Comment Internet bouleverse l'industrie de la musique

La vente de disques en ligne, et surtout le téléchargement de musique, contraignent l'industrie du disque à intégrer la révolution Internet. Pour lutter contre le piratage massif, et pour reprendre à son compte ces nouveaux modes de commercialisation.

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Comment Internet bouleverse l'industrie de la musique

L'industrie du disque vient d'expérimenter en vraie grandeur le " phénomène Internet ". A savoir le formidable potentiel de subversion des nouvelles technologies, capables de faire trembler sur leurs bases les industries les plus établies. Aujourd'hui, les grandes compagnies phonographiques réagissent. Réunies la semaine dernière à Londres avec le gratin de l'informatique et de l'électronique, elles ont décidé de reprendre en main un phénomène qui menaçait de se transformer en cauchemar : la diffusion incontrôlée sur Internet de milliers de titres discographiques. Des versions numériques copiables à l'infini, à l'écart des circuits commerciaux et de tout régime de protection des droits d'auteur. Bref, une vague de piratage comme cette industrie n'en a jamais connue. Un moment dépassée par l'ampleur et la soudaineté du phénomène, l'industrie discographique (4,2 milliards de disques et cassettes en 1997) paraît déterminée à prendre en compte le formidable potentiel de ces technologies. Mais, dans l'intervalle, de nouveaux venus, avec lesquels il faudra compter, ont réussi à se faire une place au soleil. Le phénomène est intéressant, car, au-delà du cas particulier d'une industrie, ce processus menace tous les secteurs professionnels. Les nouveaux entrants Comment l'industrie de la musique a-t-elle pu se laisser dépasser en moins de cinq ans ? Internet a commencé par s'attaquer à la distribution. De jeunes start-up, comme CDNow, MusicMatch, et l'inévitable Amazon.com, se sont installées sur le Web. Elles ont permis aux internautes, plutôt jeunes et dépensiers, de se faire livrer des disques jusqu'à 50 % moins chers en quelques " clics " de souris. Les disques sont vite entrés dans le " top 5 " du commerce électronique avec 118 millions de dollars de chiffre d'affaires aux Etats-Unis en 1998 et une estimation de près de... 900 millions de dollars pour 1999 ! En quelques mois, ces jeunes sociétés ont occupé le terrain, jusque-là chasse gardée des dis- tributeurs traditionnels, Virgin, la Fnac ou autres Tower Records. Pourtant, cette industrie avait vite pris conscience de l'existence de l'Internet commercial. Lorsque, en avril 1995, RealNetworks lance son logiciel RealPlayer proposant des images et de la musique en temps réel sur Internet, les acteurs du divertissement signent avec la PME pour assurer leur promotion en ligne. Gratuit pour les internautes, le logiciel est maintenant installé sur près de 60 millions d'ordinateurs connectés dans le monde. Mais RealNetworks avait sous-estimé l'émergence d'un autre phénomène : MP3. De quoi s'agit-il ? D'un protocole permettant aux internautes de s'échanger directement des fichiers musicaux compressés. Une technologie développée par le centre allemand Fraunhofer Institute of Integrated Circuits, Thomson et le groupe de travail sur les normes multimédias MPEG. Le modèle gratuit d'Internet a fait le reste. Des centaines de logiciels de codage et de lecture de fichiers MP3, dont Xing, le plus populaire, ont fleuri sur le Net. Gratuits, ils permettent à chacun de fabriquer, à partir de sa discothèque, des fichiers MP3 sur un PC et de les mettre à disposition sur son site Web. En octobre 1997, un nouveau pas est franchi avec le lancement d'un site fédérateur, MP3.com. Les fichiers, jusque-là échangés entre habitués de l'Internet, deviennent accessibles à tous d'un simple " clic ". Avec son concurrent Goodnoise.com, MP3.com recense près de 2 millions de titres ! Résultat, aujourd'hui, des milliers de titres discographiques sont en circulation incontrôlée sur Internet, donnant parfois lieu à des poursuites judiciaires. Certains artistes diffusent eux-mêmes leurs oeuvres. Des petits labels discographiques