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L'Usine Santé

Comment la France est devenue accro à l’homéopathie

Coralie Lemke ,

Publié le

La confiance des Français en l'homéopathie s'accroît d'année en année. Leur consommation aussi. En parallèle, la Haute autorité de santé (HAS) doit statuer sur l'efficacité et le remboursement de cette médecine non conventionnelle. 

Comment la France est devenue accro à l’homéopathie
Les granules en tube font partie des traitements homéopathiques les plus courants.
© Iosif Szasz-Fabian - Fotolia

La polémique dure depuis mars et ne risque pas de s’éteindre dans les mois à venir. La semaine dernière, la faculté de médecine de Lille a annoncé la suspension de son diplôme universitaire (DU) d’homéopathie. Une annonce qui fait suite à la tribune publiée par 124 professionnels dans le Figaro jugeant les médecines alternatives coûteuses voire dangereuses. La Haute autorité de santé (HAS) devrait, elle, statuer d’ici au mois de février 2019 sur l’efficacité et le remboursement de cette médecine.

Depuis mars, la tribune de 124 médecins s’est étoffée à plus de 3000 signataires aujourd’hui. Mais les patients français, eux, considèrent l’homéopathie comme une médecine crédible. 77% disent lui faire confiance selon une étude de l’institut Ipsos pour le Leem de 2015. C’est moins que les médicaments sur ordonnance (93%) mais tout de même plus que les génériques (68%). Et ils en consomment toujours plus, puisque plus d’un Français sur deux (56%) y a déjà eu recours. Ils n’étaient que 39% en 2004.

Historiquement, la France a fait une place à cette médecine non conventionnelle dans son système de santé. Les médicaments homéopathiques sont inscrits à la pharmacopée, le recueil officiel des médicaments, depuis 1965. Trente ans plus tard, en 1995, certains d'entre eux sont même remboursés à hauteur de 30% par l'Assurance maladie. 128,5 millions d’euros de médicaments homéopathiques ont été remboursés en 2016. C’est moins d’1% de son budget global. 

Un leader mondial français

Un climat qui a permis au marché français de se développer considérablement. L’homéopathie pèse environ 620 millions d’euros selon les chiffres 2017 du cabinet spécialisé OpenHealth. En comparaison, le marché global des médicaments en vente libre en France s’élève à 2,2 milliards d’euros selon le baromètre de l’Afipa (Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable). Un secteur tiré par plusieurs fleurons français avec, loin en tête, le leader mondial Boiron. Le laboratoire affiche 617,5 millions d’euros de chiffre d’affaires au compteur, dont 61,3% réalisé en France. Dans l’Hexagone, ses résultats sont même en hausse annuelle de 2,1%. Une situation confortable qui lui permet d’employer 3718 salariés dans le monde, dont 2528 en France.

À côté, plusieurs plus petits laboratoires se partagent le reste du marché, à l’image de Lehning. L’industriel basé en Moselle emploie environ 300 salariés sur ses trois sites français, en Lorraine, en Auvergne et à Paris. Avec 54 millions d’euros de chiffres d’affaires et 45% de son activité liée à l’export, la société familiale affiche une bonne santé. Porté depuis de nombreuses années par le succès de son antigrippal L52, Laboratoires Lehning a lancé un vaste plan de modernisation de 10 millions d’euros pour développer l’export.

Alors que ces deux laboratoires ont investi l’homéopathie depuis plusieurs dizaines d’années, 1932 pour Boiron et 1935 pour Lehning, certaines entreprises ont décidé de s’y mettre sur le tard. À l’image du groupe Gilbert. Spécialisé dans la santé de l’enfant et les cosmétiques, il a lancé en 2016 une gamme de neuf traitements homéopathiques ciblant des pathologies de la vie quotidienne, comme la toux, la digestion ou les troubles du sommeil.

Des délais de fabrication très courts

Car contrairement aux médicaments classiques, les médicaments homéopathiques nécessitent un temps de développement bien plus court. Pour les laboratoires traditionnels, une molécule demande souvent plus d’une dizaine d’années avant d’être disponible sur le marché. Elle passe d’abord de nombreux tests cliniques au moment d’être mise au point puis la procédure de mise sur le marché s’avère souvent longue.

Les médicaments homéopathiques, eux, bénéficient de circuits plus rapides et simplifiés. Certains d’entre eux doivent simplement être enregistrés auprès de l’ANSM (l’Agence nationale de sécurité du médicament). Les traitements qui ciblent une affection particulière doivent faire l’objet d’une Autorisation de mise sur le marché (AMM). Cela dit, les procédures sont allégées en comparaison du processus traditionnel. "Leur utilisation ne s’appuie pas sur des essais cliniques, c’est-à-dire sur la médecine basée sur les preuves, mais sur la notion d’usage traditionnel", peut-on lire sur le site du ministère de la Santé. Les coûts de R&D et les délais de commercialisation sont donc considérablement réduits comparé aux médicaments classiques.

Difficile de trouver des chiffres récents et fiables sur l’utilisation de l’homéopathie dans le reste du monde. 100 millions de personnes y avaient recours en Inde selon le journal scientifique The Lancet. Aux États-Unis, la Food and drug administration (FDA), qui régule le marché du médicament, s'inquiète de l'utilisation de l'homéopathie pour des maladies graves. "Ces dix dernières années, le marché de l'homéopathie a explosé, créant une industrie de plus de 3 milliards de dollars, qui expose toujours plus de patients à des produits dont l'efficacité n'est pas prouvée." Dans les prochains mois, la FDA prévoit de durcir ses normes. Reste à savoir quelle décision la France prendra début 2019.

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