Comment Airbus est devenu n°1 mondial des satellites électriques

L'industriel vient de livrer à son client Eutelsat le premier satellite européen à propulsion électrique. Avec six satellites commandés, il devance Boeing dans ce nouveau marché promis à un fort développement.

 

 

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Comment Airbus est devenu n°1 mondial des satellites électriques
Satellite Eutelsat

Avec ses antennes repliées et ses protections thermiques apparentes, le satellite Eutelsat 172B est désormais prêt à quitter les salles blanches d'Airbus à Toulouse, ce jeudi 16 mars. Ce concentré de technologies spatiales doit partir par Antonov pour Kourou où il sera lancé le 25 avril prochain.

Sa particularité: il s'agit du premier satellite européen à propulsion électrique. "C'est une réalisation de l'équipe de France du spatial. Le satellite a été construit par les équipes d'Airbus à Toulouse pour un opérateur français et sera lancé par Ariane", se félicite Yohann Leroy, directeur technique d'Eutelsat, client du satellite. Avec ce satellite d'une masse de 3,5 tonnes, l'opérateur fournira des services de connectivité Internet à bord des avions et des navires.

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Moins chers à lancer

La satisfaction est d'autant plus grande que les satellites électriques marquent une véritable révolution technologique dans le secteur spatial. Ils sont équipés de petits moteurs électriques qui transporteront le satellite depuis sa séparation avec le lanceur jusqu'à son orbite géostationnaire. Ils remplacent avantageusement les traditionnels propulseurs chimiques qui consomment 2 tonnes de carburant pour cette mise à poste. Jusqu'à 40% plus légers, les satellites électriques sont donc moins chers à lancer! Eutelsat ferait ainsi une économie de l'ordre de 30 millions d'euros grâce au satellite E172B en réduisant le coût du lancement. L'opérateur européen y prend forcément goût. "Parmi nos 5 satellites en commande, 3 seront équipés d'une propulsion électrique", souligne Yohann Leroy.

Avec cette rupture technologique, Airbus frappe un grand coup. Eutelsat est loin d'être son seul client. Dès la fin de l'année, il enchaînera et livrera un satellite électrique dans la gamme des 5 tonnes pour l'opérateur SES. Inmarsat, l'armée française ont également passé commande... "Nous avons 5 autres satellites à propulsion électrique en préparation", se félicite Arnaud de Rosnay, directeur des satellites de télécommunications d'Airbus Defence & Space. Cela fait de l'industriel toulousain le leader avec la moitié du marché mondial face à ses rivaux de toujours les américains Boeing et Loral et l'européen Thales Alenia Space. Une satisfaction d'autant plus grande que Boeing était parti devant, signant le premier contrat de vente d'un satellite électrique en 2015 pour l'opérateur mexicain SatMex.

Des bras robotiques

Mobilisant une équipe de 50 experts durant deux ans et demi sur la propulsion électrique, Airbus récolte les fruits de ses choix technologiques. Il a misé sur la propulsion électrique dite plasmique, qui apporte 10 fois plus de poussée que la propulsion ionique choisie par Boeing. Cela permet au satellite d'arriver sur son orbite définitive plus rapidement, en 4 mois plutôt qu'en 7 mois. Un délai raccourci qui ravit les clients opérateurs qui peuvent alors activer leurs services plus rapidement. "C'est autant de mois de chiffre d'affaires de gagner" explique-t-on chez Eutelsat.

Autre astuce architecturale déployée par Airbus: faire porter les moteurs par des bras robotiques articulés plutôt que de les fixer directement au satellite. L'intérêt est double. "D'une part, cela permet d'orienter et de contrôler la direction des moteurs pour avoir une poussée maximale en fonction de la phase du vol. D'autre part, cela facilite la dissipation de la chaleur générée par ces moteurs", explique un expert d'Airbus. Pour faire jouer la concurrence, le fabricant se fournit en moteurs auprès de Safran et du Russe Fakel. Enfin, Airbus n'a pas négligé la dimension du service. L'industriel a déployé des antennes de contrôle à Toulouse, en Australie, et en Californie. Il suit ainsi les satellites durant les long mois de la phase de mise en orbite. De quoi rassurer ses clients et positionner Airbus sur un créneau porteur. Les satellites électriques devraient représenter plus de 50% du marché mondial dès 2020.

Hassan Meddah Journaliste défense, spatial et cybersécurité

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