle aux réflexions qui sont menées par notre nouveau gouvernement et d'essayer d'infléchir quelques décisions dans un sens plus positif pour notre industrie", reconnaissait d'emblée Christian Mons, le président du Cidef lors de la présentation du rapport.

Puis les mois passent et rien ne bougent. Jusqu’à février, où les travaux de la commission du Livre blanc approchent de leur conclusion. L’inquiétude monte alors dans les rangs des industriels. Fin février, la mobilisation est décrétée. Après avoir agi collectivement, les industriels montent au créneau individuellement pour rappeler leurs inquiétudes. Les grands PDG profitent de leur conférence de presse des résultats annuels pour se confier aux journalistes. Jean Bernard Levy de Thales critique l’idée de faire du budget de la Défense la variable d’ajustement des arbitrages budgétaires ; Eric Trappier de Dassault réaffirme qu’il ne pourrait pas réduire la cadence déjà minimale de production du Rafale sans fragiliser sa supply chain; Antoine Bouvier de MBDA indique travailler sur des scénarios de réduction d’effectifs.

Mais l’exécutif reste aux sourds à ces inquiétudes. Les conseils de Défense se succèdent à l’Elysée mais rien d’officiel n’en sort. De quoi faire tourner à plein la machine à rumeurs. Le site Internet de la Tribune évoque une baisse significative de la commande de Rafale.  Avant cela, d’autres média avaient évoqué des scénarios extrêmes comme la vente du Charles de Gaulle, l’arrêt du programme d’avion de transport militaire A400M. Pas moins !

Les anciens ministres s’en mêlent

C’est au tour alors des anciens ministres de la Défense de rempiler et d’occuper le terrain médiatique. Dans les colonnes de L’Usine Nouvelle, Gérard Longuet, locataire de l’hôtel de Brienne de 2011-2012, affirme que 1,1% du PIB pour la Défense, "c’est simplement insuffisant". Hervé Morin, sur le plateau de BFMTV enfonce le clou et affirme que "réduire les crédits militaires serait criminel".

Sans réaction de l’exécutif face à leurs inquiétudes, c’est au tour des députés et des sénateurs engagés dans les commissions Défense d’entrer dans en jeu. Avec gravité.  Ainsi les sénateurs, de tout bord hormis les écologistes, tiennent une conférence de presse. Ils évoquent  le scénario Z, le scénario du pire qui circule à Bercy. Le budget de la Défense tomberait à 1,1% du PIB en 2025 contre 1,5% aujourd’hui. "La patrie est en danger car sa Défense l'est", clame Jean-Louis Carrère, président de la commission Défense du sénat. Il sera relayé par son homologue de l’assemblée nationale Patricia Adam. "Le scénario de Bercy vise à tuer le ministère de la Défense", s'inquiète la présidente de la commission de la Défense du parlement mardi 25 mars.

Il a fallu donc attendre l’intervention télévisée du président pour couper court aux scénarios apocalyptiques de réductions d’effectifs et d’arrêt des grands programmes. Après une mobilisation totale des acteurs de la Défense. Impressionnant.

Hassan Meddah

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2 commentaires

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03/04/2013 - 16h04 -

"En matière de diplomatie, il faut parler doucement, avec un gros bâton à la main" disait T.Roosevelt. Nous n'avons plus qu'un porte-avions, c'est la faute à... Chacun ne peut regarder que le bout de ses chaussures, s'agissant du budget de la Grande Muette. Et si nos fabricants armortissaient systématiquement leurs investissements sur un volant de contrats d'équipements in et hors Europe? Un bon moyen, idéal (donc impossible complètement, mais il faut essayer) sera de construire des équipements européens (pas seulement des projets ou des "programmes")
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Nom profil

30/03/2013 - 13h35 -

Sauf que les socialistes savent faire voter par le parlement les crédits de programmation et ensuite les couper comme ils l'ont fait du temps de Lionel Jospin.
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