Comment Lafarge a dû financer l’Etat islamique pour préserver son activité en Syrie... et la sécurité du personnel

Une enquête publiée dans Le Monde daté du 22 juin révèle que le groupe français Lafarge a été contraint de payer des taxes aux membres de l’Etat islamique afin de poursuivre l’activité de sa cimenterie de Jalabiya, au nord-est de la Syrie, entre 2013 et 2014.

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Comment Lafarge a dû financer l’Etat islamique pour préserver son activité en Syrie... et la sécurité du personnel

Comment continuer son activité lorsque son entreprise est implantée au beau milieu d’une zone de guerre ? Cette question, le groupe français Lafarge se l’est forcément posée lorsque la guerre civile syrienne a éclaté en 2011. Dans son édition datée du 22 juin, Le Monde publie une enquête révélant que pour permettre à sa cimenterie de Jalabiya, dans le nord-est de la Syrie, Lafarge a financé de manière indirecte l’organisation Etat islamique (EI) entre 2013 et 2014.

Une usine promise à un bel avenir

Lorsque le groupe français Lafarge acquiert l’égyptien Orascom en 2007, il devient propriétaire de la cimenterie de Jalabiya, encore en construction. Avec une capacité annuelle de production de 2,6 millions de tonnes de ciment par an, le site est promis à un bel avenir lors de son ouverture en 2010. Le projet représente le plus important investissement étranger en dehors du secteur pétrolier en Syrie, estimé à 600 millions d’euros.

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La production de la cimenterie commence à s’essouffler en 2013, alors que la guerre civile fait rage depuis deux ans. "De 10 000 tonnes de ciment produit par jour, l’usine n’en fabrique plus que 6 000 en 2013", se souvient un ancien employé dans les colonnes du journal.

Au printemps 2013, l’Etat islamique prend le contrôle des villes et routes environnant le site de production. Le Monde s’est procuré des courriels envoyés par la direction de Lafarge attestant d’arrangements avec le groupe djihadiste pour continuer sa production jusqu’au 19 septembre 2014. A cette date, l’Etat islamique s’est emparé de l’usine et Lafarge n’a pu qu’annoncer la fin de toute activité.

Un système de financement mis au jour

Durant cette période, le groupe français a dû emprunter certains passages contrôlés par le groupe EI pour assurer ses approvisionnements et livraisons. Quelques jours avant la fermeture de l’usine, un courriel lève le voile sur l’approvisionnement en pétrole et en pouzzolane, une matière active nécessaire à la fabrication du ciment. Alors que le directeur du site, Bruno Pescheux, est muté au Kenya, son successeur, Frédéric Jolibois est contacté par un certain Ahmad Jamal. "Cela fait plus de deux mois que vous ne nous avez pas versé la somme de 7 655 000 livres syriennes (soit 30 000 euros)", détaille le courriel publié par Le Monde.

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Cet email est ensuite remonté au sein de la direction parisienne de Lafarge. La venue d’un nouveau directeur a mis au jour un système dirigé par trois hommes qui avaient pris le contrôle de l’usine, selon les employés. La résultante étant que le groupe français Lafarge a ainsi financé indirectement l’organisation djihadiste entre le printemps 2013 et l’été 2014.

Des soldats français et américains occupent le site

L’Etat islamique a ensuite disposé de la cimenterie de Jalabiya jusqu’en février 2015. A cette date, l’organisation a été chassée par les combattants kurdes syriens des YPG, proches du PKK turque, avec l’aide des frappes américaines. Aujourd’hui, le site abandonné par Lafarge sert de base aux forces spéciales occidentales, françaises, américaines et britanniques. Selon Le Monde, ces troupes soutiennent les forces kurdo-arabes dans leur offensive en cours contre les djihadistes toujours présents à Manbij, au sud de la cimenterie, et à Rakka.

Dans un communiqué publié quelques jours plus tard, le lundi 27 juin, Lafarge précise avoir agi afin "d’assurer la sécurité et la sûreté de son personnel, tandis que la fermeture de l’usine était étudiée". "Dès septembre 2014, Lafarge a suspendu les opérations de l’usine de Jalabiyeh. A cette date, l’ensemble des collaborateurs a été évacué, mis en congés payés et l’accès à l’usine leur a été interdit".

En décembre 2015, compte tenu de l’évolution de la situation en Syrie, le groupe a décidé de mettre en œuvre un plan incluant des licenciements et, quand cela était possible, le transfert de certains collaborateurs dans d’autres unités.

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