y voient également un moyen de promotion intéressant. Le phénomène MP3, marginal jusqu'en 1998, a suscité la création de nouveaux services, développés par des sociétés ayant anticipé le pillage systématique des créations. Les éditeurs sont restés réticents Leur solution : sécuriser le fichier MP3 (identification de l'artiste, gestion des droits, paiement électronique, etc.). En Europe, le suisse Audiosoft propose ainsi un JukeBox qui permet de vendre des fichiers et de " bloquer " les copies illicites. Les américains LiquidAudio, InterTrust et d'autres se lancent également dans la sécurisation des fichiers musicaux et la gestion du paiement des droits. Malgré ces efforts, les grandes maisons du disque sont restées jusqu'ici très réticentes. Le codage MP3, coupable tout désigné, a souvent été qualifié de " format pour pirates " (!). " Pour nous, la question centrale est de mettre un terme aux téléchargements illicites au format MP3 ", explique Hervé Rony, directeur général du Snep (Syndicat national des éditeurs phonographiques), qui suit attentivement l'élaboration à Bruxelles d'une directive européenne sur l'adaptation du droit d'auteur aux nouvelles technologies (dont Internet). Pour l'industrie du disque en général, le mot d'ordre est encore : pas question de vendre de la musique sur Internet ! La toute-puissante RIAA (Recording Industry Association of America), n' a-t-elle pas tenté de faire interdire la commercialisation du balladeur numérique Rio, capable de lire des fichiers audio téléchargés sur Internet ? Microsoft et ibm entrent en lice Si les start-up de l'informatique ont fait une entrée fracassante dans le domaine du disque avec des technologies innovantes qui ont bouleversé la donne, ce sont les grands du secteur qui semblent maintenant venir à la rescousse d'une industrie quelque peu secouée : Microsoft et IBM, pas moins. Les deux géants, déjà très actifs dans les formes plus traditionnelles du commerce électronique (assimilables à de la VPC), ne pouvaient rester à l'écart d'un marché potentiellement énorme. Microsoft, fidèle à ce qu'il avait déjà entrepris à l'encontre de Netscape, a annoncé tout récemment sa propre technologie de compression, MSAudio, directement concurrente de MP3, et dont il aimerait bien faire un standard de fait pour les quelque 90 % de PC fonctionnant sous Windows. Il affirme que sa technologie procure une qualité sonore au moins égale à celle de MP3, pour une taille de fichier deux fois plus petite... Un système testé avec cinq " majors " du disque Autre méthode chez IBM, qui a choisi de travailler directement avec l'industrie musicale. Big Blue, depuis deux ans, travaille sur son projet Madison, dont l'objectif est de définir une infrastructure informatique permettant de diffuser commercialement, en toute sécurité, des oeuvres musicales sur Internet. Projet abouti, puisque le système en question, désormais baptisé EMMS (Electronic Music Management System), sera testé dès le mois prochain à San Diego (Californie) avec cinq " majors " de l'industrie du disque : BMG, EMI, Sony, Universal et Warner. A ce rythme, dans deux ou trois ans, les grands noms de l'informatique seront devenus des acteurs indispensables de l'industrie de la musique. Et c'est tout le secteur qui aura changé de visage ! L'énorme potentiel de consommateurs de musique ne laisse pas non plus indifférents les spécialistes de l'électronique grand public. Le baladeur numérique Rio, de Diamond, a fait sensation (et scandale). Aujourd'hui, ce sont les géants comme Thomson Multimedia, Samsung ou Lucent qui annoncent des produits similaires. Thomson, lui, a prévu de commercialiser à l'automne son Lyra, aux Etats-Unis, puis en Europe. " Il est important de faire un premier pas dans un domaine où il va falloir se positionner rapidement ", affirme Johan Huss, responsable de l'activité audio de TMM en Europe. Autre signe des temps : Lucent, qui doit lancer en décembre 1999 son baladeur numérique (avec son propre système de codage audio), s'est assuré de la collaboration de Phil Ramone, producte

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