L'Usine Santé

Comment le laboratoire Lilly entend doubler Sanofi dans le diabète

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Le laboratoire américain Lilly espère lancer début 2016 en France une copie moins onéreuse du Lantus, le traitement phare du diabète de Sanofi, dont le brevet a expiré. Un coup dur pour le français, qui a cependant pu gagner du temps aux Etats-Unis.


Lilly, site de Fegersheim - Crédits Pascal Guittet

 

400 millions de personnes souffrent de diabète dans le monde, ils pourraient être 600 millions dans vingt ans. De quoi expliquer la bataille qui fait rage entre le danois Novo Nordisk, le français Sanofi et l’américain Lilly. Trois grands laboratoires pharmaceutiques qui se partagent le marché de l’insuline, cette molécule injectée aux diabétiques.

L'américain a frappé un grand coup aux dépens du français en lançant une copie du Lantus, l'insuline de Sanofi la plus vendue au monde qui représentait encore l’an dernier 19 % de son chiffre d’affaires... dont le brevet a expiré.

Le "biosimilaire" de Lilly déjà lancé dans vingt pays

Lilly espère lancer sa copie en France, sur les terres de Sanofi, début 2016. Le dossier est encore en cours d’évaluation et son prix et son taux de remboursement doivent être négociés avec les autorités. Marcel Lechanteur, le patron de la filiale française de Lilly, s’attend à un prix inférieur de 30% au Lantus, dont le tarif devrait également baisser de 15 à 20%...

Le produit de Lilly est déjà commercialisé dans une vingtaine de pays, dont le Royaume-Uni, l’Italie et même le Japon. L'américain avait obtenu l'autorisation de lancer sa molécule en Europe il y a un an, devenant ainsi le premier groupe au monde à mettre sur le marché un "biosimilaire" de l’insuline. Biosimilaire, c’est le nom donné aux complexes copies des médicaments issus des biotechnologies.

Lilly se vante d’ailleurs qu’aucun concurrent de ce type n’ait encore tenté de détrôner une de ses insulines, Umuline, dont le brevet a pourtant déjà expiré. Car il faut compter près de 300 millions d’euros, cinq ans de R&D et six mois de production pour mettre au point un "biosimilaire". On est loin des 1 à 2 millions d’euros de R&D dépensés pour un traditionnel générique, la copie d’un médicament chimique.

Aux Etats-Unis, redevances et six mois de gagnés pour Sanofi

Le coup est rude pour Sanofi, qui est cependant parvenu à gagner du temps aux Etats-Unis, le premier marché du Lantus avec deux tiers des ventes. Deux ans après avoir engagé des poursuites judiciaires contre Lilly, il vient de négocier un accord à l’amiable avec son concurrent. Alors que la copie de Lilly devait débouler mi 2016 outre-Atlantique, Sanofi a obtenu qu’elle ne débarque qu’en décembre 2016.

L’américain s’engage même à lui verser des redevances "en contrepartie d'une licence portant sur certains brevets" du Lantus, lorsqu’il est injecté par stylo à insuline. Entre temps, Sanofi va  pouvoir prendre de l’avance sur le sol américain et promouvoir les successeurs du Lantus, comme Toujeo qu’il a lancé cette année.

Chez Lilly, on se réjouit. Le biosimilaire du Lantus lui permet de disposer d’une insuline à action plus lente. Un type de médicament qu’il n’avait pas encore et qu’il espère bien déployer dans une centaine de pays intéressés par son prix attractif. C'est aussi un joli coup pour le site de Fegersheim, en Alsace, où Lilly produit désormais cette molécule. 171 millions d’euros auront été injectés entre 2014 et 2016 pour le renforcer, alors qu’il s’agissait déjà de la plus grande usine au monde du groupe américain.

Gaëlle Fleitour

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