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Comment assurer son usine du futur

Arnaud Dumas

Publié le

Pendant les travaux, la chaîne de production est bouleversée. L’assurance, qui garantit les risques de la construction, doit tenir compte des nouveaux procédés.

Comment assurer son usine du futur
Construire une usine modulaire (ici, Safran Helicopter Engines, dans les Yvelines) nécessite de prévoir des garanties adaptées aux évolutions futures du site.

La construction d’une nouvelle usine peut coûter cher en assurance si on ne regarde pas son contrat en détail. « Dans un projet global, le taux d’assurance représente quelques pour-cent et tout le travail consiste à réduire ce poste avec les nouvelles technologies », confie Christophe Chauvet, le directeur du développement du promoteur spécialisé dans l’immobilier industriel, Elcimaï Réalisations. Des procédés innovants, concernant aussi bien l’organisation du chantier pendant les travaux que celle du site de production, permettent de réduire les risques liés à l’usine du futur. Pas question pour autant de lésiner sur le niveau de garantie. Les travaux représentent en effet une période compliquée à gérer pour un industriel, surtout quand le site doit continuer à produire, coûte que coûte. Entre le chantier en lui-même, le démontage des équipements industriels sur le site existant, leur remontage et le transfert des ateliers sur un nouveau site, le potentiel pour une catastrophe est bel et bien présent. Chaque risque doit donc être identifié et évalué avec son assureur pour établir le bon niveau de garantie. Un travail fastidieux, qui exige d’entrer dans les détails. Lorsque Guerlain a décidé de moderniser son site de Chartres (Eure-et-Loir) en construisant un bâtiment connexe pour y transférer sa production, le parfumeur et son promoteur ont passé en revue toute l’organisation du chantier. « Nous avons analysé jusqu’au trajet des camions sur le site pour déterminer s’il y avait un risque majeur sur leur chemin », se rappelle le promoteur, qui a livré le nouveau bâtiment en 2014.

1. Prévenir le risque dès la conception

Les éventuels écueils doivent être pris en compte très tôt, dès la phase de conception de l’usine. Les technologies BIM (Building information modeling, ou maquette numérique) sont de plus en plus utilisées dans le bâtiment pour améliorer la prévisibilité des risques. « En France, on a tendance à minimiser les phases d’étude et à improviser en cours de chantier, remarque Robert Brunel, ingénieur expert souscripteur construction chez MMA Entreprise. Avec les technologies de construction BIM, l’idée est de mieux penser le système au moment de la phase d’ingénierie pour mieux maîtriser les risques. » La maquette numérique n’a pas encore eu d’impact sur le coût de l’assurance, faute de recul suffisant. Mais elle permet aux assureurs de prendre plus facilement position sur des montants de garantie importants. Le chantier de la nouvelle usine de Guerlain à Chartres a été conçu en maquette numérique, aussi bien pour prévoir la phase de travaux que pour sécuriser le transfert des équipements de l’ancienne usine vers la nouvelle. L’investissement total avoisinait 25 millions d’euros. Le tout était couvert par MMA Entreprise pour les dommages, les risques de chantier ainsi que pour la garantie « perte d’exploitation » en cas d’incident pendant la manœuvre. « Il fallait une capacité de couverture importante, rappelle Nicolas Diné, le souscripteur bris de machine de MMA chargé de l’opération. Un seul contrat assurait l’ensemble des phases du transfert : démontage, transport des pièces et remontage sur le nouveau site. D’habitude, c’est plutôt coupé en plusieurs morceaux. »

2. Prévoir l’évolution de la production

Le concept de l’usine du futur peut également avoir une incidence sur l’assurance. De plus en plus, les sites de production sont imaginés sous la forme de modules assemblés en fonction des besoins de l’industriel. Dans son site de Buchelay (Yvelines), Safran Helicopter Engines (­ex-Turbomeca), le fabricant de moteurs pour l’aéronautique, a par exemple décidé de placer tous les éléments préfabriqués en dehors du bâtiment de production. Chaque fonction a été conçue sous forme de module : un module informatique, un module énergie, un module production de vapeur… Avantage, ces unités sont préfabriquées puis amenées sur site. Ce qui réduit le risque de dysfonctionnement au moment de l’implantation dans l’usine. Ce type de construction nécessite par ailleurs un travail sur la durée avec l’assureur. « Ces modules auront vocation à être changés ou ajustés au fil du temps », explique Christophe Chauvet. Le contrat d’assurance doit être capable de s’y adapter, pour modifier les montants de garantie en fonction des nouveaux modules. « C’est une assurance à la carte, reprend le promoteur industriel. Au lieu d’assurer un bâtiment bien défini, l’assureur prend en charge un bâtiment évolutif. » Concrètement, un contrat-cadre est signé entre la compagnie d’assurance et l’industriel et ce contrat évolue au rythme de l’usine. Quand un élément est modifié ou ajouté, les informations techniques sur les modifications engendrées sont remontées vers l’assureur qui les intègre dans le contrat. La garantie est donc adaptée en permanence à la vie du site. L’implantation à l’extérieur de l’usine de ces unités préfabriquées présente un autre intérêt pour l’assureur. « Ce compartimentage des énergies permet, en cas de sinistre ou de catastrophe naturelle, de reconnecter un module plus rapidement et plus facilement. Cela réduit la période d’indemnisation », explique-t-on chez MMA Entreprise.

3. Faire appel aux nouvelles technologies pour sécuriser les bâtiments

C’est en s’invitant dans le bâtiment et ses équipements que les nouvelles technologies permettront à l’industriel d’affiner son contrat d’assurance. Des moyens pour surveiller l’usure de l’ouvrage en continu sont à l’étude. Notamment par l’implantation de fibres optiques dans la construction, afin de pouvoir prévenir automatiquement en cas de détection d’une amorce d’altération de la construction. « Cela permettra de déclencher l’assurance avant même qu’un dommage majeur ne se produise, souligne Robert Brunel. Le fait d’intervenir de manière préventive peut finalement coûter moins cher. » À l’intérieur de l’usine, les technologies numériques viennent par ailleurs bouleverser la maintenance des équipements. Sogeti High Tech, une entreprise de services du numérique qui conseille les industriels dans leur transformation digitale, propose des solutions pour réduire les risques d’arrêt des lignes de production. « Des systèmes permettent de prévenir les pannes et d’optimiser la performance des machines », confie Philippe Duhem, spécialiste des objets connectés chez Sogeti High Tech. L’incidence sur les contrats d’assurance n’est toutefois pas encore flagrante. Les laboratoires des assureurs sont encore en train de tester ces technologies pour vérifier leur efficacité sur la maîtrise des risques. 

Plusieurs types de garanties

Garantie « tous risques chantier » en cas de dommages matériels, garantie aux existants, garantie « tous risques montage-essais » pour le fonctionnement des machines… De nombreux risques doivent être pris en compte pendant les travaux. L’un des plus importants est celui d’une perte ou d’un manque à gagner lorsque l’usine continue à produire. La garantie « perte d’exploitation » couvre la marge brute perdue du fait d’un dommage pendant la construction. Gare à ne pas surdimensionner le montant de garantie pour espérer être mieux couvert. L’assureur missionne toujours un expert pour valider la réalité de la marge perdue.

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