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L'Usine Aéro

"Comme SpaceX, il faut mettre de la folie dans l’industrie", selon François Chopard, Starburst Accelerator.

Olivier James , ,

Publié le

Entretien Après le succès du lancement de la Falcon Heavy de SpaceX, l’industrie spatiale européenne devrait en partie revoir sa copie. C’est l’avis de François Chopard, président de l’incubateur de start-up Starburst Accelerator.

Comme SpaceX, il faut mettre de la folie dans l’industrie, selon François Chopard, Starburst Accelerator.
Francois CHOPARD | STARBURST ACCELERATOR
© Pascal Guittet

Il a fait partie des rares personnes autorisées sur la base militaire de Cap Canaveral, invité par SpaceX, à assister mardi 6 février au lancement de la fusée Falcon Heavy de Space X. Il faut dire que François Chopard, président de l’incubateur de start-up Starburst Accelerator, s’est récemment fait une place de choix aux Etats-Unis dans l’écosystème des jeunes entreprises spécialisées dans l’aéronautique et le spatial, en s’implantant à San Francisco et Los Angeles.

Créé en 2012 à Paris, l'incubateur s'est diffusé aux Etats-Unis, mais aussi à Montréal, à Munich et à Singapour et a accéléré plus de 200 start-up. Son regard sur l’industrie spatiale est celui d’un européen, mais avec le recul que lui offre son activité américaine.

L'Usine Nouvelle - Que faut-il retenir du succès du lancement de Falcon Heavy ?

François Chopard - Premièrement, en réussissant le lancement de la fusée la plus puissante actuellement, SpaceX met United Launch Alliance et ArianeGroup à des années-lumière. Les opérateurs classiques ont toujours vanté leur fiabilité et mis en avant cet élément de différenciation par rapport à SpaceX. Là, il a lancé la fusée dans le créneau prévu. Cette fusée est plus performante et cinq fois moins cher que les américains d'United Launch Alliance. On ne peut pas encore la comparer avec Ariane 6 en cours de développement. En l’espace de 15 ans, il a mis la concurrence loin derrière lui. Le développement du moteur Merlin 5 est bientôt terminé et sera réutilisable au bout de 24 heures. Celui de la capsule Dragon qui pourra transporter des passagers avance également. Falcon 9 et Falcon Heavy sont matures. Et maintenant, c'est une équipe de très bons ingénieurs qui va s’atteler à la fusée BFR ("Big Fucking Rocket", putain de grosse fusée).

Est-il acquis que son modèle économique, basé sur lanceurs réutilisables, sera rentable ?

Concernant la Falcon Heavy qui a décollée mardi 6 février, deux des trois lanceurs avaient déjà été utilisés. Toute la question est de savoir combien coûte cette réutilisation. La réponse, c’est 24 heures. Un test rapide suffit et ça repart. Elon Musk vise de cinq à dix réutilisations. Ce qui divise d’autant le coût de lancement.

Dans quelle mesure ArianeGroup se trouve aujourd’hui devancé ?

Ariane 6 reste une prouesse technologique, c’est un très beau produit. Mais il n’est plus adapté au marché. Ariane 6 va arriver sur le marché en 2020 en ne pouvant pas de facto être le numéro un. Cette fusée sera prête trois ans après celle déjà meilleure d’un concurrent. Je ne dis pas qu’il faut forcément revoir la copie pour Ariane 6, mais il faut clairement développer une autre fusée un peu plus petite, réutilisable et beaucoup moins chère.

Faut-il revoir le modèle économique de l’industrie spatiale européenne ?

Le CNES a dans ses cartons une plus petite fusée. Ils ont essayé de la lancer l’an dernier mais n’ont pas trouvé les financements. On a toutes les compétences techniques en Europe, mais nous devons changer de paradigmes concernant les modèles économiques et les financements. Le chiffre d’affaires d’ArianeGroup correspond à peu près à celui de SpaceX aujourd’hui, mais la valorisation boursière de SpaceX est 25 fois plus importante à environ 25 milliards d’euros. Ça dit que l’un se projette et l’autre pas encore. Et que le premier a accès à plus d’argent, de quoi financer plus de projets.

Comment faut-il comprendre la communication d’Elon Musk, centrale dans sa stratégie ?

L’industrie aéronautique et spatiale en France et en Europe se porte bien, mais elle doit malgré tout continuer de faire rêver. Nous sommes tous des rêveurs, des enfants, en particulier les ingénieurs. Il y a besoin de les projeter vers un objectif quasiment inatteignable. On travaille tellement mieux avec des défis que l’on pense insurmontables. Il faut mettre de la folie dans l’industrie. Est-ce utile d’envoyer dans l’espace un mannequin dans une décapotable avec de la musique ? Techniquement, non. Mais ça fait tellement rêver qu’il faut le faire.

Doit-on s’engager dans cette voie en Europe ?

Il y a tout à refaire dans la façon dont on se positionne. Il faut revenir à l’esprit des pionniers, donner envie de faire ce qui n’a jamais été fait. Comme ceux qui ont lancé le Concorde, ceux qui ont développé les commandes électriques de vol, les cockpits réutilisables. On parle aujourd’hui uniquement de chaîne d’approvisionnement. On s’endort, on tue les idées et les innovations. Les industriels enterrent leur propre industrie. Le carnet de commandes d’Airbus est énorme. Mais pour combien de temps encore ?

Que vise exactement Elon Musk avec Falcon Heavy ?

Dans ces dernières communications, il ne parle quasiment plus de Mars et de la Lune. Le vrai objectif de sa nouvelle fusée, c’est de relier des points de la Terre en une demi-heure ou une heure. Il s’apprête à construire deux pas de tir au Texas pour s’entraîner à faire des vols suborbitaux. L’idée est par exemple de faire New York-Tokyo en une heure. Il y a un marché pour le transport intercontinental. On peut imaginer une fusée qui ferait chaque jour des allers-retours. Ça peut paraitre fou, mais je crois aussi à ce modèle.

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