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L'Usine Aéro

Comment Daher accélère l’innovation

Frédéric Parisot , ,

Publié le

Le groupe a créé une cellule transversale d’innovation pour lancer des projets innovants et les intégrer dans la production.

Comment Daher accélère l’innovation
Les opérateurs de Daher ont pu tester la solution de réalité augmentée Mira, qui réduit le temps de contrôle de l’assemblage des avions.
© daher ; D.R.

Chiche qu’on est cap’ ! » Cette phrase, que Patrick Daher aime répéter à ses collaborateurs, résume à elle seule la volonté du PDG de Daher d’insuffler un esprit d’entrepreneuriat dans le groupe. En plus de cent cinquante ans d’existence, Daher n’a cessé de se diversifier, et son activité comporte aujourd’hui quatre grands métiers : constructeur d’avions d’affaires, équipementier aéronautique, prestataire de services en logistique et équipementier nucléaire. Dans son plan de performance 2013-2017, l’industriel avait affirmé son ambition d’être à la pointe en matière d’excellence opérationnelle et de performance financière, mais aussi d’innovation. Seulement les différences entre les quatre métiers, tout comme l’inertie inhérente à un groupe de 8 000 personnes et 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, ne facilitent pas l’agilité. Pour y remédier, et pour que l’innovation se retrouve également dans les process, le groupe a mis en place une organisation spécifique appelée Daher Lab. « L’idée est de sensibiliser les salariés à l’innovation dans tous les domaines et d’insuffler une dose de bon sens. On considère que si une innovation permet d’améliorer un produit ou un process, ce serait une erreur de ne pas la mettre en place », expose le directeur de l’innovation de Daher, Cédric Eloy.

Le Daher Lab ne s’intéresse qu’aux technologies de rupture, il travaille à leur maturation et à leur déploiement. Mais, contrairement à d’autres entreprises qui se dotent de ce genre de laboratoires, Daher n’a créé aucun espace physique. Pas de showroom ni de fab lab : le laboratoire est virtuel. « L’objectif est que les innovations soient partagées et déployées sur le terrain, afin que les projets aboutissent plus rapidement et qu’on abandonne tout aussi rapidement ceux qui ne fournissent pas de résultats. » Pour donner à ce laboratoire virtuel la réactivité d’une start-up, sa structure a été allégée au maximum avec une équipe réduite à deux animateurs. Leur rôle : communiquer, soutenir, accompagner. Daher a aussi nommé des référents innovation pour chaque métier ou entité du groupe. Ceux-ci assurent la diffusion des informations et rédigent des rapports mensuels sur l’avancement des projets. Animateurs et référents forment le « comité d’innovation » de Daher, chargé de mettre en œuvre chaque projet en moins d’un an. Une durée suffisante pour se faire une idée du potentiel de la technologie, de son niveau de maturité, des métiers qu’elle pourrait transformer et, surtout, de sa rentabilité.

Intégrer les technologies au plus vite

Une fois la structure en place, restait à décider quels projets lancer. « Nous avons défini des feuilles de route d’innovation pour nos différents métiers, commente Cédric Eloy. Nous sommes partis des besoins du marché et avons pioché dans un catalogue de toutes les technologies actuellement à l’étude dans le groupe. » Ces feuilles de route comportent deux éléments clés : le niveau de maturité de la technologie (TRL, pour Technology readiness level) à atteindre dans un horizon de cinq ans et les projets de R & D à réaliser pour y parvenir. Elles sont ajustées en permanence grâce à une veille technologique menée en parallèle. Les technologies à l’essai dans le Daher Lab présentent donc des niveaux de maturité très divers. Ainsi, certaines, comme la simulation 4 D, qui consiste à créer un modèle numérique de l’usine relié en temps réel à la production, sont peu matures. « On simulera le comportement d’une usine, mais on ne se contentera pas de représenter les flux. On pourra descendre dans le procédé jusqu’au niveau des matériaux pour comprendre des phénomènes et rejouer des scénarios », indique Cédric Eloy.

D’autres technologies sont déjà disponibles sur le marché, et il faut les intégrer au plus vite pour ne pas perdre son avantage concurrentiel. C’est le cas de la réalité augmentée. Daher sait déjà qu’elle va révolutionner le contrôle qualité de l’assemblage des tronçons de l’avion Falcon. Aujourd’hui, les opérateurs doivent contrôler jusqu’à 8 000 supports par tronçon, en entrant leur position un par un dans un tableau Excel. La réalité augmentée peut rendre ces opérations beaucoup moins fastidieuses. Plutôt que de réinventer ce qui existe, l’équipementier s’est tourné vers un logiciel de réalité augmentée sur étagère, la solution Mira, vendue par une filiale d’Airbus Group Innovation. « Ce n’est pas le Daher Lab qui a fait le démonstrateur, nous avons confié directement la technologie aux opérateurs pour qu’ils la testent, insiste Cédric Eloy. Ils ont été bluffés par la facilité d’adoption. La technologie permet de diviser par cinq les temps de contrôle, et on a pu assurer le retour sur investissement en moins d’un an. »

Une rentabilité en moins d’un an

L’objectif étant d’identifier les technologies rentables en moins de douze mois ; les expérimentations qui ne remplissent pas ce critère sont abandonnées. Ce fut le cas du projet sur les lunettes connectées. Grâce au Daher Lab, l’équipementier fut l’un des premiers industriels à les essayer. « Nous avons testé des lunettes connectées dès fin 2014, en logistique et en assemblage, là où l’opérateur a besoin d’informations mais doit garder les mains libres, détaille Cédric Eloy. Nous en avons conclu que la technologie n’était pas encore mature. » S’il n’a pas lancé de démonstrateur en 2015, Daher continue toutefois de suivre l’évolution de ces lunettes en termes d’autonomie, de connectivité et de puissance de calcul. Le groupe a même déjà défini des cas d’usage précis afin de lancer un projet au plus vite dès que les lunettes adaptées sortiront sur le marché.

L’année dernière, Daher a implémenté sept nouvelles technologies dans les domaines aussi divers que l’impression 3 D, la robotique collaborative ou l’utilisation du big data en production. « À chaque fois que l’intérêt d’une technologie est confirmé, sa diffusion doit être rapide, donc nous envoyons un rapport détaillé à tous les managers, puis nous modifions notre système de management pour y intégrer cette innovation », explique Cédric Eloy. Ces rapports sont diffusés à l’aide de nouveaux outils, tels les réseaux sociaux, mis en place pour l’occasion. Cela a provoqué un effet viral autour de ces projets d’innovation. « À tel point qu’aujourd’hui, il ne se passe plus un comité de direction sans que l’on parle du Daher Lab », assure Cédric Eloy. 

Le cas de l’impression 3 D

 

L’impression 3 D va révolutionner le secteur aéronautique. Mais difficile de s’y mettre si l’on ne considère que le retour sur investissement de cette technologie. Plutôt que d’engager un long processus de R & D, le Daher Lab a fait appel à un prestataire de fabrication additive afin d’étudier le remplacement d’une pièce du TBM900 (une entrée d’air mécano-soudée). Pari gagné. « Nous avons réduit la masse, le coût, le temps de fabrication et la complexité de cette pièce », assure Cédric Eloy, le directeur de l’innovation. Daher a pu justifier le lancement de projets R & D sur les matériaux à utiliser pour que l’impression 3 D s’applique, à terme, sur le plus grand nombre de pièces. 

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