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L'Usine Agro

Comment le blé de la mer Noire en arrive à défier le blé français

Franck Stassi , ,

Publié le

Entretien La semaine dernière, l’établissement public France AgriMer a une nouvelle fois abaissé ses prévisions d’export des blés français vers les pays tiers, de 9,5 millions de tonnes (Mt) à 9,3 Mt au terme de la campagne commerciale 2017-2018. En revanche, les prévisions d'export de blé vers l’Union européenne ont été relevées à 8,6 Mt. Le département américain de l’Agriculture prévoit pour sa part une nouvelle récolte record de blé en Russie, à 85 Mt. Elle avait déjà atteint un plus haut l’an dernier, à 72,5 Mt et affiche une hausse continue ces dernières années (+39,4% entre 2013-2014 et 2017-2018). Ces derniers mois, le pays a redoublé d’efforts commerciaux. 20,7 millions de tonnes de blé ont ainsi été exportées entre juillet et décembre, en hausse de 34% sur un an. Alexandre Boy, analyste de marché pour le cabinet de gestion en risques de prix Agritel, explique à L’Usine Nouvelle la stratégie qui sous-tend les records de production en Russie.

Comment le blé de la mer Noire en arrive à défier le blé français

L’Usine Nouvelle – Pourquoi la Russie prend-t-elle toujours plus de poids sur le marché du blé ?

Alexandre Boy - Le marché de la mer Noire prend de plus en plus d’importance. Enormément de ces volumes se retrouvent sur le marché mondial. Il y a des explications structurelles : depuis 2012, on a de bons prix pour les producteurs, et le machinisme et les intrants sont plus accessibles. En outre, de plus en plus de blés d’hiver, plus productifs que les blés de printemps, sont semés. Il y a également des explications conjoncturelles : le climat était favorable l’an dernier. A l’export, les autres exportateurs souffrent. Historiquement, les Etats-Unis ont commencé à perdre des parts de marchés vers l’Egypte et le Nigeria. Ensuite, les Australiens dans les pays asiatiques puis les Français en Afrique de l’Ouest. Précédemment, les Russes étaient très présents en début de campagne (de septembre à novembre), mais cette année l’hiver a été favorable, facilitant les exportations.

Pourquoi la mer Noire a-t-elle gagné en régularité sur les volumes produits ?

Charger du blé proche des ports de la Mer Noire est plus facile que depuis des terres plus reculées. Ces régions sont celles qui ont le plus profité de l’augmentation de la production. La stratégie russe est de soutenir la production agricole et les marchés à l’exportation. Sur les autres pays, en Ukraine, la situation se stabilise après un fort boom il y a quelques années. La production est désormais quasiment stable. A l’inverse, la Roumanie concurrence les blés français, notamment dans l’Union européenne.

Quel est l’impact de ce mouvement pour la France, leader européen des exportations de blé ?

En France, on a énormément de chance d’avoir du blé de qualité (avec un taux de protéines supérieur à 12%), et d'être dans un marché européen qui a besoin du blé français, avec des stocks faibles en début de campagne et des campagnes décevantes en Allemagne (pour des problèmes de qualité) et en Espagne (faibles volumes). Les exportations françaises vers l’Union européene devraient s’élever à 8,6 Mt. Vers les pays tiers, c’est plus compliqué. A la mi-campagne, la France n’a exporté que 6,3 Mt sur les 9,3 Mt prévues par France AgriMer pour la fin de la campagne. Nous risquons d’avoir davantage de stocks de report que prévu. Par ailleurs, on est sur un marché mondial coté en dollars, et la parité euro/dollar remonte. Elle est au plus haut depuis la fin 2014 (+15%). Enfin, la grande difficulté à trouver des débouchés autres que les marchés traditionnels, et la perte de marchés classiques telle  l’Egypte, nous pénalisent. On se repose beaucoup sur les marchés d’Afrique du Nord, dont l’Algérie (60% de nos débouchés à l’exportation vers les pays tiers, hors Union européenne) mais l’Argentine nous talonne. On peut pourtant trouver d’autres marchés, il suffit pour cela de baisser nos prix.

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