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Comment Internet a échappé à une mise sur écoute globale

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Vu sur le web A l'occasion de la conférence mondiale sur les télecommunications internationales (WCIT), certains pays ont présenté un projet visant à accroître leur contrôle sur Internet. La proposition a soulevé un vaste mouvement de contestation et a depuis été retirée.

Comment Internet a échappé à une mise sur écoute globale © Flickr C.C. @tangi_bertin

Les défenseurs de l'Internet libre ont dû bondir en apprenant la nouvelle : plusieurs Etats, dont la Russie et la Chine, ont émis une proposition visant à renforcer le pouvoir de contrôle de l'Union internationale des Télécoms (UIT ou ITU en anglais), l'organisme de l'ONU chargée des technologies de l'information et de la communication.

La conférence mondiale sur les télécommunications internationales (WCIT), qui s'est ouverte le 3 décembre dernier à Dubaï et doit s'achever ce vendredi 14 décembre, planche en effet sur un sujet plutôt délicat : la révision du Règlement des télécommunications internationales (RTI).

Le grand chantier du "règlement d'Internet"

Le RTI est présenté dans un document de l'UIT comme "le traité international qui constitue la base de notre monde hyperconnecté" et dont "les dispositions régissent la façon dont nous communiquons, par téléphone ou par ordinateur, en utilisant la voix, la vidéo ou des données, dans le monde entier". Plus précisément, "le RTI énonce des principes pour garantir que les réseaux puissent s’interconnecter sans problème et que les services internationaux soient assurés de manière équitable et efficace".

Mais pourquoi le modifier ? Toujours d'après l'UIT, le RTI doit être adapté à l'évolution du contexte depuis sa ratification en 1988. L'agence onusienne souligne notamment les dispositions à prendre en matière de cybersécurité qu'elle relie à une utilisation croissante des réseaux et des applications fondés sur le protocole Internet, ou IP.

Russie et Chine sautent sur l'occasion

Profitant de cette volonté de réforme des textes régissant Internet, plusieurs Etats ont soutenu une proposition visant à renforcer le pouvoir de contrôle de l'UIT. Ce projet, déposé par les Emirats Arabes Unis le 7 décembre 2012, a ansi reçu le soutien de pays peu connus pour leur respect des libertés fondamentales, à savoir la Russie, la Chine, l'Arabie Saoudite, l'Algérie et le Soudan.

Comme l'explique Reporters sans frontières, la proposition "est destinée à étendre de manière drastique le contrôle de l’UIT sur Internet, pas seulement aux grands opérateurs de télécommunications, comme le préconisent notamment les autorités américaines, mais également à un certain nombre de plateformes et de réseaux sociaux". En clair, passer d'une gestion par les utilisateurs et les structures indépendantes comme l'ICANN, l'organisme qui gère l'attribution des adresses IP sans toutefois disposer d'un éventuel regard sur les contenus que l'on trouve sur le web, à un contrôle direct par l'UIT des informations qui rejoignent et partent de ces plateformes majeures (Facebook, Google, etc.).

L'association s'inquiète également d'une disposition prévoyant une un standard international pour l'utilisation du DPI (Deap packet inspection), une technologie d'inspection des paquets circulant sur le réseau. "L’utilisation du DPI peut ainsi permettre d’accéder au contenu d’e-mails, de conversations instantanées et d’échanges par VoIP", prévient Reporters sans frontières, qui rappelle que le DPI a été utilisé par la société Amesys en Libye pour intercepter des communications d'opposants politiques. La filiale du français Bull fait, suite à cela, actuellement l'objet d'une poursuite pour complicité d'actes de torture.

La toile se rebiffe...

Face à cette tentative de museler Internet, les utilisateurs avertis de la nouvelle n'ont pas tardé à réagir. En France, une pétition intitulée "ITU : Touche pas à mon Internet" a par exemple commencé à circuler mardi 11 décembre et receuillait déjà le lendemain plus de 550000 signataires.

La plupart des conférences du WCIT se déroulant à huis-clos, de nombreux internautes se sont plaints du manque de transparance des débats où se joue pourtant l'avenir d'Internet. Le site WCITLeaks a depuis été créé et met en ligne de nombreux documents permettant de mieux savoir ce qui se trame à Dubaï. C'est ainsi que la fameuse propositon déposée par les Emirats Arabes Unis s'est retrouvée à la disposition de tous.

...et gagne une bataille

En réaction à cette fronde, plusieurs sites ont signalé mercredi 12 décembre que la Russie et les autres pays signataires avaient retiré leur proposition. Dans un tweet laconique émis le 10 décembre, l'agence de l'ONU a en effet déclaré qu'une "proposition multirégionale déposée vendredi au WCIT a été retirée".

 

 

Cependant, les internautes restent en alerte. L'ambassadeur américain Terry Kramer a en effet rappelé que "les sujets restent sur la table jusqu'à la fin de la conférence", raconte le site de L'informaticien. De leurs côtés, les Emirats Arabes Unis auraient affirmé maintenir leur proposition. Rien n'est encore joué donc. Même si les pays conservent le droit de ne pas adhérer aux modifications de traités, de telles modifications raisonneraient en effet comme une victoire pour ceux souhaitant davantage contrôler leurs citoyens.

Julien Bonnet

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