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L'Usine Aéro

Comment Airbus Safran Launchers compte diviser par deux les coûts de production d’Ariane 6

Hassan Meddah , , , ,

Publié le

Travail en plateau avec ses partenaires industriels, spécialisation des usines, nouveaux moyens de production, exploitation optimisée au centre spatial guyanais. … La filiale d’Airbus Group et de Safran compte jouer sur tous les leviers pour être compétitive face à son concurrence américain SpaceX.


Ariane 6 image de synthèse

Aux Mureaux dans les Yvelines, à coté du bâtiment où les équipes d’Airbus Group assemblent Ariane 5, d'autres ingénieurs travaillent déjà sur Ariane 6, le futur lanceur de l'agence spatiale européenne (ESA). Le vol inaugural est prévu en 2020.

Dans l'un des bâtiments les plus récents du site, une centaine d'ingénieurs travaillent à sa conception. Au premier étage, les techniciens de Sabca, le fournisseur belge qui produit les pièces qui permettent d’orienter les moteurs des fusées, sont au travail. "Nous avons en moyenne 5 à 10 ingénieurs sur le site en liaison directe avec leurs homologues d'Airbus Safran Launchers. C’est la première fois que nous travaillons aussi en amont sur les spécifications avec le maître d’œuvre. Cela permet de corriger le tir très vite et d’éviter des aller-retours pénalisants", explique l’un des ingénieurs belges.

Nouvelle organisation industrielle

Le bâtiment reçoit également les équipes du suisse Ruag en charge de la coiffe du lanceur, de l’allemande MT Aerospace qui fabrique les parties métalliques des réservoirs, d’Air Liquide en charge de la cryogénie…, soit une centaine d'ingénieurs avec ceux du maître d'oeuvre.

 Cette intégration des équipes est l'un des éléments clés de la nouvelle organisation industrielle voulue par Airbus Safran Launchers (ASL) qui a la responsabilité de la conception et de fabrication du futur lanceur européen. L’intégration va encore plus loin. Le "client" est également dans les murs. Une dizaine d’experts de l’ESA sont présents aux Mureaux.

"Ils ont accès à tous les documents. A la fois, ils nous challengent sur nos propositions et nous aident à trouver des solutions. Dans la spatial, c'est une méthode totalement nouvelle de travailler entre les industriels et l'agence", explique Patrick Bonguet, directeur du programme Ariane 6 pour Airbus Safran Launchers. Tout en conservant l'héritage industriel d'Ariane, il s'agit de répondre à la concurrence de l'américain SpaceX et son modèle ultra intégré. Le patron de l'ESA, Johann-Dietrich Wörner, a rappelé l'objectif visé: "Ariane 6 devra proposer des prix divisés par deux par rapport à Ariane 5". Pour atteindre cet objectif, l'industrie spatiale jouera sur d'autres levier.

Deuxième étage de la stratégie pour réduire les coûts du lanceur européen : l’optimisation industrielle. Au total, Ariane 6 devrait susciter environ 1 milliard d'investissements industriels. "Nous avons créé des filières d’excellence industrielle", explique Patrick Bonguet, directeur du programme Ariane 6 pour ASL.

En Allemagne, le fournisseur MT Aerospace va se charger de la fabrication de l’ensemble des pièces métalliques de la fusée. Résultats: les grands moyens industriels seront mobilisés 24h/24h et plus seulement quelques jours par mois quand cette compétence était dispersée dans divers pays européen.

La filiale espagnole d’Airbus va se charger de la fabrication des pièces composites. ASL espère ainsi mettre fin à l'éparpillement industriel que l'on déplore aujourd'hui et à la sous-utilisation des moyens de production. Ainsi, les structures des boosters d'Ariane 5 sont fabriquées en Allemagne, équipées de protections thermiques en Italie, et chargées d'ergols en Italie et à Kourou.

Utiliser l'impression 3D

Les sites industriels vont également mettre en œuvre les technologies de fabrication les plus modernes. Des pièces critiques, comme le connecteur des turbopompes à hydrogène, seront produites grâce à l’impression 3D. Il s'agit d'une pièce métallique complexe avec de multiples courbures, creuse à plusieurs endroits, équipée d'un filtre interne : un véritable casse-tête à usiner.

"Cela nous prend désormais quatre jours pour la produire plutôt que des mois", se félicite Alain Charmeau patron d’Airbus Safran Launcher. Mais l’impression 3D ne pourra être généralisée : pour être une alternative crédible à l’usinage classique, il faut une certaine complexité dans la forme de la pièce et surtout que ses dimensions ne dépassent pas quelques dizaines de centimètres.

Certains sites sites vont également remplacer les techniques de soudage par plasma par le soudage par friction malaxage. Ce process sera utilisé pour réaliser tous les réservoirs d’Ariane 6. Il réduira les opérations de test en aval car il fragilise moins les structures.

fabriquée à l'horizontal

Autre révolution pour Ariane: elle sera désormais fabriquée (comme les fusées russes) en position horizontale et non plus verticale. Les bénéfices sont multiples. Plus besoin de construire des usines cathédrales pour accueillir le lanceur. Cela facilitera le travail des techniciens qui accéderont plus facilement aux différents éléments du lanceur. Cela permettra surtout de mettre en place un véritable flux de fabrication comme dans l'industrie automobile ou aéronautique. Le lanceur sera assemblé au fur et à mesure de son avancement. Une révolution.

"On pourra corriger plus vite les anomalie car on les verra plus rapidement. Nous nous inspirons du système de production de Toyota", reconnaît Patrick Bonguet.

Le centre spatial guyanais sera également concerné par le chantier de la compétitivité. A Kourou, "l’horizontalité" du lanceur sera également la règle. Auparavant, s’il fallait apporter une modification à la fusée déjà positionnée sur le pas de tir, il fallait la faire revenir dans son bâtiment d’assemblage. Soit plusieurs journées de perdu. Demain, en quelques heures, il sera possible d'effectuer les réglages nécessaires.

Le centre spatial sera également plus efficace grâce à l’intégration des équipes : il n’y aura plus de transfert de responsabilité et donc de procédures de vérification entre Airbus Safran Launcher et Arianespace puisque désormais l’opérateur commercial et l’industriel ne feront bientôt plus qu’un.

Avec cette nouvelle organisation industrielle, l’industrie spatiale européenne espère relever le défi de la compétitivité. "Ariane 6 emportera deux fois plus de masse et de volume que SpaceX pour un prix deux fois moindre", promet-on chez ASL. Le lead time, le temps entre la commande des pièces primaires du lanceur et son assemblage final, aujourd’hui de quatre ans, sera aussi diminué de moitié.

Et les emplois? "Au global, on conservera environ le même effectif pour produire Ariane, mais on en produira deux fois plus", explique Patrick Bonguet. Environ 6000 personnes travaillent actuellement sur le programme Ariane 6 dont un millier aux Mureaux.

Airbus Safran Launchers n’a pas droit à l’erreur. Le vol inaugural d'Ariane 6 est prévu en 2020. L’industriel doit remettre début mai à l’agence spatiale européenne, un document précisant ses engagements en termes de coûts de fabrication et de calendrier. En septembre, elle décidera alors des suites à donner au programme.

Hassan Meddah
 

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