Comment la PME française Ametra s’attaque à l’Inde

La PME tente l’aventure indienne dans le sillage des grands donneurs d’ordre aéronautique. Sa production démarrera à la fin du mois d’avril.

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Comment la PME française Ametra s’attaque à l’Inde
L'activité d'Ametra est hébergée chez son partenaire indien Nucon, à Hyderabad.

Après avoir assuré son redressement, elle pilote son internationalisation. Anne-Charlotte Fredenucci n’en finit pas d'emporter Ametra vers les cimes : non contente d’avoir sauvé le groupe fondé par son père en 1978, alors dénommé Deroure, la PDG donne à cette société familiale située à Longué-Jumelles (Maine-et-Loire) une dimension mondiale qui lui faisait jusque-là défaut, à l’exception d’un site en Tunisie.

Avec un chiffre d’affaires en 2018 de 50 millions d’euros et un effectif de 700 personnes, ce spécialiste de l’ingénierie et de l’intégration de systèmes électriques et électroniques effectue le grand saut : Ametra s’implante en Inde et commence la production d’équipements électroniques à la fin du mois d’avril pour un grand équipementier français, via une société commune créé avec un acteur local, Nucon Aerospace. "Nous allons investir un million d’euros sur cinq ans et l’activité devrait générer un chiffre d’affaires annuels de 15 millions au bout de cinq ans, prédit Anne-Charlotte Fredenucci. Mais nous prévoyons des pertes pour les trois premières années. Le site prendra ensuite le chemin de la rentabilité." A terme, l’activité emploiera 350 personnes.

Trouver un partenaire local

Un projet industriel mené à bien en un temps record : la décision de s’implanter en Inde date du 1er janvier 2018. Il faut dire que l’arrivée d’Ametra s’effectue dans le cadre des "offsets" liés au contrat de livraisons à l’Inde des 36 avions de combat Rafale de Dassault Aviation datant de 2016. Des compensations industrielles qui incitent les grands donneurs d’ordres ainsi que leurs sous-traitants à s’installer dans le pays, pour le Rafale ou d’autres programmes.

"Avant même le contrat Rafale en 2016, les sous-traitants de l’aéronautique avaient déjà de fortes incitations d’aller en Inde de la part des grands donneurs d’ordre, souligne Anne-Charlotte Fredenucci. Après notre décision, d’investir en Inde, j’ai contacté nos principaux clients que sont Safran, Thales, MBDA et Dassault. Ils nous ont donné de nombreux conseils tout au long du processus d’implantation." Dès le début, la patronne se convainc de collaborer avec un partenaire local, notamment pour maximiser les chances de se faire accepter dans le milieu de la défense. D’où la répartition de la société commune, à 51% indienne.

L'art subtile de la négociation

Pour la sélectionner, Ametra fait appel à un consultant, un expert aéronautique franco-indien. En parallèle, Anne-Charlotte Fredenucci active ses réseaux. Elle bénéficie du soutien de sa banque, BNP Paribas, par le biais d’un service dédié aux PME, et de la Bpifrance. Grâce au Gifas, qui organise en avril 2018 une mission en Inde, mais du Gicat, de l’association CroissancePlus et des Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CCEF), le projet prend forme.

Elle se rapproche très vite d’un avocat basé en Inde et d’un chasseur de tête pour trouver le dirigeant local. D’une première liste de 60 partenaires potentiels, le panel se réduit peu à peu à cinq sociétés : un voyage est organisé en juin 2018 pour aller à leur rencontre. La société commune avec Nucon est créée dès octobre 2018. Dorénavant, Ametra va s’atteler à garantir avec son nouvel atelier une même excellence industrielle qu’en France. La société commune est hébergée dans les locaux existants de son partenaire, à Hyderabad, là où se trouve aussi Safran.

Trois équivalents temps-plein vont encadrer l’activité : deux expatriés et cinq dirigeants qui vont se relayer (le directeur qualité, le directeur production…). Un conseil ? "En Inde, la négociation est menée différemment, précise Anne-Charlotte Fredenucci. Tant qu’un accord n’est pas signé, tous les points restent ouverts à la négociation, même ceux déjà réglés". Bon à savoir.

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